Feedback d’un Noob sur World of Warcraft : Battle for Azeroth

Il est de ces propositions de test un peu scabreuses à première vue, que l’on hésite à accepter. Celle que Blizzard nous faisait en septembre en fait partie, et pour cause, chez les deux testeurs réguliers sur la Fredzone : le vénérable Fred – maître incontesté de ces lieux – et moi-même, l’idée de se plonger dans la nouvelle extension de World of Warcraft ne suscitait que méfiance… mais pour des raisons toutefois très divergentes.

D’un côté Fred, en père de famille responsable, faisait montre d’une réticence appuyée à l’idée de renouer avec les démons de ses jeunes années. De l’autre, ce brave Nathan, parfois un peu ado sur les bords, mais bien plus porté sur les univers solo de The Witcher, Skyrim ou Dragon Age que sur l’idée de monde en ligne, popularisée par le célèbre MMO du studio californien.

C’est finalement une bravade de votre serviteur qui l’aura emporté sur la raison (et sur un refus). Et autant dire que ce dépucelage massivement multijoueur (ouh que cette phrase est cocasse), s’est fait avec stupeur et quelques tremblements.

Totalement inexpérimenté, incroyablement maladroit sur mes premières heures de jeu, je me voyais malgré tout propulsé au level 110 par la grâce d’une mise à niveau quasi messianique. L’occasion ou jamais de passer – en ligne – pour un vieux de la vieille, un vieux briscard – en clair un joueur aguerri -, et de pouvoir m’attaquer à l’extension dans des conditions optimales tout en dissimulant mon humble condition de noob en goguette. Reste toutefois une durée de test fatalement restreinte… malgré les deux mois que j’aurais pu passer à écumer les moindres recoins d’Azeroth aux frais de la princesse Blizzard. Bigre, soyons pro deux minutes…

World of Warcraft : un vieil orc rompu aux combats, mais fichtrement moche

Remarque fort naïve pour les habitués, mais au combien pertinente pour les nouveaux venus, World of Warcraft accuse graphiquement le poids du temps.

Exception faite de certains environnements arrivés sur le tard, au gré des diverses extensions ajoutées au titre, tout dans WoW nous rappelle que son lancement remonte maintenant à une bonne douzaine d’années. Et les coups de polish dispensés par Blizzard au fil du temps n’en font pas moins oublier la décrépitude avérée du titre sur le plan visuel. Les textures sont baveuses, les modèles 3D souvent vieillots et les animations tantôt minimalistes tantôt robotiques.

Même certains écrans de chargements et les différents menus sont largement restés dans leur jus. Ces derniers laissent d’ailleurs à désirer question ergonomie en 2018, d’autant plus pour les néophytes habitués, comme moi, aux RPG un peu plus récents. Mais nous sommes bien d’accord, l’intérêt du titre n’est pas là, et cet aspect technique désuet a pour effet secondaire de permettre à une variété conséquente de PC d’animer le titre sans broncher. Un mal pour un bien donc, mais qui méritait d’être pointé du doigt, comme pour rayer ce défaut de la liste des choses que je souhaitais aborder ici bas.

Cependant, les définitions Full HD, 2K, 4K faisant malgré tout leur office, le titre parvient à s’en tirer avec une finesse d’affichage appréciable, et plus encore pour peu que l’on fasse un crochet par l’échelle de résolution, qui donne en deux clics l’occasion de rajouter une couche de pixels supplémentaire à l’ensemble. Un cache misère efficace, qui aide à mieux digérer la vilaine trogne que WoW affiche dans son expérience de base.

À noter en revanche que si le titre se dépatouille comme il peut avec ses assets de 2004, ses polygones vieillissants et sa technique grinçante, le savoir-faire de Blizzard sur le plan artistique ne saurait être négligé. Grâce à un véritable pot-pourri d’inspirations diverses (allant des plus purs standards de l’esthétique médiévale-fantastique, à l’allure japonisante de certains personnages, en passant par un soupçon de steam-punk ici et là), World of Warcraft, et à fortiori sa dernière extension, réussissent à tirer leur épingle du jeu et même à susciter un certain enthousiasme face à cette folie des mélanges stylistiques si caractéristique. Blizzard a pioché dans toute l’esthétique chère aux geeks, a collé cet ensemble dans un grand chaudron, et a laissé mijoter jusqu’à ce qu’en sorte une substantifique – et hautement improbable – mixture que je me suis personnellement surpris à apprécier. Preuve s’il en fallait que, parfois, le grand n’importe quoi – maîtrisé – a du bon.

