Le mystère de la momie hurlante élucidé

En 1881, des archéologues avaient découvert une certaine momie à Deir el-Bahari, un complexe funéraire se trouvant en face de la ville de Louxor, de l’autre côté du Nil. Sur les tissus qui servaient à l’envelopper, il y avait inscrit le nom « Meritamun », même si les égyptologues ne sont pas vraiment sûrs de qui elle était vraiment. En tout cas, ce qui était assez particulier par rapport à cette momie, c’était sa bouche qui était grande ouverte. Les archéologues l’ont ainsi qualifiée de momie hurlante.

Aujourd’hui, l’on a peut-être une réponse quant à la raison de cette position peu habituelle de la mâchoire. Une nouvelle étude suggère en effet que la femme momifiée est morte d’une attaque cardiaque massive, après que les résultats d’une tomodensitométrie  ou CT scan ait révélé une athérosclérose très répandue et des dépôts de graisse dans les vaisseaux sanguins. Ainsi, la femme serait morte seule et son corps n’aurait été découvert qu’après plusieurs heures, ce qui a laissé le temps à la rigidité cadavérique de se mettre en place. Sa bouche ouverte lors du décès a ainsi pu rester dans la même position.

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Des chercheurs extérieurs sont toutefois sceptiques par rapport à cette conclusion quant à l’origine de la bouche ouverte. Comme l’explique Andrew Wade, anthropologue au McMaster University, la momification est un long processus et la rigidité cadavérique ne dure que quelques jours. Selon lui, il est plus probable que l’enveloppe autour de la mâchoire n’ait pas été bien serrée et n’ait pas pu garder la bouche fermée.

Ce que les analyses ont révélé

Selon les informations, Meritamun est l’une des deux momies découvertes à Deir el-Bahari avec la mâchoire ouverte. L’autre a été la momie de Pentawere qui est le fils de Ramsès III. Pentawere avait été forcé à se suicider pour avoir participé à un complot visant à trancher la gorge du pharaon. Sa momification avait été volontairement mal faite puisqu’il a été enveloppé d’une peau de mouton et ses organes n’ont pas été enlevés. Sa mâchoire n’a pas non plus été fixée.

L’égyptologue Zahi Hawass, ancien ministre égyptien des antiquités, et le Dr. Sahar Saleem, radiologue à l’Université du Caire, ont ainsi voulu savoir si Meritamun avait subi le même traitement que Pentawere. Ils ont utilisé la tomodensitométrie pour assembler une image virtuelle en 3D de la momie. Les scans obtenus ont montré que Meritamun avait été bien momifiée. Ses organes avaient été enlevés, excepté le cœur, la trachée et les poumons. Sa cavité abdominale avait été remplie de lin et de résine. Le cerveau a aussi été laissé, on l’a retrouvé rétréci au fond à droite du crâne.

Meritamun mesurait environ 151 cm lorsqu’elle était vivante. Ses dents et ses os suggèrent qu’elle avait la cinquantaine au moment de sa mort. Mais ce qui a le plus frappé par rapport à sa santé était la présence d’une athérosclérose presque dans tous ses vaisseaux sanguins. Cela a conduit les chercheurs à suggérer qu’elle est morte d’une attaque cardiaque. Toutefois, l’on sait que cette maladie peut aussi tuer en provoquant un AVC ou accident vasculaire cérébral.

Un mystère non résolu

Malgré ces résultats, il reste encore un mystère que les chercheurs n’ont pas réussi à résoudre. En effet, Meritamun a été bien momifiée, donc elle n’est pas morte en disgrâce. Mais la momie hurlante avait été laissée dans une position inhabituelle avec sa bouche ouverte, ses jambes repliées et aussi croisées au niveau des chevilles.

Dans leur article qui sera publié dans l’Egyptian Journal of Radiology and Nuclear Medicine, Hawass et Saleem proposent l’hypothèse que les embaumeurs ont commencé le processus de momification avant la fin de la rigidité cadavérique. Ils ont ainsi été incapables d’allonger les jambes et n’ont pas pu refermer la bouche de la morte. Toutefois, d’après un commentaire publié dans la revue Archaeology en 2009, les momies hurlantes seraient assez communes et l’ouverture de la mâchoire était due au relâchement des ligaments après la mort.

D’un autre côté, Hawass et Saleem pensent que la combinaison de la bouche ouverte et des jambes croisées signifie tout à fait autre chose. Selon Andrew Nelson, professeur de bio-archéologie à l’University of Western Ontario, et qui a été consultant lors de l’étude, la momification était un processus tellement standardisé et ritualisé, ce qui signifie qu’il doit y avoir une raison derrière le fait que les embaumeurs n’aient pas redressé la momie et ne l’aient pas mise dans la position habituelle.

Ainsi, une partie du mystère reste encore sans réponse. Il faudra encore d’autres études sur les momies hurlantes pour clarifier les relations entre la momification et les phénomènes post mortem comme la rigidité cadavérique.

Mots-clés archéologie