L’étrange histoire de la Plaine des Jarres

Difficile de parler du Laos sans évoquer sa célèbre Plaine des Jarres. Située dans les montages de la province de Xieng Khouang, cette plaine est connue pour abriter des milliers de chaudrons mégalithiques. La Plaine des Jarres abrite actuellement 90 sites différents qui peuvent regrouper jusqu’à 250 jarres.

Cet endroit revêt une grande importance historique. Le 6 juillet 2019, il a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. A l’heure actuelle, les chercheurs tentent encore de percer son mystère. En effet, on ignore comment ces jarres ont été transportées sur place et à quoi elles ont servi. Malheureusement, le fait qu’elles se trouvent dans l’une des régions du monde qui ont été les plus bombardées par l’aviation américaine pendant la guerre du Vietnam ne facilite pas les choses.

Crédits Pixabay

D’après les sources, les forces américaines ont effectué près de 600 000 missions de bombardements au Laos entre 1964 à 1973. Il existe encore des bombes qui n’ont pas explosé dans cette région. Les archéologues qui se lancent dans l’exploration de la Plaine des Jarres s’exposent donc à un danger permanent.

Des jarres en calcaire de grès et en granit

Certains des sites répartis dans la Plaine des Jarres ont été ouverts au public après avoir été déminés. Leur étude a permis aux archéologues d’en apprendre un peu plus sur ces fameuses jarres. On sait qu’elles sont de forme cylindrique et ont une taille allant d’un à trois mètres de hauteur. Ces jarres ont une circonférence d’environ huit mètres et leur poids varie de 500 kg à 7 tonnes.

Ces structures mégalithiques sont faites en calcaire de grès et en granit.  Les experts ont indiqué qu’elles ont été taillées dans des blocs de roches monolithiques. Certaines d’entre elles présentent des bas de relief et sont dotées d’un couvercle. D’après les chercheurs, cela laisse penser que ces jarres ont été utilisées pour la conservation de denrées alimentaires.

A lire aussi : L’histoire de Charlie, le poisson-chat robot de la CIA

Des études qui remontent aux années 1930

La première recherche archéologique effectuée dans la Plaine des Jarres ne remonte qu’à 1930. Les fouilles avaient alors été menées par l’archéologue Madeleine Colani, de l’Ecole française d’Extrême-Orient. Ces études ont permis d’obtenir un certain nombre d’informations sur les jarres.

On sait par exemple qu’une grotte se trouvait à proximité du site 1. Des traces de feu et des ossements humains calcinés ont été retrouvés sur place. Les experts ont alors émis l’hypothèse selon laquelle les jarres servaient à conserver ces cendres. Cette théorie n’a toutefois pas été confirmée.

Plus récemment, un groupe d’archéologues a découvert des objets inhabituels dans les sites sécurisés.

« Jusqu’à maintenant, ce n’est pas possible de déterminer exactement quand ces jarres ont été placées pour la première fois à cet endroit ou d’où ces roches viennent », écrit l’équipe internationale de chercheurs à l’origine de ces découvertes.

Des analyses réalisées grâce à la datation par luminescence optiquement stimulée ont toutefois permis d’estimer que ces jarres sont arrivées dans cette région vers la fin du deuxième millénaire avant Jésus-Christ. Le mystère reste cependant entier sur la façon dont elles ont été transportées sur place. Rappelons en effet que certaines d’entre elles pèsent plusieurs tonnes.

Des urnes funéraires ?

Les spéculations vont bon train quant à la raison d’être de ces jarres. De nombreuses théories sont apparues au fil des années pour tenter d’expliquer à quoi elles auraient pu servir. Des chercheurs se sont basés sur le fait que certaines de ces jarres avaient des couvercles pour suggérer qu’elles auraient servi de lieu de stockage pour de la nourriture. Selon eux, elles auraient notamment permis de conserver de l’alcool de riz.

À en croire une autre hypothèse, ces jarres pourraient également être des urnes funéraires. Certains éléments trouvés sur place tendent à confirmer cette théorie. Grâce à des fouilles archéologiques, des experts ont pu mettre à jour des ossements humains et des dents.

Ces derniers ont indiqué que les données obtenues après l’étude de ces objets « suggèrent fortement que le placement des mégalithes a précédé l’activité mortuaire autour des jarres, cela indique la réutilisation des sites et une signification rituelle durable. » D’autres recherches sont nécessaires pour confirmer cette théorie.

Une attraction touristique

La Plaine des Jarres attire des touristes venus du monde entier. Ces derniers ont le droit de visiter les sites qui ont été déminés par les autorités locales. Le site 1, qui se trouve à proximité de la ville de Phonsavan, est le plus visité de la région. Les sites 2 et 3 accueillent également les visiteurs depuis quelques années.

D’autres sites, situés à Muang Kham et Hmong, sont également ouverts au public.