L’histoire de l’ermite millionnaire

Eugene Brown, pouvant être qualifié d’ « ermite millionnaire », a été retrouvé mort dans sa salle de bain dans une mare de sang séché près de la cuvette des toilettes. Selon les informations, c’est la factrice du quartier qui a prévenu les forces de l’ordre lorsqu’elle n’a pas vu Brown assis sur sa chaise à l’attendre comme d’habitude, et ce depuis 5 jours. Ainsi, d’après les médecins légistes, l’homme, qui habitait à Corning en Californie, est mort d’un AVC après s’être cassé le nez en tombant.

Lorsqu’ils étaient sur place, les policiers ont essayé de chercher son testament ou des informations sur des membres de sa famille mais sans succès. Ils ont ainsi décidé de faire appel à Dale Tisserand et Melani Rodrigue qui sont des enquêtrices pour le compte du bureau du Tehama County Public Administrator. Tisserand et Rodrigue avaient pour objectif principal de retrouver son testament et ses héritiers, une opération assez difficile lorsqu’une personne meurt seule. Elles avaient aussi pour rôle de gérer ses biens fonciers.

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Lorsqu’elles ont eu le dossier de Brown entre leurs mains, Tisserand et Rodrigue ont tout d’abord fait changer les serrures de la maison du défunt pour éviter les problèmes avec les squatteurs. Elles ont aussi redirigé le courrier de Brown pour obtenir d’éventuels indices sur des amis ou des membres de la famille. Lorsqu’elles sont entrées pour la première fois dans la maison, elles ont remarqué que le salon était presque complètement vide. Il n’y avait qu’une chaise pliable et une étagère avec des livres religieux et quelques dizaines de cassettes de country et de western.

Mourir sans testament

Il y avait aussi une vieille photo en noir et blanc, qui pouvait représenter la mère de Brown, dans un cadre posé sur une petite table. Le seul appareil électronique dans la pièce était une vieille radio posée au-dessus de la cheminée. Dans le garage, il y avait un camion Ford de 1984 qui avait environ 120 000 km au compteur.

La cuisine n’était pas non plus la plus moderne que les enquêtrices aient pu voir, avec des objets vieillots comme un téléphone rotatif et même une machine à écrire manuelle dans un placard. Toutefois, elles ont été surprises de voir ce qu’il y avait dans les deux chambres à coucher. Brown n’avait pas de lit mais dormait sur un matelas en mousse dans une des chambres, à côté d’un sac militaire contenant un vieil uniforme et des médailles. Dans l’autre chambre, il y avait seulement une armoire en métal, et dans cette armoire, il y avait assez d’argent pour dire que Brown était loin d’être dans le besoin.

Selon les informations, 56% des Américains n’auraient pas de testament, mais mourir sans ce document provoque généralement des complications en ce qui concerne l’héritage. En général, quand une personne meurt intestat, c’est l’arbre généalogique qui va être utilisé comme référence.

Pour le cas de Brown, les enquêtrices ont découvert qu’il était né à San Jose en 1922 et avait un frère et une sœur qui sont morts il y a de cela plusieurs décennies. Après avoir travaillé comme steward puis serveur dans la marine, puis après avoir occupé d’autres postes inconnus, Brown est venu s’installer à Corning dans les années 70. Il ne s’est pas marié et n’a pas eu d’enfants. Il a ainsi vécu seul dans sa maison de 75 m² pendant 39 ans.

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De l’importance du testament

L’on sait que Tisserand a tenté de trouver des membres de la famille de Brown en se servant du logiciel TLOxp qui parcourt des données publiques et privées, mais les résultats ont été négatifs. Les enquêtrices s’y attendaient puisque Brown n’avait aucune empreinte numérique. Il n’utilisait pas de cartes de crédit et ne naviguait pas sur Internet. Pourtant, en comptant le prix de sa maison, de sa voiture, ainsi que la valeur de ses investissements et de ses économies, il possédait en tout environ 2,7 millions de dollars.

Brandenburger & Davis, une entreprise basée à Sacramento, a décidé de travailler sur l’affaire. Ainsi, des généalogistes de la compagnie ont essayé de recréer l’arbre généalogique de Brown pour pouvoir contacter ses parents qui étaient encore en vie. La société va ensuite essayer de prendre ces derniers comme clients et de les représenter devant la cour, le prix étant le tiers de l’héritage.

Si les parents de Brown apprenaient la nouvelle d’une autre façon et décidaient de se représenter eux-mêmes, la compagnie ne gagnerait rien.

Après avoir liquidé les biens de Brown, Rodrigue et Tisserand ont contacté son conseiller en investissement, Richard Mazur. Celui- ci a indiqué qu’il était inquiet pour son client qu’il appelait tous les jours pour gérer ses investissements. Mais bien qu’il fût très triste par rapport à la mort de Brown, il ne savait rien de la famille de ce dernier. Pour ce qui est de sa fortune, il a indiqué que Brown était un fervent catholique et qu’il aurait aimé que sa fortune aille à une organisation caritative catholique. Un document de son armoire indiquait d’ailleurs qu’il voulait donner toute sa fortune au Catholic Relief Services. Brown avait rempli le formulaire mais n’avait malheureusement pas signé, ce qui rendait le document inutilisable.

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Les héritiers de Brown

Tisserand et Rodrigue ont organisé les funérailles de Brown où une seule personne était présente, Blanca Rico, la directrice adjointe d’une agence funéraire locale, mais qui avait aussi vécu pendant une certaine période dans la même rue que Brown. Les deux personnes se saluaient lorsqu’ils se voyaient, et Brown l’avait une fois aidée à réparer une tondeuse à gazon.

Deux mois après les funérailles, l’on sait que les héritiers légaux de Brown sont enfin apparus. C’étaient les 4 enfants de sa sœur, une nièce et trois neveux. Brandenburger & Davis les a finalement retrouvés et allait représenter deux d’entre eux, Ken Kaufmann et Kristie Kaufmann Shapiro. Selon Tisserand, l’un des neveux qui allaient se représenter eux-mêmes lui aurait indiqué qu’il visitait souvent son oncle. L’enquêtrice n’a toutefois trouvé aucune information prouvant ce fait. De son côté, Ken Kaufmann a indiqué que son frère visitait leur oncle, mais lui et les deux autres ne l’avaient pas vu depuis 50 ans.

Finalement, Ken Kaufmann et sa sœur ont chacun reçu 387 000 dollars tandis que leurs deux frères ont obtenu chacun 193 000 dollars de plus. Selon Ken Kaufmann, aucun d’eux ne savait qu’il y aurait autant d’argent en jeu.

Ainsi, la fortune de Brown a fini par être partagée entre les enfants de sa sœur. Mais s’il avait eu la possibilité d’écrire un testament, aurait-il voulu léguer son argent à des œuvres caritatives ou plutôt à une distante cousine dont il avait noté le nom comme contact d’urgence dans son carnet d’adresse ? Malheureusement, On ne le saura jamais.