Il y a un problème avec Zoom

A cause de la pandémie de Covid-19, de nombreux pays ont dû opter pour le confinement afin de limiter la propagation du virus. Depuis, les visioconférences sont devenues l’un des moyens les plus utilisés pour communiquer, que ce soit dans le cadre du travail ou simplement pour prendre des nouvelles des amis et des proches.

Devenue un outil indispensable dans le quotidien de beaucoup de personnes durant le confinement, l’application Zoom serait maintenant à l’origine d’un tout autre problème social. Shadi Kourosh, professeur assistant en dermatologie au Harvard Medical School, a remarqué que depuis l’été dernier, le nombre de rendez-vous pour des problèmes d’apparence a beaucoup augmenté. Un phénomène similaire serait également en train de se produire dans les autres domaines connexes comme la chirurgie plastique.

Une femme se tenant le visage dans les mains, avec un bonnet et des gants
Image par Free-Photos de Pixabay (image recadrée)

D’après la scientifique, le fait de regarder leur propre visage sur un écran tous les jours rendrait les gens plus préoccupés par leur apparence.

La dysmorphie de Zoom

Selon les explications, beaucoup de gens sont devenus excessivement soucieux de leur apparence, notamment en ce qui concerne la taille et la forme de leur nez, le relâchement de la peau au niveau de leur cou et la pâleur de leur peau. Par conséquent, les demandes d’interventions cosmétiques telles que les injections de Botox, les liftings, les produits de remplissage et la rhinoplastie ont beaucoup augmenté.

Dans le cadre de leur étude, Kourosh et son équipe ont interrogé des médecins et des chirurgiens afin de savoir si la dysmorphophobie  ou la crainte obsédante d’être laid pouvait être une conséquence de la pandémie. Ils ont appelé ce phénomène la « dysmorphie de Zoom ».

Depuis la mise en place des campagnes de vaccination, la pandémie semble avoir connu une régression. Cependant, les recherches de Kourosh ont révélé que cela n’a pas vraiment eu d’effet sur la dysmorphie de Zoom. Leur enquête effectuée auprès de plus 7 000 personnes suggère que les séquelles mentales causées par la pandémie persisteront pendant un certain temps.

Même avant la pandémie, les chirurgiens esthétiques et les dermatologues avaient remarqué que le nombre de leurs patients augmentait, et les demandes étaient de plus en plus farfelues. En 2015, le terme « dysmorphie de Snapchat » a été créé, décrivant le nombre croissant de patients qui voulaient avoir le même visage que lorsqu’ils utilisaient un filtre, avec une peau éclatante et de grands yeux. Avant cela, les patients venaient au cabinet du chirurgien esthétique pour ressembler à une célébrité, en apportant des photos prises dans un magazine. Les psychologues ont découvert que les personnes qui se regardaient dans le miroir commençaient à se sentir gênées.

La différence entre Snapchat et les vidéoconférences c’est qu’avec la première, les gens connaissent et sont conscients de l’existence du filtre. Par contre, pour les vidéoconférences, les caméras orientées vers l’utilisateur ont tendance à déformer l’image sans qu’on s’en rende vraiment compte. Ainsi, le nez peut paraître plus gros tandis que les yeux sont plus petits. L’habitude de voir son propre reflet dans un miroir quand son visage est détendu peut ainsi contraster avec l’image que l’on voit lors d’une réunion sur Zoom où les sourcils sont souvent froncés à cause de la concentration ou de l’ennui.

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Les impacts sur la santé mentale

Dans la nouvelle étude, Kourosh et ses collègues ont constaté que 71 % des 7 000 personnes interrogées ressentent de l’anxiété et du stress à l’idée de reprendre des activités en personne. Les 64 % ont déclaré avoir demandé un soutien psychologique.

D’autre part, trois personnes sur dix ont dit vouloir investir dans leur apparence pour faire face au retour aux réunions en personne. Les problèmes liés à la prise de poids, à la décoloration de la peau, aux rides et à l’acné sont ceux qui préoccupaient le plus les participants.

Selon Kourosh, les personnes qui passaient le plus de temps sur Zoom avaient une perception plus négative de leur propre apparence. Ceux qui ont passé le plus de temps à se regarder dans ce « miroir technologique » étaient plus vulnérables à l’anxiété. Parmi les jeunes de 18 à 24 ans, ce sont ceux qui ont utilisé des filtres qui étaient les plus susceptibles d’avoir demandé de l’aide à des services de santé mentale.

D’après les explications, durant la pandémie, les gens voyaient leur image déformée par le miroir de Zoom et en même temps, ils étaient bombardés d’images éditées sur les réseaux sociaux et à la télévision. Tout cela aurait eu un effet négatif sur la perception de soi, l’anxiété, ainsi que la santé mentale.

Pour Kourosh, il est important de faire une sensibilisation sur la dysmorphie de Zoom car selon elle, beaucoup de gens souffrent en silence de ses effets négatifs sur leur santé mentale. Il faudrait ainsi leur faire savoir qu’ils ne sont pas seuls.

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