L’Antarctique “chante” et on sait enfin pourquoi

En 2014, des chercheurs de l’Union américaine de géophysique avaient inséré trente-quatre capteurs sismiques extrêmement sensibles sous la Barrière de Ross, en Antarctique. Initialement, leur intention était d’étudier la croûte et le manteau de ce glacier plat de 800 km de large. À leur grande surprise, ils ont enregistré un bruit sismique ambiant dont l’origine ne pouvait être expliquée. Il s’agit d’un son sinistre qui semble sortir tout droit d’un film d’horreur.

Le matériel sismographique avait été placé sous la barrière de Ross, la plus grande banquise de l’Antarctique, dont la surface est à peine plus petite que celle de la France. Suite à une récente étude, les chercheurs ont enfin résolu le mystère. Ils ont découvert que la résonnance sismique ambiante est liée à l’état de santé de la glace polaire.

Lac subglaciaire

Les variations des bourdonnements seraient en corrélation avec les vents qui « redistribuent la neige en surface » et au réchauffement qui a affaibli le manteau neigeux.

Un heureux accident

Julien Chaput, du département de mathématiques de l’université d’État du Colorado, a été le premier à découvrir les sons de vibrations étranges. Il décrit la trouvaille comme un « heureux accident ». Avec une dizaine d’homologues, il a raconté leurs expériences à travers un article publié dans la revue Geophysical Research Letters, le 16 octobre 2018.

Les bruits mystérieux proviendraient finalement de vents puissants soufflant à travers les couches supérieures de neige à la surface de la glace. La plateforme « chante continuellement à une fréquence de 5 cycles ou plus par seconde, sous l’effet des vents locaux régionaux qui soufflent sur sa topographie [ndlr : son relief] en forme de dune enneigée », ont-ils expliqué.

Des échos de la dégradation des glaces de l’Antarctique

Les scientifiques estiment que ces bourdonnements omniprésents sont des précieux indicateurs de l’évolution de la fonte de glace causée par le réchauffement climatique.

« Ces observations montrent que la surveillance sismologique peut servir à surveiller en permanence les conditions près de la surface d’une banquise et d’autres corps de glace à plusieurs mètres de profondeur », ont-ils souligné.

Lors d’une récente étude, les scientifiques de la NASA ont également repéré la présence de particules au comportement atypique dans les glaces de l’Antarctique. Jusqu’ici, ils n’arrivent pas à expliquer le phénomène.

Mots-clés géologie