L’histoire méconnue du Red Orchestra, les résistants allemands qui ont lutté contre le nazisme

L’Orchestre Rouge, ou Red Orchestra, est une appellation utilisée par la Gestapo pour décrire une organisation de la Seconde Guerre Mondiale ayant eu des contacts avec l’Union Soviétique, et qui s’était dressée contre le nazisme. L’on sait qu’il existait deux cercles bien distincts de l’Orchestre Rouge, celui qui était basé à Berlin et qui était mené par Harro Schulze-Boysen et Arvid Harnack, et celui constitué de groupes de renseignement gérés par Léopold Trepper à Paris et à Bruxelles.

Du côté de Paris et Bruxelles, le réseau a été mis en place pour fournir des informations aux Soviétiques. C’est Léopold Trepper qui a mis sur pied l’organisation, poussé par Ian Berzine, responsable du service de renseignement de l’Armée Rouge. En juin 1941, la partie franco-belge de l’Orchestre Rouge a été réorientée pour contrer le nazisme.

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L’on sait que Trepper avait comme idée de mettre en place des « résidences » à l’étranger, des sociétés dont le but était de servir de couverture et de financer la cause.

Ainsi, à Bruxelles, la centrale du réseau se cachait derrière une entreprise vendant des imperméables du nom de « Roi du Caoutchouc, Foreign excellent Trench-coat ».  A Paris, c’était la société « Simex » qui avait une succursale à Marseille. Pour ce qui est de l’objectif, c’était surtout de collecter des renseignements concernant la capacité de production du complexe militaro-industriel allemand, mais aussi des informations pour avoir une idée des actions de préparation de l’ennemi.

Les activités de l’Orchestre Rouge

Du côté de Berlin, le réseau était constitué de groupes d’amis, sous la direction de Harro Schulze-Boysen. Ce dernier travaillait au département des communications du ministère des transports aériens de l’Allemagne.

A la tête de l’organisation, il y avait aussi Arvid Harnack qui travaillait au ministère de l’économie. D’après ce que l’on sait, on trouvait au niveau des groupes des anciens amis de la revue nationale-bolchévique du nom de Der Gegner, mais aussi des communistes, des artistes et des pacifistes, tous luttant contre le régime en place. Leurs actions étaient basées sur la distribution de tracts et l’inscription de slogans au niveau des bâtiments. Mais ils ont aussi soutenu les personnes qui étaient persécutées.

Il y avait également un groupe un peu plus restreint qui s’occupait de réunir des informations destinées aux soviétiques.

En général, l’organisation était une source d’informations d’ordres politiques, économiques et militaires pour l’Union Soviétique. Elle était en effet capable de collecter des renseignements auprès de nombreuses sources, par exemple des soldats revenant du front, des ouvriers d’usines d’armement, et même des hauts fonctionnaires qui avaient accès à des informations sensibles. A partir de ces données, les responsables de haut niveau faisaient une synthèse pour connaitre les plans d’attaque de l’armée allemande en Russie. On essayait aussi d’analyser l’activité des Allemands dans les zones occupées, ainsi que leurs pertes et leurs productions de munitions et de matériels militaires.

Des doutes subsistent tout de même par rapport aux résultats obtenus par l’Orchestre Rouge. En 2015, dans un ouvrage, un universitaire du nom de Guillaume Bourgeois parle de ses doutes sur Trepper et son réseau. Bourgeois traite même Trepper d’« imposteur devenu héros sans qu’il ne le mérite ». Selon lui, l’organisation n’aurait finalement fourni aucune information stratégique à l’Union Soviétique.  

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La fin de l’organisation

Les Allemands ont eu vent de l’existence de l’organisation en interceptant des messages radio émis par les services soviétiques en juin 1941.

Ce sont d’ailleurs les Allemands qui, en entendant les sons produits par les messages en Morse du réseau de Trepper, ont surnommé ces codes qu’ils n’arrivaient pas à déchiffrer die Rote Kapelle ou l’orchestre rouge.

Les Allemands ont alors créé un groupe dédié à détruire l’organisation, le Sonderkommando Rote Kappelle.

La fin de la lutte pour l’Orchestre Rouge est arrivée lorsque les services allemands ont intercepté un message codé provenant de Moscou le 14 juillet 1942. Ils sont arrivés à déchiffrer la transmission qui contenait des informations pouvant être utilisées pour trouver le réseau. L’émetteur de Bruxelles a ainsi été repéré et le siège bruxellois pris d’assaut.

Léopold Trepper réussit à s’échapper mais la chasse pour retrouver les différents membres avait commencé. Trepper est finalement arrêté à Paris. En guise de ligne de défense, il a prétendu avoir voulu tromper les Allemands en faisant semblant de collaborer. D’après l’auteur Guillaume Bourgeois, Trepper aurait livré ses propres hommes.

L’on sait que les membres capturés étaient soumis à des interrogatoires très rudes. Cela a conduit à de nombreuses arrestations, à des déportations, mais aussi à des condamnations à mort. Quant à Trepper, il finira par devenir agent double en participant à une opération d’intoxication qui avait pour but de tromper les Soviétiques.

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Au cours d’une sortie, il réussit finalement à s’enfuir et à donner des informations à Moscou. Il finit dans le maquis en France jusqu’à la Libération. En janvier 1945, il est arrêté par Staline et n’est libéré qu’en 1954 après la mort de celui-ci. En 1975, il publie ses mémoires intitulés : Trepper – Le Grand Jeu – Mémoires du chef de l’Orchestre Rouge.

Du côté de Berlin, le service de contre- espionnage allemand arrive à décoder un message émanant de Moscou le 26 août 1942. Ce message contenait les noms et adresses de Harnack, Kuckhoff et Schulze-Boysen. Le résultat est que Harro et Libertas Schulze-Boysen tombent entre les mains des Allemands, et plus de 120 membres vont subir le même sort jusqu’au 12 septembre. Les interrogatoires ont ensuite conduit à l’arrestation de 80 autres personnes et cela va entrainer la fin des activités du cercle de Berlin.

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