Les organismes unicellulaires pourraient finalement prendre des décisions complexes

Dans les étendues d’eau douce, il existe un organisme unicellulaire relativement grand appelé Stentor roeselii. Au début des années 90, un zoologiste américain du nom d’Herbert Spencer Jennings avait recueilli quelques échantillons de cette espèce fascinante pour les étudier.

Il en avait conclu que ces êtres vivants dépourvus de cerveau semblent être capables de prendre des décisions complexes.

Un système complexe.

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En 1906, Spencer Jennings avait publié un article intitulé « Comportement des organismes inférieurs » dans lequel il explique que le microorganisme réagit subtilement à une poudre de carmin irritante. Toutefois, les autres études sur le sujet qui ont suivi n’ont pas abouti aux mêmes résultats. Du coup, l’idée que ces microbes puissent être doués d’intelligence a été abandonnée.

Mais voilà, une équipe de chercheurs de l’Université Harvard a récemment décidé de reconstituer l’expérience de Jennings. Les résultats semblent confirmer les résultats publiés par le zoologiste il y a plus d’un siècle.

Un spécimen recueilli dans un étang en Angleterre

D’après Jeremy Gunawardena, biologiste des systèmes à Harvard, la recherche n’était pas d’une grande envergure. Les chercheurs se sont en effet lancés dans l’étude durant leur temps libre. Ils ont réussi à se procurer d’un échantillon de Stentor roeselii. Le spécimen vient d’un fournisseur anglais qui l’a recueilli dans un étang.

Selon le rapport de Jennings, l’organisme commençait par plier son corps pour éviter la poudre. Puis, il a utilisé ses cils, des projections en forme de cheveux qui le servent à bouger et à se nourrir, pour repousser les particules indésirables. Ensuite, lorsqu’il s’est rendu compte que cette tactique ne fonctionnait pas, il s’est contracté sur un point d’attache sur la surface pour se nourrir. Enfin, lorsqu’il a réalisé que l’irritation se prolongeait, il s’est retiré pour s’éloigner de la substance irritante.

Un mécanisme qui lui permet de changer d’avis

L’équipe de l’Université de Harvard a refait l’expérience de Jennings, en utilisant la poudre de carmin. Les microorganismes y ont résisté. « Le carmin est un produit naturel du coléoptère cochenille, donc sa composition a peut-être changé depuis l’époque de[Jennings] », ont expliqué les chercheurs.

Ils ont décidé de reproduire l’expérience, mais cette fois-ci en utilisant des perles de plastique microscopiques comme matière irritante. Ils ont constaté que, au début, le microorganisme présentait des réactions très simples. Toutefois, lorsque la stimulation s’est poursuivie, ils ont été capables d’essayer d’autres techniques pour éviter la substance.

« S. roeselii n’a pas de cerveau, mais il semble y avoir un mécanisme qui, en fait, lui permet de “changer d’avis” », ont-ils souligné. « Les cellules existent dans un écosystème très complexe et, d’une certaine façon, elles se parlent et négocient entre elles, réagissent aux signaux et prennent des décisions », a noté Jeremy Gunawardena.

L’équipe pense que ces résultats pourraient faire avancer les recherches concernant la lutte contre le cancer et aider à mieux comprendre les organismes unicellulaires.

L’étude a été publiée le 5 décembre dans la revue Current Biology.

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