La “porte des enfers” selon les Romains

En 2011, des archéologues de l’Université de Salento ont redécouvert une mystérieuse grotte utilisée autrefois par les anciens Romains pour des sacrifices d’animaux. A l’époque, le peuple croyait que la grotte était une porte qui menait vers le monde des enfers. En effet, tous les animaux qui se trouvaient à proximité mourraient instantanément alors que les prêtres qui les menaient demeuraient indemnes. 

La grotte en question se trouve en Turquie, auparavant dans une cité dénommée Hiérapolis dans l’ancienne Phrygie. Les taureaux utilisés pour les sacrifices étaient menés par des prêtres castrés à travers la porte de Pluton ou Plutonium, et étaient destinés au dieu des enfers.

Image par DenisPet de Pixabay
Image par DenisPet de Pixabay 

Des milliers d’années plus tard, les scientifiques ont compris pourquoi tous les animaux offerts en guise de sacrifice mourraient lorsqu’ils se trouvaient près de la grotte. En fait, l’endroit est caractérisé par la présence d’un nuage concentré de dioxyde de carbone extrêmement mortel pouvant étouffer tous ceux qui le respiraient.

Les chercheurs pensent que les prêtres étaient au courant de cette particularité et ont tout fait pour éviter de respirer le gaz mortel lors des cérémonies sacrificielles.

Des concentrations mortelles de CO2

Selon les informations, la source de gaz carbonique concentré serait toujours active jusqu’à présent. Pour preuve, les oiseaux qui s’aventurent trop près de l’entrée de la grotte suffoquent tous et meurent.

En 2018, le volcanologue Hardy Pfanz de l’Université de Duisburg-Essen en Allemagne a mené des recherches sur les suintements de gaz au niveau de la grotte. Les résultats de l’étude ont montré que l’activité sismique au-dessous de la grotte était responsable de l’émission du gaz mortel. Une fissure profonde qui se trouve sous la région permet à une quantité importante de dioxyde de carbone volcanique de s’échapper. Des mesures des niveaux de CO2 effectuées dans l’arène reliée à la grotte ont montré que le gaz, qui est plus lourd que l’air, formait comme une sorte de lac s’élevant à 40 centimètres au-dessus du sol de l’arène.

Pendant la journée, le gaz est dissipé par le soleil et s’accumule juste sur 5 centimètres de hauteur. Il est par contre à son niveau maximum et le plus mortel à l’aube, après une forte accumulation durant la nuit. A ce moment, la concentration de CO2 au fond du lac est de plus de 50 %. A 10 centimètres du sol, elle est à 35 %, un niveau qui est encore mortel pour l’homme. Au-dessus de 40 centimètres, on peut observer une diminution rapide de la concentration en dioxyde de carbone. En ce qui concerne l’intérieur de la grotte où ni le vent ni le soleil ne peuvent pénétrer, les niveaux de CO2 varient de 86 à 91 %.

Les prêtres étaient au courant

Selon les chercheurs, durant les sacrifices, les prêtres adultes se tenaient toujours debout dans l’arène quand ils menaient les animaux à sacrifier. En veillant à tenir leur nez et leur bouche au-dessus du niveau où l’air était toxique, ils pouvaient échapper à la mort.  Quant aux taureaux, leurs narines se trouvaient entre 60 et 90 centimètres au-dessus du sol. En respirant le gaz toxique, ces gros animaux succombaient rapidement, contrairement aux prêtres qui restaient en pleine forme. Les spectateurs pensaient ainsi que c’était là un témoignage du pouvoir des dieux ou des prêtres.

Pour les scientifiques, les prêtres étaient conscients des propriétés de la grotte et de l’arène. Selon leurs explications, les sacrifices devaient généralement se passer à l’aube ou au crépuscule lorsque les niveaux de CO2 étaient les plus élevés. Il n’est pas non plus impossible qu’ils aient plongé leur tête dans le lac ou soient entrés dans la grotte en retenant leur souffle lors des cérémonies qui se déroulaient  à midi afin de prouver leur pouvoir. Cependant, la découverte de lampes à huile sur les lieux peut aussi indiquer que des cérémonies pouvaient aussi se dérouler la nuit.

Dans leur rapport, les auteurs ont indiqué que les gros animaux étaient sacrifiés dans l’arène par les prêtres pendant les jours de fête. Toutefois, des touristes pouvaient également jeter des petits animaux et des oiseaux qu’on leur a vendus dans l’arène en guise de sacrifices.