Le deepfake porn, une future épidémie ?

De nos jours, avec les progrès de la technologie, il est devenu plus facile de copier et de pirater les produits, et la pornographie fait partie des secteurs touchés. En effet, avec l’avènement de la technologie deepfake, qui consiste à prendre le visage d’une personne et de le mettre sur le corps d’une autre personne, il est facile d’utiliser le visage de n’importe qui dans une vidéo pornographique.

La manipulation d’images immobiles est connue depuis longtemps, mais maintenant, on fait face à la manipulation d’images mobiles, c’est-à-dire la manipulation de vidéos. Selon les informations, les cas d’abus augmentent au fil des années. Les nouvelles technologies permettent aujourd’hui au grand public de créer de fausses vidéos avec leur ordinateur personnel, un travail qui nécessitait auparavant du matériel professionnel.

Crédits PIxabay

Henry Ajder, expert en deepfakes et ayant suivi le développement de la technologie, s’inquiète de son utilisation dans la pornographie. Selon lui, comme tout le monde peut maintenant le faire, les utilisations malveillantes sont très graves et il faut prendre la situation très au sérieux.

De son côté, le Professeur Clare McGlynn de la Durham University indique que le deepfake porn est un moyen qui facilite l’abus et les harcèlements envers les femmes.

Les victimes parlent

Plusieurs personnes ont déjà été touchées par le deepfake porn, comme cette femme qui a indiqué que sa vie privée a été violée par une personne à qui elle avait autrefois confiance. Selon elle, elle a reçu des messages de son ex-petit ami disant qu’il avait utilisé Photoshop pour la mettre dans des images à caractère sexuel. Quelques mois plus tard, elle a reçu un e-mail de la part du modérateur d’un site pour adulte amateur lui demandant si elle voulait vraiment poster des contenus pornographiques sur Internet.

Apparemment, son ex-petit ami avait uploadé des images d’elle dans des scènes de sexe explicites avec son nom complet. Les photos ont finalement été supprimées, et son ex-petit ami a parlé à la police. Toutefois, il n’a fait face à aucune accusation criminelle.

Helen Mort, de son côté, est une écrivaine vivant à Sheffield. Elle a découvert des images deepfake d’elle sur un site pour adulte il y a de cela deux ans. Ces images étaient exposées depuis 2017. Selon elle, la première chose qui lui est venue à l’esprit est de se demander ce qu’elle avait fait pour mériter cela. Jusqu’à maintenant, elle ne sait toujours pas qui a posté les fausses images, mais elle se sent surtout abandonnée par les lois anglaises. Elle a indiqué qu’il a été facile de supprimer les images, mais en voulant contacter la police, celle dernière a indiqué ne pas pouvoir l’aider puisque la manipulation d’images de la sorte ne constitue pas une offense en Angleterre.

Que disent les lois ?

Selon le Pr McGlynn, qui étudie les lois à travers le Royaume-Uni, l’Ecosse est en avance en ce qui concerne la lutte contre les deepfakes. Elle explique que pour le moment en Angleterre et au Pays de Galles, les lois considèrent seulement les vraies images. Pour l’Ecosse, la loi indique uniquement « toute image altérée de n’importe quelle façon », mais il y a déjà une grande différence puisque cela couvre le deepfake porn. La police se doit ainsi de mener une enquête si quelqu’un porte plainte.

Au cours d’une explication des différences entre les lois de l’Angleterre et du Pays de Galles, un porte-parole du Ministère de la Justice à Londres a déclaré que « cet acte cruel » pouvait être poursuivi selon les lois existantes, et une évaluation indépendante pour renforcer la loi est également en cours. Selon le porte-parole, ils ont déjà introduit des lois concernant le « revenge porn » et l’« upskirting ». En tout cas, le Pr McGlynn a indiqué que si on ne fait pas quelque chose dès maintenant, le deepfake porn pourrait devenir la prochaine pandémie.