Le Tramadol placé sous haute surveillance en France

Ils sont nombreux les Français qui prennent régulièrement du Tramadol et qui en sont devenu accros. Pour limiter les risques de dépendance et de surdosage liés à une consommation non maîtrisée de cet antalgique à base d’opiacés, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a pris la décision de recadrer son usage.

Ainsi, à compter du 15 avril de cette année, les patients traités avec du Tramadol devront faire renouveler leur ordonnance tous les 3 mois, et non plus 12 mois comme c’était le cas jusque-là. L’annonce a été faite le mercredi 15 janvier dernier.

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Un médicament très addictif 

En 2017, 6,8 millions de Français ont pris du Tramadol au moins une fois dans l’année, ce qui en fait de loin l’opioïde le plus prescrit en France. Mais la forte hausse des hospitalisations liées à un mauvais usage de ces médicaments inquiète les autorités. En effet, entre 2000 et 2017, on a enregistré une hausse de 167 % du nombre d’hospitalisations dans l’Hexagone liées à une overdose aux opioïdes, et une hausse de 146 % du nombre de décès entre 2000 et 2015.

Comme le souligne Nathalie Richard, directrice adjointe des médicaments antalgiques et stupéfiant à l’ANSM, ces chiffres inquiétants rappellent la crise des opioïdes aux États-Unis, où en moins de 20 ans la surconsommation d’antalgiques opioïdes a causé près de 218 000 décès.

L’usage du Tramadol pose en effet de nombreux problèmes. Outre la forte addiction, c’est notamment l’opioïde le plus impliqué dans les décès liés aux antalgiques. En 2016, une enquête spécifique sur les décès avec antalgiques a révélé que 37 décès sur 84 concernaient des patients qui prenaient du tramadol. Un autre constat inquiétant à propos de ce médicament, c’est qu’il est le deuxième antalgique qui apparaît le plus souvent sur les ordonnances falsifiées présentées en pharmacie, derrière la codéine.

Les médecins prescrivent le Tramadol pour soulager des douleurs importantes, notamment après une intervention chirurgicale. Mais au vu de tous les problèmes qui entourent ce médicament, les autorités françaises ont décidé de réduire autant que possible sa durée de prescription.

La guerre contre les opioïdes est déclarée

A partir du 15 avril prochain, les médecins devront réévaluer l’intérêt du traitement au Tramadol pour le patient tous les trois mois au lieu d’une fois pas an. De plus, certains patients voyant l’effet du médicament s’estomper augmentent eux-mêmes les doses. Les médecins devront donc réaliser également un bilan de bonne tolérance pour éviter tout risque d’abus.

Le Tramadol n’est pas le seul opioïde dans le collimateur du gouvernement. En effet en juillet 2019, le ministère de la Santé a publié une feuille de route 2019 – 2022 pour prévenir et agir face aux surdoses d’opioïdes. « L’ANSM surveille l’ensemble des opioïdes au fil de l’eau », a déclaré Nathalie Richard, précisant que pour l’oxycodone, la morphine  et le fentanyl, trois opioïdes classés comme stupéfiants, la validité de l’ordonnance se limite désormais à un mois.

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