L’évolution humaine nous a rendu dépendants de l’eau

Il est clair qu’aucune créature sur Terre ne peut vivre sans avoir accès à une source d’eau, et c’est aussi le cas des humains. Mais il existe une certaine différence entre les humains et les animaux. Ces derniers ont en effet des méthodes pour gérer leur consommation en eau, surtout ceux qui vivent dans des zones sèches, comme certains lézards ou encore les chameaux. En ce qui concerne les humains, on peut dire que nous sommes une espèce très dépendante de l’eau. D’après les scientifiques, la raison derrière cette caractéristique humaine est notre évolution.

Pour comprendre l’influence de l’eau sur l’évolution des humains, il faut remonter à la préhistoire. Il y a de cela deux à trois millions d’années, le climat de l’Afrique, où les premiers hominiens ont évolué, est devenu plus sec. Au cours de cette période, le premier gène hominien Australopithecus cédait sa place au gène Homo.

Une femme en train de boire de l'eau
Crédits Pixabay

Pendant cette transition, les proportions du corps ont changé. Les australopithèques étaient en effet plus petits et trapus tandis que les Homo étaient plus grands, plus minces avec plus de surface. Ces changements ont réduit l’exposition aux radiations solaires et ont permis d’augmenter l’exposition aux vents. Cela a augmenté leur capacité à dissiper la chaleur, une caractéristique qui permet de mieux gérer l’eau.

Ces changements au niveau du corps ne peuvent pas vraiment expliquer à eux seuls comment les humains sont devenus si dépendants de l’eau. L’environnement a aussi eu son rôle à jouer.

Une adaptation à l’environnement

A cette époque, le changement climatique avait transformé les forêts en prairies et les hominiens sont aussi devenus plus compétents en ce qui concerne les trajets sur deux jambes dans des environnements ouverts.

Les hominiens ont ainsi commencé à perdre les poils recouvrant leur corps et ils ont aussi développé plus de glandes sudoripares. Selon Nina Jablonski du Pennsylvania State University et Peter Wheeler du Liverpool John Moores University, ces adaptations ont permis à nos ancêtres de se décharger de l’excédent de chaleur et ainsi maintenir une température corporelle adéquate pendant les déplacements.

Les glandes sudoripares ont un rôle important dans l’histoire des humains. Dans les environnements relativement secs où les premiers hominiens évoluaient, l’évaporation de la sueur permettait de rafraîchir la peau et les vaisseaux sanguins faisaient ensuite baisser la température intérieure du corps. Ce système a permis aux premiers humains d’être plus actifs que les autres primates. D’après certains chercheurs, la chasse persistante, c’est-à-dire poursuivre la proie jusqu’à ce que celle-ci surchauffe, aurait pu être une stratégie importante pour nos ancêtres, ce qu’ils n’auraient pas pu accomplir s’ils n’avaient pas les moyens d’éviter eux-mêmes la surchauffe.

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Un risque élevé de déshydratation

L’on sait toutefois que cette capacité à transpirer et réduire la température du corps présente un désavantage majeur.

Cela élève le risque de déshydratation des humains. D’après une étude effectuée par Martin Hora du Charles University de Prague et ses collègues, Homo erectus aurait été capable de s’adonner à la chasse persistante pendant environ 5 heures dans la savane avant de perdre 10 % de sa masse corporelle. Chez les humains modernes, une perte de 10 % à cause de la déshydratation représente la limite avant un risque sérieux de problèmes cognitifs et physiologiques, ou même la mort.

Au-delà de ce point, boire de l’eau devient même difficile et il faut utiliser des fluides intraveineux pour se réhydrater.

Cette vulnérabilité à la déshydratation signifie que nous sommes plus dépendants aux sources externes d’eau que les autres primates, et encore plus dépendants que les animaux adaptés à la vie dans le désert comme les moutons, les chameaux ou les boucs. Ces animaux peuvent perdre 20 à 40 % de leur masse corporelle sans risquer de mourir. En fait, ils possèdent un compartiment supplémentaire dans leurs entrailles dénommé l’estomac antérieur qui peut emmagasiner de l’eau et permettre de lutter contre la déshydratation. Les autres animaux du désert ont également diverses techniques pour s’adapter à la rareté de l’eau.

Ainsi, contrairement aux animaux, les humains ont besoin de beaucoup d’eau pour survivre. Heureusement, nous avons pu apprendre à maîtriser différents types de technologies au cours des millénaires pour pouvoir obtenir la quantité d’eau nécessaire à la vie, et ce même s’il n’y a pas de sources d’eau douce dans les environs immédiats.