De l’infinité des possibles

Mais c’est toutefois lorsqu’il laisse entrapercevoir la richesse insondable de son contenu et des mondes qu’il nous permet d’explorer à notre guise, que le MMO de Blizzard révèle son plein potentiel. Dire qu’il y a de quoi faire sur le soft est d’un euphémisme affolant. Chaque ville, chaque hameau, chaque point d’intérêt mérite d’être visité, arpenté, et regorge de quêtes et activités diverses auxquelles se livrer sans retenue particulière, sinon celle du temps. Car oui, on pourra vite passer un nombre certain d’heures sur World of Warcraft et sur le contenu de sa dernière (et ultime ?) extension. La réputation de drogue dure propre au titre de Blizzard n’est pas usurpée.

On en vient donc à enchaîner les quêtes de manière quasi hypnotique, et à consacrer un temps conséquent à l’amélioration de son équipement entre deux avancées scénaristiques, le tout en compagnie d’une myriade de joueurs avec lesquels il est bien sûr possible d’entrer en contact, et d’interagir le cas échéant.

Parmi cet amoncellement de quêtes proposées, je me suis cependant concentré – en vue de publier ce retour d’expérience dans les meilleurs délais – sur celles permettant de progresser dans l’aventure exclusive débloquée par Battle for Azeroth. Et autant dire que dès ses prémisses, le nouveau DLC de WoW fait fort en nous plongeant en plein conflit au moyen d’une aventure finement écrite dans l’ensemble (on n’évite pas quelques ficelles scénaristiques assez peu subtiles, mais qu’importe), et surtout fichtrement bien mise en scène.

Blizzard sait définitivement vendre son sujet…

Le coup de patte de Blizzard en la matière fait une fois de plus son petit effet. On s’attache aux personnages, à leurs histoires, mais aussi à leurs causes respectives. Car c’est bien d’une nouvelle lutte entre la Horde et l’Alliance dont il est question dans Battle for Azeroth, et cette énième désunion – aux conséquences calamiteuses – est intelligemment traitée. Les intérêts des deux partis sont en effet présentés de manière à s’émanciper autant que possible de tout manichéisme (ce n’est pas toujours réussi, mais de manière globale, ça fonctionne assez bien) et ce faisant, le sentiment d’appartenance à l’une ou l’autre des deux factions n’en est que plus fort.

Il s’agit là d’un joli tour de passe-passe de la part de Blizzard, qui assure par ailleurs que les deux « chemins scénaristiques » (en fonction de si l’on choisit la Horde ou l’Alliance) n’aboutiront pas fatalement sur un finish en défaveur du clan cher aux orques, gobelins et autres elfes noirs. L’objectif étant ainsi de permettre à tous les joueurs, quel que soit leur choix de faction, de sortir de l’extension avec la satisfaction d’avoir œuvré pour une cause légitime.

De mon côté, je me suis tourné vers l’Alliance et vers un Nain (dé)classé « chasseur », pourvu d’une barbe rousse à faire blêmir n’importe quel hipster parisien à bonnet rouge et veste bûcheronne. Opiniâtre et valeureux et malgré son mètre vingt à tout péter, le bougre se voyait lancé dans une introduction épique faisant office de mise en bouche à une quête de longue haleine, relativement plaisante à suivre, malgré quelques passages grandiloquents dont les Américains ont le secret.

