La folle histoire d’Alphonse Bertillon, le Sherlock Holmes français

Lorsqu’on vous demande de donner le nom d’un grand détective de la littérature, le premier qui vous vient en tête est sûrement Sherlock Holmes, ou encore Hercule Poirot. Mais savez-vous que Sir Arthur Conan Doyle, le créateur du personnage de Sherlock Holmes lui-même, pensait qu’il y avait encore un plus grand détective que Holmes ?

Le policier en question était un français du nom d’Alphonse Bertillon, un homme qui a révolutionné la criminologie grâce à la méthode qu’il a mise au point pour identifier les criminels. Cette méthode, dénommée le « système de Bertillon » ou « bertillonnage », n’est plus utilisée de nos jours ; toutefois, vers la fin du 19ème siècle, c’était une innovation qui a permis de régler de nombreux problèmes au niveau de la police.

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C’est aussi Bertillon qui a inventé les « mugshots » que l’on connait bien aujourd’hui, et c’est aussi le premier à avoir photographié une scène de crime avant le début d’une enquête.

Lorsque les premiers départements de police ont été installés en France vers le début du 19ème siècle, il n’y avait encore ni empreintes digitales, ni ADN, ni groupe sanguin. Traquer les criminels était alors encore très difficile, surtout quand ces derniers se mettaient à changer de nom ou encore à modifier leur apparence physique. Pour essayer d’améliorer leur méthode, les forces de l’ordre se sont tournées vers la photographie pour pouvoir disposer d’un moyen de suivi des criminels. Mais cette technique s’avérera encore plus compliquée puisque la police s’est retrouvée avec une immense collection de photos, difficile à consulter.

Le système de Bertillon

C’est là qu’Alphonse Bertillon est entré en scène alors qu’il n’était que simple employé chargé du classement des dossiers des criminels et de la rédaction des fiches de signalement après les arrestations.

Bertillon, né en 1853, n’avait que 26 ans lorsqu’il a commencé à travailler pour la police. En classant les millions de documents et les dizaines de milliers de photos de la police, il s’est rendu compte que celle dernière avait besoin d’une méthode efficace pour identifier et organiser les criminels. Il a ainsi mis sur pied un système se basant sur les différentes mesures du corps humain.

Le principe utilisé par Bertillon pour établir sa méthode a été le fait qu’il est vraiment très peu probable que deux criminels possèdent exactement les mêmes mensurations. Il est possible pour un homme de changer son nom ou son apparence, mais il lui est impossible de changer la taille de son pied par exemple. Bertillon a ainsi choisi de mesurer plus d’une dizaine de paramètres chez les criminels incluant entre autres la taille, la longueur des pieds, de l’oreille, de l’arête du nez, ou encore celle de la main. Avec ce système de classement, il était devenu plus facile pour les policiers d’identifier les récidivistes qui représentaient à l’époque la moitié de la population carcérale en France. La toute première fois qu’un de ces récidivistes a été identifié grâce au bertillonnage, c’était le 16 février 1883.

Bien qu’au début, il y eût une résistance notable envers le système de Bertillon de la part de la police, après les premiers succès, la méthode était devenue monnaie courante à Paris. L’année suivant l’adoption du système, Bertillon a d’ailleurs réussi à faire arrêter plus de 241 récidivistes. Mais ce qui présentait encore plus de succès que la mesure des mensurations, c’était la méthode du mugshot où les criminels étaient photographiés de face puis de profil. En outre, le détective français a aussi mis sur pied une autre méthode précise pour étudier les scènes de crime en se servant de la photographie. Il utilisait alors un appareil photo monté sur un tripode élevé qui permettait de capturer l’image d’une scène de crime avant la contamination de celle-ci par les enquêteurs.

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La fin du bertillonnage

Il est vrai que le système de Bertillon était bien plus efficace que la méthode utilisée précédemment par les policiers. Toutefois, il était quand même assez difficile de l’utiliser.

Par exemple, il fallait que tous les instruments de mesure fussent toujours parfaitement calibrés et seuls des techniciens qualifiés pouvaient prendre les mensurations des personnes arrêtées. De plus, la méthode présentait certaines limites comme l’impossibilité de gérer les suspects juvéniles qui n’avaient pas fini de grandir.

L’on sait que Bertillon était contre l’utilisation des empreintes digitales et de la graphologie pour identifier les individus. En 1894, il a cependant dû accepter l’intégration de la dactyloscopie aux fiches signalétiques des criminels, c’est-à-dire tout d’abord l’empreinte des quatre doigts de la main droite et celle de l’index gauche, puis à partir de 1904, celle des dix doigts au complet. Vers le début du 20ème siècle, les départements de police ont commencé à se tourner un peu plus vers les empreintes digitales, délaissant peu à peu le système de Bertillon. Ce dernier, bien qu’adopté un peu partout en Europe et aux Etats-Unis, a laissé la place à une toute nouvelle criminologie. C’est en 1970 que la France a utilisé le bertillonnage pour la dernière fois.

Alphonse Bertillon est décédé le 13 février 1914 à Paris, mais il sera toujours connu comme étant l’un des pères de la science médico-légale et « le plus illustre policier dans le monde » au cours de son époque.