La pollution massive des paquebots pointée du doigt

Vous aimez les croisières ? Voici une nouvelle qui va vous faire déchanter. En effet, des journalistes de l’émission « Dispatches : Secrets of your cruise » diffusée sur Channel 4 au Royaume-Uni a révélé des chiffres inquiétants à propos de la pollution des navires.

Il faut dire que les paquebots rencontrent un succès toujours plus important avec le temps, et ont de ce fait énormément grandi pour devenir d’immenses villes flottantes.

Le navire “test” / Crédits image

Cela a amené à une véritable course au plus grand navire. À l’époque, le France tenait cette place (316 m), puis ce fut le tour du Queen Mary 2 (345 m). Entre temps, les navires de la classe Freedom de la Royal Caribbean Cruise Line (RCCL) ont occupé cette place avec 339 m et surtout leur tonnage plus important que celui du QM2. Le record est pour l’heure détenu par l’Harmony Of The Seas de la classe Oasis de la RCCL, grâce à ses 362 mètres de long mais… pour combien de temps encore ?

Une pollution supérieure sur les navires qu’en centre-ville

Le reportage d’investigation consacré aux paquebots a révélé des chiffres très inquiétants quant à la pollution provoquée par ces navires toujours plus imposants. Ils ont réalisé des tests sur le navire Oceana de la compagnie P&O, un paquebot de taille moyenne à l’heure actuelle, quand on le compare aux dizaines d’autres bateaux construits ces dernières années.

En effet, il a été construit en 2000 et mesure « seulement » 261 mètres de long pour 32 mètres de large. Néanmoins, il reste une véritable ville flottante avec ses 875 marins et ses 2016 passagers. Au total, il représente une ville d’environ 3000 personnes… posée sur quatre moteurs développant une puissance de 46 080 kW.

À l’aide d’outils de mesure, les auteurs de l’enquête ont pu constater que le volume de particules fines sur le pont du bateau s’élevait à 84 000 par cm3. Pire, d’autres mesures réalisées près des cheminées ont révélé un taux de particules fines de 144 000 par cm3, avec un pic à 226 000 par cm3 ! Ce qui correspond au double du taux du quartier de Picadilly Circus, à Londres, et dépasse un pic de pollution parisien.

Dans le reportage, le docteur Matthew Loxham donne des précisions inquiétantes : « On pourrait relever de tels volumes dans les villes les plus polluées du monde comme Shanghaï ou New Delhi, une exposition de courte durée peut causer des problèmes respiratoires, notamment chez les personnes asthmatiques ou celles souffrant de maladies cardiovasculaires ».

Quant aux membres d’équipage, ils pourraient présenter des symptômes que « nous commençons juste à comprendre » suite à leur exposition prolongée, explique le docteur Loxham.   En clair, un seul paquebot peut émettre autant de pollution qu’un million de voitures. Des chiffres alarmants, quand on sait que 2 millions de Britanniques et plus de 615 00 Français partent en croisière chaque année.

32 navires équivaudraient à la pollution du parc automobile français en 24 heures

Selon l’ONG Transport & Environnement, 50 000 personnes sont mortes à cause de la pollution atmosphérique maritime. Ce phénomène a existé dès l’apparition des premiers paquebots à l’époque. Chaque échappement est logiquement polluant, peu importe le véhicule. Sur les navires, elle est provoquée par la nature du carburant utilisé, le fioul, qui contient 3 500 fois plus de soufre que le carburant diesel utilisé dans nos voitures.

Heureusement, l’innovation et l’écologie sont deux axes de plus en plus considérés par les armateurs. Les premiers navires fonctionnant au gaz naturel liquéfié (GNL) voient le jour. C’est le cas de l’AIDA perla, dernier-né long de 300 m et pouvant accueillir 3 300 passagers. Il présente de nombreux avantages puisque son système GNL ne génère aucune émission d’oxyde de soufre ou de particules fines, et réduit les émissions de CO2.

Une propulsion plus propre, indispensable, qui s’affiche comme étant le système de prédilection pour l’avenir maritime. D’autres dispositifs commencent également à voir le jour pour « couper » les émissions des navires lorsqu’ils sont au port. C’est le cas de La Méridionale et de son système électrique innovant implanté à Marseille, en voici le détail ici si cela vous intéresse. Car oui, les ferries génèrent également une pollution majeure, que certains habitants du littoral français constatent chaque jour en voyant à l’horizon les trainées de particules nocives laissées par les navires dans leur sillage, mais également en la respirant à proximité des ports.

Pour rajouter une couche d’inquiétude à tous ces chiffres alarmants, sachez que 32 bateaux pollueraient autant en une journée que la totalité du parc automobile français. Et quand on sait que des dizaines de navires côtoient chaque jour les ports tricolores, et que ce chiffre ne cesse d’augmenter…

Heureusement, les systèmes propres cités plus haut se développent et vont sans aucun doute se démocratiser. Avant d’arriver à de nouvelles innovations toujours plus écologiques. Car ces paquebots immenses sont également préoccupants au sujet des rejets des eaux usées, hormis les derniers bâtiments qui disposent de systèmes d’épuration aboutis.

Quant au groupe Carnival, exploitant du navire Oceana « cobaye » pour l’émission, a expliqué avoir réduit de 28% ses émissions depuis 2005. Elle prévoit de l’équiper d’un système d’épuration de gaz d’échappement qui se trouve déjà sur 60 de ses autres bateaux. Une prise de conscience générale est en cours concernant la pollution générée par le domaine maritime. Elle est décriée depuis longtemps par les associations de protection de l’environnement.

En attendant, si vous aviez décidé de partir en croisière pour changer d’air et s’oxygéner grâce à l’air pur marin, ce n’est pas gagné. Vous pensiez aérer vos poumons, vous vous retrouvez au final à Bombay ou à Shanghaï. À moins de ne pas mettre le nez sous les cheminées et d’aller respirer uniquement à l’avant du navire… ?