Instagram, nouvelle place de marché pour l’esclavage moderne ?

Dans les pays du Golfe, il existe une forte demande de travailleurs domestiques. Depuis des années, des personnes venant des pays les plus pauvres y migrent en espérant décrocher un travail qui pourrait leur permettre de subvenir aux besoins de leurs familles. Nombre de cas de maltraitance ont été rapportés dans le cadre de ces échanges.

Plus récemment, une équipe de BBC News Arabic a déniché « un véritable marché d’esclaves en ligne » au Koweït et dans d’autres pays.

Un esclave enchaîné

Crédits Pixabay

Les enquêteurs ont découvert que des « vendeurs de domestiques » utilisent des applications comme Instagram, Google Play, Apple’s App Store, 4Sale et Haraj pour trouver des clients. Ils ont relevé plusieurs illégalités qui relèvent d’un non-respect des droits humains fondamentaux.

La plupart de vendeurs recommandent à leurs clients de priver les domestiques de passeports, de congé, de sortie, ou de communication avec leurs proches.

De nouvelles formes de traite d’êtres humains

Sur Instagram, les vendeurs et les acheteurs de domestiques utilisent des hashtags pour se retrouver. Les photos de milliers de travailleuses de maison sont disponibles sur la plateforme. Les ventes et achats sont négociés et conclus via des messages privés.

L’équipe de BBC a rapporté que, sur 4Sale, les employés de maison sont même triés en fonction de leur race. Les vendeurs écrivent des commentaires comme « Ouvrier africain, propre et souriant » ou « Népalais qui ose demander un jour de congé » pour promouvoir leurs posts. Ils ont aussi trouvé des propos racistes comme « Les Indiens sont les plus sales ».

« Crois-moi, elle est très gentille, elle rit et a un visage souriant. Même si vous la gardez éveillée jusqu’à 5 heures du matin, elle ne se plaindra pas », a écrit un policier qui a mis en vente sa domestique. « Vous trouverez quelqu’un qui achètera une bonne pour 600 KD (2 000 $) et la revendra pour 1 000 KD (3 300 $) », a-t-il expliqué aux investigateurs.

La responsabilité des réseaux sociaux

Urmila Bhoola, rapporteuse spéciale des Nations Unies, a pointé la responsabilité des plateformes numériques par rapport à l’expansion de ces formes contemporaines d’esclavages. « Ce qu’ils font, c’est promouvoir un marché aux esclaves en ligne », a-t-elle déploré. « Si Google, Apple, Facebook ou d’autres compagnies hébergent des applications comme celles-ci, elles doivent être tenues responsables. »

De leur côté, les sociétés technologiques ont déclaré être en train de lutter ce marché illégal. Facebook a déclaré avoir supprimé le hashtag arabe « خادمات للتنازل# », qui se traduit par « #bonnesàvendre ». « Nous continuerons à travailler avec les forces de l’ordre, les organisations d’experts et l’industrie pour prévenir ce comportement sur nos plateformes », a souligné le numéro un des réseaux sociaux.

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