Vladimir Komarov, l’homme qui est tombé de l’espace

Voyager dans l’espace n’est pas du tout chose facile, et le développement des premiers vaisseaux spatiaux pouvant transporter des humains était assez compliqué, tant du côté américain que du côté soviétique. C’est en 1957 que la course à l’espace a officiellement commencé entre les deux grandes puissances de l’époque qui étaient les Etats-Unis et l’URSS.

Cette dernière a lancé les hostilités avec les premiers satellites artificiels, ainsi que le premier homme dans l’espace en la personne de Youri Gagarine. Mais d’un autre côté, le programme spatial soviétique est aussi le premier à avoir vu un de ses cosmonautes mourir en pleine mission. Le premier homme à avoir perdu la vie au cours d’une mission spatiale est en effet un Soviétique du nom de Vladimir Komarov, décédé le 24 avril 1967 alors qu’il était à bord du vaisseau Soyouz 1.

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Pendant la période de la course à l’espace, l’objectif des Américains ayant le plus inquiété les Soviétiques a été celui d’aller sur la Lune. C’est en 1961 que les Etats-Unis ont pris cette décision et dès lors, ils ont mis sur pied le programme Gemini dont le but a été de préparer les astronautes, mais surtout de valider les technologies qui allaient être utilisées dans la conquête de la Lune.

Face à cela, les Soviétiques ont réagi avec le développement du vaisseau Voskhod, supposé capable de transporter 3 personnes dans l’espace sans avoir besoin de scaphandres. C’est ainsi que le 12 octobre 1964, Vladimir Komarov effectue son premier vol dans l’espace à bord de Voskhod 1 en compagnie de Boris Legorov et de Konstantin Feoktistov. Ils arrivent à passer 24 heures en orbite autour de la Terre.

La politique avant tout

Le 18 mars 1965, Voskhod 2 est envoyé à son tour dans l’espace avec à son bord deux cosmonautes dont Alexeï Leonov. Ce dernier sera le premier homme à faire une sortie dans l’espace, ce qui va représenter une autre victoire pour l’URSS. Toutefois, l’on pouvait voir à l’époque que les vaisseaux Gemini des Américains étaient plus performants et plus fiables, permettant par exemple d’établir un record de huit jours en orbite.

Mais une fois de plus, l’URSS avait un plan pour dépasser les Etats-Unis, et il était basé sur le développement d’un tout nouvel appareil prévu pour l’exploration lunaire, le Soyouz.

Le vaisseau Soyouz a été conçu par Sergueï Korolev et était caractérisé par sa capacité à effectuer des manœuvres orbitales, mais aussi à s’amarrer avec un autre appareil en orbite. Le développement du nouveau vaisseau a cependant été marqué par de nombreux échecs au cours de vols non habités. Par exemple, le 28 novembre 1966, il y a eu un problème de contrôle, ce qui a conduit les responsables à activer l’autodestruction.

Le 14 décembre de la même année, le vaisseau n’atteint pas l’orbite puisque le lanceur explose au décollage. Tout cela n’a pas empêché les politiciens de pousser les techniciens à faire décoller l’appareil avec des cosmonautes à son bord, surtout que c’était un moyen de supplanter les Américains qui venaient de subir une perte énorme avec l’accident d’Apollo 1.

C’est ainsi que Vladimir Komarov a été choisi pour commander le Soyouz 1, avec comme mission de s’amarrer en orbite avec un autre vaisseau transportant 3 cosmonautes.

Du point de vue des cosmonautes, la conception du Soyouz était déjà inquiétante en elle-même. Komarov avait été affecté au nouveau programme aux côtés de Youri Gagarine et d’Alexeï Leonov, et les cosmonautes n’ont pas manqué de se plaindre par rapport aux différents défauts du nouveau vaisseau.

Malheureusement, leurs plaintes ont été ignorées. Lorsque Komarov a été désigné comme commandant et Gagarine comme remplaçant, il a décidé d’accepter la mission pour éviter à Gagarine, qui était son ami, de prendre sa place dans le vaisseau qu’il savait présenter de nombreuses défaillances. Avant le début de la mission, Komarov s’est même arrangé pour que ses funérailles aient lieu à cercueil ouvert pour confronter les responsables soviétiques aux conséquences de leurs actions.

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La tragédie de Soyouz 1

Le 23 avril 1967, Soyouz 1 est lancé avec Komarov à son bord. Le vaisseau arrive à se mettre en orbite à une altitude de 220 km, mais les problèmes techniques ne tardent pas à survenir. Des deux panneaux solaires, un seul se déploie, ce qui fait que l’appareil n’était pas assez alimenté en énergie. Cela va entraîner un problème au niveau du système de navigation.

Les responsables décident alors d’annuler le lancement du second vaisseau qui devait s’amarrer avec celui de Komarov. Ce dernier, quant à lui, continue de lutter avec les commandes de son appareil qui devait être guidé manuellement. Pendant 5 heures, il essaie d’orienter le vaisseau vers le Soleil pour obtenir plus d’énergie, mais sans succès.

Finalement, les responsables décident de faire rentrer Komarov et celui-ci a dû procéder manuellement à la rentrée dans l’atmosphère au cours de la 19ème orbite. Les derniers mots que l’on a pu entendre de Komarov ont été prononcés avant que la communication ne soit coupée. Ils disaient : « Ici Rubin ! La séparation va avoir lieu… ».

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Pendant la descente, le parachute principal de la capsule a rencontré un problème technique et ne s’est pas ouvert correctement. De son côté, le parachute de secours s’est emmêlé avec le parachute principal, ce qui fait que le vaisseau s’est écrasé avec une vitesse de 140km/ h dans la steppe d’Orenburg. Le corps de Komarov a été incinéré le même jour, avant que ses cendres ne soient ramenées à Moscou pour recevoir les derniers honneurs le 26 avril 1967.