Les livres de programmation bannis des prisons américaines

Dans l’État de l’Oregon aux États-Unis, les prisons ont décidé d’interdire les livres qui permettent aux prisonniers d’apprendre le développement, ou même simplement d’en apprendre les bases.

Confisqués lors de leur passage en salle de courrier, les livres sont évalués individuellement pour vérifier qu’ils ne représentent pas de « menace potentielle » pour la sécurité informatique du centre pénitencier.

La nouvelle a été rapportée par un média local, le Salem Reporter. Ce dernier a précisé qu’une dizaine de livres en rapport avec la programmation et la technologie ont été bannis des prisons par le département des services correctionnels de l’Oregon (DOC) qui explique avoir pris de telles mesures par souci de sécurité.

« Non seulement nous devons penser aux évasions de prison classiques et aux efforts anti-émeute tels que creuser des trous, sauter des clôtures et allumer des feux, la modernité exige que nous protégions également nos prisons et le public contre les violations du système de données et les logiciels malveillants », a déclaré Jennifer Black, la porte-parole du DOC, dans un échange de mails avec le site Vice. « C’est un acte d’équilibre que nous essayons activement de réaliser. »

Quels sont les livres concernés ?

Parmi les livres bannis par le DOC, nous avons Black Hat Python de Justin Seitz. Les responsables du département expliquent que le contenu de cet ouvrage est considéré comme « potentiellement dangereux », car il pourrait apprendre aux prisonniers comment compromettre le système informatique de la prison.

D’autres bouquins beaucoup moins évidents ont également été inscrits dans la liste noire du DOC : nous avons notamment des livres de la série Windows pour les nuls d’Andy Rathbone, tels que Windows 10 pour les nuls, Microsoft Excel 2016 pour les nuls et Google Adsense pour les nuls.

L’auteur a été très surpris par la nouvelle, étant donné que certains des ouvrages concernés par le bannissement ont été écrits dans les années 90, et dont le contenu est tellement obsolète qu’ils ne devraient pas présenter une menace pour la technologie actuelle qui est devenue très sophistiquée.

Une interdiction qui fait polémique

Si les intentions du DOC sont relativement compréhensibles, elles ne font bien évidemment pas l’unanimité. Todd Clear, professeur de droit à Rutgers, estime que ces nouvelles mesures sont exagérées. Selon lui, il est impossible de maîtriser le piratage informatique en se basant simplement sur les instructions d’un livre.

Pour l’auteur Andy Rathbone, bannir les livres liés à la technologie et à l’informatique risque surtout d’handicaper les détenus lorsqu’ils devront retrouver une place dans  la société. « Dès qu’ils sortiront de prison et devront faire face au monde d’aujourd’hui, alors que tout est informatisé, ils ne sauront pas quoi faire », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « S’ils ne peuvent pas obtenir des emplois légitimes, que vont-ils faire ? »

De son côté, le DOC affirme que ce ne sont pas tous les ouvrages d’informatique et technologie qui sont interdits. Jennifer Black a indiqué que ces trois dernières années, le département a validé près de 98 % des bouquins envoyés aux détenus. Parmi les ouvrages approuvés, on peut citer la partie 1 de la Programmation C du Guide du débutant absolu ou encore l’Introduction à l’utilisation de Windows 10.