La Formica archboldi, la fourmi collectionneuse de têtes

Dans le sud-est des États-Unis, il existe une espèce de fourmis aux comportements étranges. Son nom scientifique est Formica archboldi. Depuis de décennies, elles sont connues pour collectionner la tête de leurs victimes qui sont aussi des fourmis, mais d’un autre genre. Intrigué par ce phénomène rare, Adrian Smith, du Musée des sciences naturelles de Caroline du Nord de Raleigh (États-Unis), a étudié de près ces redoutables prédateurs.

Les nids des Formica archboldi sont décorés des cranes de leurs adversaires : les fourmis du genre Odontomachus. Ces derniers sont pourtant des mastodontes dotés de puissantes mâchoires.

Fourmis agriculture

Connues sous le nom anglais « trap-jaw ants » (fourmis « mâchoires-pièges »), elles sont plus grosses et plus puissantes que les fourmis « chasseuses de têtes ».

Adrian Smith a entrepris des expériences sur les deux espèces de fourmis afin de comprendre leurs relations. Les résultats de l’étude, intitulée « Prey specialization and chemical mimicry between Formica archboldi and Odontomachus ants », ont été publiés dans Insectes Sociaux.

De nouvelles informations sur la fourmi chasseuse de tête

« Quatorze ans après que Formica archboldi a été formellement décrite par Smith, une note sur l’histoire naturelle particulière de cette espèce a été écrite. En 1958, Van Pelt a noté : ‘Les nids des F. archboldi contiennent de nombreuses têtes de Odontomachus haematoda insularis, ce qui indique que les Formica peuvent se servir d’un nid de Odontomachus, ou alors que ces dernières servent de nourriture’ », peut-on lire dans l’article paru le 16 novembre 2018.

Le chercheur a enregistré et observé des séquences vidéo de combats entre des F. archboldi et des Odontomachus. Il a remarqué que les F. archboldi n’ont pas d’armes secrètes. Elles sont juste très douées et choisissent le bon moment pour neutraliser leurs proies.

Leur technique consiste à se dissimuler parmi les Odontomachus. L’odeur des cires chimiques (ou hydrocarbures cuticulaires) qui enveloppent leur corps, identique à celle de leurs adversaires, leur permet de se camoufler. Elles choisissent ensuite le bon moment pour paralyser leurs ennemis avec un flux d’acide formique.

En leur exposant des Odontomachus fraîchement décongelées, le scientifique a compris qu’elles les considèrent comme des proies. Elles les ont transportées dans leurs nids avant de les décapiter. Certaines têtes ont été mangées, d’autres jonchent leurs camps.

Une relation prédateur-proie entre deux espèces de fourmis

Adrian Smith a noté que « F. archboldi a un profil hydrocarburique cuticulaire qui correspond à celui des espèces natives de Odontomachus avec lesquelles elle cohabite ». Ce qu’il n’arrive pas encore à comprendre, c’est l’origine de ce mimétisme similaire à celui du parasite avec son hôte, et de cette relation prédateur-proie entre les deux espèces de fourmis.

« Avant cette étude, Formica archboldi était juste une espèce avec l’étrange habitude de collectionner des têtes. Maintenant nous avons ce qui pourrait être un modèle pour comprendre l’évolution de la diversification chimique et du mimétisme », s’est néanmoins enthousiasmé le scientifique.

Mots-clés entomologie