Lemuria ou l’histoire du continent perdu

Selon certains scientifiques, il existait autrefois un continent appelé la Lémurie ou Lemuria, qui s’étendait de l’Inde à l’Australie. Comme l’Atlantide, cette ancienne terre a disparu dans des circonstances mystérieuses il y a des dizaines de milliers d’années. Selon les géologues, le continent lémurien a disparu quelque part vers la fin de l’ère mésozoïque à cause de la montée des eaux.

D’après une étude de l’Institut national indien d’océanographie, le niveau de l’eau était de cent mètres plus bas, il y a 14 500 ans, et il a augmenté graduellement à la suite du réchauffement de la Terre jusqu’à l’inondation périodique d’une partie importante de la masse continentale. Ce qui a conduit à la disparition de nombreuses civilisations côtières, dans notre cas Lemuria.

Gaz océan pacifique

Sur ce continent perdu, certains pensaient qu’il existait même une race d’humains maintenant éteints, les Lémuriens, qui avaient quatre bras et d’énormes corps hermaphrodites. Ils seraient les ancêtres des humains modernes (et peut-être aussi des lémuriens). Même si elle peut sembler absurde, cette idée a pourtant prospéré pendant un certain temps à la fois dans la culture populaire et au sein de certaines communautés scientifiques.

Chose intéressante, en 2013, des géologues ont découvert des traces d’un continent perdu précisément là où l’on disait que la Lémurie avait existé.

L’origine de l’histoire de Lemuria

Les théories de la Lémurie ont gagné en popularité en 1864, lorsque l’avocat et zoologiste britannique Philip Lutley Sclater a écrit un article intitulé « Les Mammifères de Madagascar » et l’a fait publier dans The Quarterly Journal of Science. Dans cet article, Sclater fait remarquer qu’il y a beaucoup plus d’espèces de lémuriens à Madagascar qu’en Afrique ou en Inde. Il en déduit donc que « Madagascar était la patrie originelle de l’espèce animale ».

Selon Sclater, si les lémuriens ont pu émigrer en Inde et en Afrique depuis Madagascar, c’est grâce à une masse continentale maintenant perdue, de forme triangulaire jadis, qui s’étendait dans le sud de l’océan Indien. D’après Sclater, avant de sombrer au fond de l’océan, ce continent de « Lemuria » touchait probablement la pointe sud de l’Inde, l’Afrique australe et l’ouest de l’Australie.

À une époque où la science de l’évolution était à ses débuts, et les notions de dérive des continents n’étaient pas largement acceptées, bon nombre de scientifiques se sont alors basés sur les théories avancées par Sclater pour expliquer comment les animaux migraient d’un endroit à l’autre. Deux décennies plus tôt, le naturaliste français Étienne Geoffroy Saint-Hilaire avait lui aussi proposé une théorie semblable à celle de Sclater. Tout cela a naturellement permis à l’histoire de Lemuria de se répandre au maximum.

Les travaux du biologiste allemand Ernst Haeckel

Rapidement, d’autres scientifiques et auteurs se sont approprié la théorie de Lemuria et l’ont répandue. C’est le cas du biologiste allemand Ernst Haeckel qui a commencé à publier dans les années 1860 des travaux affirmant que Lemuria était ce qui avait permis aux humains de migrer hors d’Asie vers l’Afrique. Car à l’époque certains croyaient que l’Asie était le berceau de l’humanité. Haeckel a quant à lui suggéré que Lemuria pourrait être le véritable berceau de l’humanité.

En 1870, il écrit que « La maison primitive probable ou ‘Paradis’ se trouve à l’endroit supposé être la Lémurie, un continent tropical actuellement au-dessous du niveau de l’océan Indien, dont l’existence antérieure dans la période tertiaire semble très probable à partir de nombreux faits dans la géographie animale et végétale. »

L’expansion de la théorie de Lemuria jusqu’au début du XXe siècle

Les théories lémuriennes ont persisté tout au long des années 1800 et au début des années 1900, parallèlement au mythe de Kumari Kandam, un supposé continent perdu dans l’océan Indien qui abritait autrefois une civilisation tamoule. C’était bien avant que la science moderne découvre des restes humains anciens en Afrique qui suggéraient que ce continent était en fait le berceau de l’humanité. Et avant que les sismologues modernes comprennent comment la tectonique des plaques a déplacé les continents jadis connectés les uns aux autres.