Mais si les temps forts sont nombreux dans Battle for Azeroth, les passages plus posés, dévolus à la collecte de ressources, à l’amélioration de l’équipement et à la montée progressive en niveau – au travers de missions, d’objectifs secondaires et de donjons divers -, savent aussi s’imposer. Et il est clair qu’il faudra tôt ou tard se pencher sur ces différentes activités pour progresser sans encombre dans l’aventure principale… que l’on mettra plusieurs dizaines d’heures à compléter. Seul problème, certaines d’entre elles s’avèrent un poil lourdingues, car insuffisamment inventives et / ou cruellement redondantes. Les quêtes ‘Fedex’ n’ont jamais intéressé personne, et il serait temps qu’on se le dise chez Blizzard et bien d’autres (Ubisoft, par exemple, est lui aussi un grand spécialiste en la matière).

L’aventure exclusive que nous soumet Battle for Azeroth est par ailleurs portée, je n’en ai pas parlé, par une bande son impeccable, tant au niveau des compositions que du côté des doublages. Adepte des versions originales, je me suis cette fois laissé tenter par une expérience auditive 100 % française… et sans le moindre regret. Le casting des voix est excellent et les doubleurs, toujours dans le ton, savent donner vie à leurs personnages et à leurs aspirations sans jamais sombrer dans l’outrance.

Et puis il y a bien sûr l’aspect bêtement musical de cette nouvelle extension. Un point qui ne saurait être oublié. Toujours synchros avec l’action et ce qu’il se passe à l’écran, les compositions de Battle for Azeroth parviennent à conjuguer les habituelles sonorités épiques (que l’on retrouve année après année, sans variations particulières, d’une production cinématographique ou vidéoludique à l’autre), à des mélodies plus subtiles, quasi délicates et finalement très plaisantes à l’oreille. En résulte un enrobage sonore de haute volée qui m’a presque donné envie d’ajouter quelques-unes de ces nouvelles pistes à ma playlist Spotify. Notons d’ailleurs que, pour ceux que ça intéresse, l’OST est intégralement disponible chez le géant suédois de la musique en ligne.

Faut-il se laisser tenter ?

Reste toutefois l’inévitable question que suscitera, à n’en point douter, Battle for Azeroth : cette nouvelle aventure, et ses ajouts divers à un World of Warcraft vieillissant – pour ne pas dire croulant sur certains points -, suffisent-ils à raviver la flamme vis-à-vis d’un MMO qui commence sérieusement à avoir l’âge de ses artères ?

Eh bien la réponse pourrait bien se résumer en un simple oui. Car si, sur le fond, ce nouveau contenu ne change pas réellement la donne (Comprenez que WoW n’est pas réinventé, le but n’était – de toute façon – pas là…), sa fraîcheur en termes de mise en scène, de narration et la diversité grisante des nouveaux environnements ajoutés, sont autant de raisons qui peuvent légitimement justifier un achat chez les connaisseurs de la licence. D’autant plus que l’extension s’oriente assez nettement vers le PvP, notamment au travers du mode de guerre. Un point que je n’ai pas évoqué faute d’une connaissance ( ou d’une compréhension, c’est au choix) suffisante du sujet, mais qui mérite clairement qu’on s’y investisse… pour peu, toutefois, que l’on soit porté sur ce type de joutes (ce qui, ostensiblement, n’est pas tellement le cas de votre serviteur).

Autre piste de réflexion : Battle for Azeroth est-il un bon plan pour les retardataires qui souhaiteraient, comme moi, s’initier à World of Warcraft, 13 années après son lancement ?

Difficile de faire de mon cas particulier une généralité, mais il est clair que je me suis vite laissé emporter dans l’univers bâti par Blizzard au cours de la dernière décennie, et cela, je le dois à cette dernière extension qui m’a en quelque sorte servi de porte d’entrée classieuse au contenu abyssal de World of Warcraft… ainsi qu’à son lore tentaculaire. Un background scénaristique que je me suis étonné à essayer de comprendre au mieux en matant des vidéos à la pelle, comme pour passer par la case rattrapage.

À ce propos, je regrette que Blizzard n’ait pas monté un résumé à la fois complet et synthétique de ce que les joueurs comme moi ont loupé au cours de 13 piges passées à ignorer cordialement l’inénarrable MMO.