L’histoire des enfants endormis de Suède

En Suède, un mal étrange touche les enfants des réfugiés depuis maintenant plus d’une vingtaine d’années. Connue sous le nom de « syndrome de résignation », cette maladie atteint principalement ceux qui viennent de pays appartenant à l’ex-URSS, notamment l’ancienne Yougoslavie. Selon les informations, ce phénomène serait apparu dans les années 90 et depuis, la Suède a déjà recensé plusieurs centaines de cas.

Rien qu’entre 2003 et 2005, plus de 400 cas ont été enregistrés, et chaque année, de nombreux enfants continuent de tomber dans ce que les médecins qualifient  d’état semi-comateux ou d’apathie généralisée.

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D’après les médecins, la maladie évolue par étapes. Au début, les enfants commencent à montrer de l’anxiété et puis les symptômes d’une dépression. Peu à peu, il y a un changement notable au niveau de leur comportement. Par exemple, ils commencent à éviter de jouer avec les autres et finissent par arrêter carrément de participer à des jeux.

Les enfants se replient ensuite sur eux-mêmes et il devient impossible pour eux de suivre des cours à l’école. Puis, ils deviennent de plus en plus silencieux et à la fin, ils ne prononcent plus aucune parole. A ce stade, ils commencent à perdre en quelque sorte l’usage de leur corps et doivent rester au lit, plongés dans un sommeil qui peut durer dans certains cas jusqu’à trois ans.

L’on sait que les premiers enfants touchés par cette maladie avaient été hospitalisés, et les médecins ont procédé à des examens approfondis pour expliquer les symptômes. Bizarrement, les bilans des patients ont montré que ceux-ci n’avaient aucun problème, notamment en ce qui concerne les électroencéphalogrammes qui étaient normaux. Pourtant, les enfants ne répondaient à aucun stimulus. A la fin, les médecins ont juste décidé de laisser les patients, qui avaient entre 7 et 19 ans, rentrer chez eux.

Certains se sont finalement réveillés en quelques mois tandis que les autres sont restés endormis pendant des années.

Ce qu’on pense être à l’origine de la maladie

Comme ce mal atteint généralement les réfugiés, beaucoup ont pensé pendant des années qu’il s’agissait d’une simulation pour obtenir facilement une résidence permanente en Suède. Certains ont aussi parlé de maladies contagieuses. Mais toutes ces théories ont finalement été écartées.

D’après le Dr Elisabeth Hultcrantz, qui se consacre à soigner près d’une cinquantaine de jeunes atteints de la maladie, les jeunes patients ont tous subi un traumatisme  qui date généralement d’avant leur arrivée en Suède. Il s’agit de situations où leur vie a été menacée.

Elle a ajouté que les enfants atteints par le mal appartiennent presque tous à des minorités ethniques. Celles-ci étaient la plupart du temps persécutées dans leur pays d’origine. Le Dr Hultcrantz indique ainsi que le syndrome qui atteint les enfants est un syndrome de dissociation, c’est-à-dire que leur cerveau se dissocie de leur corps.

Sonia Lupien, qui est spécialiste en neurosciences et fondatrice du CESH ou Centre d’études sur le stress humain de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, est du même avis que le Dr Hultcrantz. Ella a indiqué que c’est une très grande peur ou un très grand stress qui va faire que le corps va tout simplement tomber et « faire le mort ». Elle a aussi indiqué que les patients ne réagissaient pas à la douleur, et c’est quelque chose qu’il est impossible de simuler.

Une solution possible ?

Même si la situation des enfants parait tout à fait inquiétante, surtout que les familles sont en général en position de stress constant avec les risques d’expulsions, il reste tout de même un espoir. En effet, dans la majorité des cas, les enfants ont commencé à se rétablir aussitôt que leurs parents ont obtenu un permis de séjour. Toutefois, le retour à la vie normale peut prendre du temps, parfois jusqu’à une année. On peut cependant dire que le sentiment de sécurité est jusqu’ici le seul remède.

Selon Sonia Lupien : « Il n’y a qu’un médicament possible pour ces enfants et c’est la restauration de l’espoir ».

Le Dr Hultcrantz pense aussi de même. Au cours des années, elle a été le témoin de nombreuses guérisons après l’obtention du droit d’asile par les familles.

En tout cas, il est clair que le syndrome de résignation reste encore une maladie neurologique assez mystérieuse, par exemple à cause du fait qu’elle n’est recensée qu’en Suède. Espérons qu’un jour un traitement efficace permettra de guérir rapidement ceux qui sont touchés par ce mal.