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Le web collaboratif et ses limites…

Au cas où vous auriez autant de curiosité intellectuelle qu’une ministre de la culture (je ne vise personne, bien entendu), vous ignorez peut-être tout du web collaboratif. Et bien au cas où vous vous poseriez la question, cela n’a strictement rien à voir avec le pare-feu intégré dans Open Office. Non, en fait, le web collaboratif, c’est le web qui s’appuie sur les utilisateurs pour construire son contenu. Tiens, elle est drôlement chouette ma définition, pour la peine je vais me reprendre un cachet de Vicodine. Et quoi qu’on en dise, le web collaboratif a des limites.

Le web collaboratif et ses limites

Trop de web collaboratif tue le web collaboratif

Donc le web collaboratif, c’est super cool parce que les internautes ont vraiment l’impression de participer à quelque chose de plus grand qu’eux. Ce qui me pousse à me demander si la Wikipédia ne deviendra pas un jour une vraie religion à part entière. Seulement voilà, il y a toujours un revers à n’importe quelle médaille et en ce qui concerne celle-ci, on peut dire que le gros problème, c’est que la plupart des sites du genre ont besoin de leur communauté pour vivre et pour se remplir.

Alors bon, à ce stade de notre magnifique réflexion, on peut penser que ce n’est pas un problème. Après tout, s’appuyer sur les internautes pour construire un contenu, c’est même plutôt chouette. Un peu comme mai 68, période durant laquelle les échanges… hem… transversaux étaient légion. Oui, cette métaphore est drôlement chouette, on pourrait donc dire que le web collaboratif, c’est un peu la partouze 2.0.

Sauf que voilà, des services collaboratifs, on en trouve des tonnes sur le même sujet. C’est ainsi, la concurrence est rude, on ne compte plus le nombre de digg-like, de youtube-like, de youporn-like. Un peu comme si tous les développeurs du monde s’étaient engouffrés dans la brèche. Or, il est évident que tous les internautes ne peuvent pas remplir tous ces sites. Certains parviennent à fédérer une véritable communauté, d’autres sombrent dans l’oubli.

Depuis que j’ai lancé la Fredzone, soit depuis bientôt deux ans, j’ai eu l’occasion de tester de nombreux services. Mais aujourd’hui, en toute sincérité, je n’en utilise quotidiennement que trois : DropBox, Twitter et Spotify. Sur les centaines de sites web collaboratifs testés, on peut dire que ce score est loin d’être honorable.

Le web collaboratif, pas toujours pertinent

Mais évidemment, ce point n’est pas la seule limite du web collaboratif. Non, on peut aussi évoquer la pertinence de ce type de service. Le danger, lorsqu’on s’appuie sur une communauté (quelle qu’elle soit), c’est de perdre l’emprise sur son propre contenu. Le monde est ainsi fait qu’une grande majorité de l’espèce humaine est totalement débile. Ce qui explique d’ailleurs sans doute pourquoi Bush a été élu deux fois et pourquoi nous avons encore une tonne de personnes qui trouvent que le préservatif, c’est le mal.

Attention cependant, car si j’ai évoqué la stupidité intrasèque de l’être humain, il ne faut pas oublier qu’il est également vénal. La politique, l’économie, le prouvent particulièrement bien. Ouvrir son contenu aux autres, c’est donc s’exposer à toute une série de dérives. Des liens commerciaux, de la publicité déguisée, le genre de choses qui peuvent nuire à la réputation de votre service. Sans parler de la pollution du web, le même web sur lequel il devient de plus en plus difficile de trouver des informations fondées et pertinentes.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle de plus en plus de sites collaboratifs décident de modérer le contenu proposé avant publication. Une solution idéale, certes, mais pas lorsque votre service attirer des milliers de visiteurs chaque jour. A moins, bien entendu, d’embaucher tout plein de sans-papiers pour bosser à votre place. Tiens, d’ailleurs, maintenant que j’y pense, il y a quand même un créneau à prendre… Et puisqu’on y est, si une jeune suédoise se cache dans la salle et qu’elle adore être exploitée et répondre à un tas de commentaires un peu barrés de pervers en rut, qu’elle me contacte !

Cela dit, si vous êtes parvenus à lire ce long billet jusque là, vous devez vous dire que seuls les services proposant un contenu collaboratif sont évoqués. Et que le web collaboratif ne se limite pas à ce type de sites. Oui, et d’ailleurs, vous avez parfaitement raison, c’est la raison pour laquelle je vais prendre encore un peu de votre temps et continuer dans ce sens.

Je partage, tu partages, nous partageons et après ?

Lorsqu’on pense à « collaboratif », on entend souvent travail. Ou encore partage, échange. Et évidemment, on trouve un bon paquet de services proposant ce type de fonctionnalités. Des services qui vous permettent de gérer votre « workflow », votre agenda, vos projets web, votre double-vie, votre changement de sexe ou même vos fichiers. Oui, des services qui sont censés vous faciliter la vie et qui y parviennent d’ailleurs le plus souvent. Sauf pour le changement de sexe, parce que ça doit faire mal. C’est un fait, aujourd’hui, nous n’avons plus besoin d’être dans la même pièce pour bosser ensemble.

Ces services sont donc très utiles, c’est certain. Et on a souvent tendance à leur confier nos données sans sourciller. Sans se poser de questions. Alors évidemment, je ne crache pas sur ces services. J’utilise d’ailleurs certains d’entre eux. Mais ce n’est pas pour autant que je suis pas conscient des dangers encourus. Je sais très bien que mes fichiers partagés sont stockés sur des serveurs d’une entreprise privée, que cette dernière peut parfaitement en faire ce qu’elle veut ou, pire, carrément fermer ses portes et les supprimer. Je sais donc que mes données n’y sont pas en sécurité, et que je dois par conséquent m’assurer de deux choses : la première, c’est de ne jamais rien stocker de sensible (et surtout pas ma collection privée des inédits de Clara Morgane) et la seconde, de toujours sauvegarder mes fichiers ailleurs.

Et c’est bien là le problème. Dans ce contexte, comment profiter pleinement de ce type d’outils ? Comment peut-on franchir le pas et décider, tout d’un coup, de partager les données d’un projet d’entreprise sur ce genre de service ? Très bonne question. A part les développer soi-même (au moins, on est sûr de ce que l’on fait), je ne vois pas. Concrètement, on peut donc se demander si ces services ne sont pas condamnés d’avance. L’internaute lambda, tellement méfiant, aura beaucoup de mal à leur faire confiance, et ils auront par conséquent beaucoup de difficultés à trouver leur public.

Et finalement ?

Finalement, que peut-on en déduire ? Tout simplement que le web collaboratif devra évoluer pour survivre. Pour le moment, tout va bien. Malgré la crise, les services web 2.0 surfent sur la vague, font parler, certains d’entre eux parviennent même à lever des fonds et on pourrait presque penser que ce n’est que le début. En vérité et à mon sens, si le web collaboratif est à la mode, il devra sans doute s’adapter et corriger ses failles pour subsister.  Le web est ainsi fait que tout va très vite. On peut être le premier, le leader, un jour, et disparaître soudainement le lendemain.

Voilà, et bravo à ceux qui ont lu ce trop long billet jusqu’au bout. Moi-même, si je ne l’avais pas écris, je pense que je n’y serais pas parvenu.

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