Sans ces nouvelles connaissances, beaucoup ont continué à adopter la théorie de Lemuria, surtout après qu’Elena Blavatskaja, occultiste, médium et auteur russe, ait publié The Secret Doctrine en 1888. D’après ce livre, il y avait autrefois sept anciennes races de l’humanité et Lemuria était le lieu d’habitation de l’une d’entre elles. Cette race hermaphrodite de quatre mètres de haut, avec quatre bras, aurait prospéré aux côtés des dinosaures selon Blavatskaja. Les théories Fringe ont quant à elle suggéré que ces Lémuriens ont évolué pour devenir les lémuriens (animaux) que nous connaissons aujourd’hui.

Les traces d’un continent perdu découvertes dans l’océan Indien

En 2013, avec les nouvelles connaissances scientifiques comme la tectonique des plaques, les théories scientifiques d’un continent perdu et d’un pont terrestre responsable de la migration des lémuriens tombent dans l’oubli. C’est alors que des géologues découvrent les traces d’un continent perdu dans l’océan Indien. Ces scientifiques ont en effet découvert des fragments de granit dans l’océan au sud de l’Inde, le long d’une plate-forme qui s’étend sur des centaines de kilomètres au sud du pays en direction de l’île Maurice.

Ils ont également découvert du zircon sur l’île Maurice. Le problème c’est que l’île n’est apparue que 2 millions d’années auparavant, lorsque, grâce à la tectonique des plaques et aux volcans, elle a lentement émergé de l’océan indien comme une petite masse continentale. Cependant, le zircon qu’ils ont trouvé là datait de 3 milliards d’années, bien avant que l’île ne se soit formée.

Les scientifiques en ont déduit que le zircon provenait d’une masse terrestre beaucoup plus ancienne qui a sombré depuis longtemps dans l’océan Indien. Ce qui rappelait étrangement l’histoire de Sclater il y a plus d’un siècle. Mais plutôt que d’appeler cette découverte Lemuria, les géologues ont baptisé le supposé continent perdu « Mauritia ».

Le fin mot de l’histoire

Les scientifiques estiment, sur la base de la tectonique des plaques et des données géologiques, que Mauritia a sombré dans l’océan Indien il y a environ 84 millions d’années. Toutefois, les lémuriens sont arrivés à Madagascar il y a environ 54 millions d’années, quand ils ont nagé vers l’île depuis l’Afrique continentale (plus proche de Madagascar qu’elle ne l’est actuellement). À cette époque, Mauritia avait déjà disparu depuis bien longtemps. Il est donc peu probable qu’il s’agisse du continent-pont dont avait parlé Sclater, et qui reliait autrefois Madagascar à l’Inde et à l’Afrique.

Toutefois, il est clair qu’il y a des similitudes étranges entre les théories de Sclater et les conclusions des découvertes faites en 2013. Sclater et certains des autres scientifiques du milieu des années 1800 avaient donc partiellement raison sur Lemuria malgré leurs connaissances limitées à l’époque. Mais les nouvelles découvertes écartent l’hypothèse d’une ancienne race de Lémuriens qui aurait évolué pour devenir les lémuriens d’aujourd’hui.

On pourrait donc retenir qu’il y a bien longtemps, un continent aujourd’hui disparu a vraisemblablement existé. Et peu importe le nom qu’on lui donne, Lemuria ou Mauritia, il a fini par disparaitre sous l’océan Indien. Mais qui sait, peut-être que de futures recherches permettront d’en savoir plus sur les habitants de ce continent perdu !

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