L’étonnante histoire d’Aimée du Buc de Rivéry

L’histoire d’Aimée du Buc de Rivéry, c’est l’histoire d’une fille d’aristocrates qui vivait jadis dans la colonie de Martinique au début de la deuxième moitié du XVIIe siècle et qui est devenue Sultane Validé (Reine-Mère) de l’Empire Ottoman, après avoir été enlevée par des pirates et vendue comme esclave blanche en Alger.

Tout commence lorsqu’Henri Jacob du Buc de Rivéry (né le 19 juin 1748 au Robert) et son épouse Marie-Anne d’ Arbousset-Beaufond (née en 1739) donnent naissance à une petite fille du nom d’Aimée du Buc de Rivéry, le 4 décembre 1776.

Un voilier dans le soleil couchant de Martinique

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La famille du Buc était connue pour posséder de nombreuses plantations et habitations qui s’étendaient de Pointe-Royale à Pointe-La-Rose en Martinique.

Aimée du Buc de Rivéry a grandi paisiblement en côtoyant la bonne société coloniale de l’île. Toutefois, sa vie a basculé lorsqu’elle a été enlevée par des pirates alors qu’elle revenait vers la Martinique après un voyage en France.

Des adieux à la Martinique

Les affaires de la famille du Buc étaient prospères. Les parents d’Aimée cultivaient dans leurs plantations des produits très demandés en Europe comme le cacao, la canne à sucre et le café. Elle grandit en ne manquant de rien et est décrite comme une jeune fille vivante et enjouée.

Malheureusement, la situation en Martinique s’est gâtée lorsque les révoltes des esclaves ont commencé. Pour la sécurité d’Aimée, ses parents ont pris la décision de l’envoyer en pension à Fort-Royal, chez les bonnes sœurs. Elle a ensuite voyagé en France à l’âge de 11 ans pour parfaire son éducation. Elle ne reverra plus jamais la Martinique.

Un aller sans retour

Aimée du Buc de Rivéry a embarqué à bord du bateau qui l’a conduite à Bordeaux avec sa nounou, sa tante et son oncle, Pierre d’Arbousset-Beaufond. Ils ont ensuite mis le cap sur Marseille où Aimée devait poursuivre ses études. Malheureusement, son oncle est décédé en cours de route.

Ne pouvant pas continuer le voyage avec Aimée, sa tante a décidé de revenir en Martinique et de laisser la jeune fille et sa nounou poursuivre seules leur voyage jusqu’au monastère de La Visitation Sainte-Marie, à Nantes.

À l’époque, la France traversait une crise. Ayant pris connaissance de cette situation, les parents d’Aimée ont décidé de la faire revenir en Martinique. En 1788, elle embarque à bord d’un navire avec sa nounou pour retrouver sa famille, mais ce voyage ne se passe pas comme prévu.

Enlevée par des pirates barbaresques

Sur le chemin du retour, le bateau qui transporte Aimée fait naufrage à proximité des côtes de la Corogne. Un navire espagnol en chemin pour Majorque est venu en aide aux passagers. Alors qu’ils traversaient le détroit de Gibraltar et les Baléares à bord de ce bateau, ils se sont fait attaquer par des pirates barbaresques.

Aimée du Buc de Rivéry se fait enlever avec d’autres passagers du navire. Ces derniers sont maintenus captifs et sont emmenés en Alger, sur les territoires ottomans, pour être vendus comme esclaves. Aimée ne tarde pas à trouver preneur en la personne du Pacha d’Alger qui décide de l’offrir au sultan Abdülhamid I.

Une riche héritière devenue concubine de sultan

Après avoir été offerte en cadeau au sultan Abdülhamid I, Aimée du Buc de Rivéry a atterri dans le harem de ce dernier et a été formée pour devenir une de ses concubines. Elle y aurait été initiée à la poésie, à la danse, mais aussi au Kâma-Sûtra.

Le talent et la beauté d’Aimée l’ont aidée à se démarquer. Séduit par la jeune fille, le sultan aurait décidé de l’installer dans des appartements attenants aux siens. Certaines versions de l’histoire affirment qu’Aimée a été élevée au rang de quatrième Kadine (quatrième épouse). De leur union serait né un garçon du nom de Mahmoud II qui est devenu sultan le 28 juillet 1808. Certains spécialistes réfutent toutefois cette théorie.

Une sultane qui a réformé l’Empire Ottoman

Aimée du Buc de Rivéry a été rebaptisée Nakchidil, qui signifie l’Empreinte du Cœur, et est devenue Sultane Validé en 1808. Cette dernière est connue pour avoir apporté de nombreuses réformes au sein de l’Empire Ottoman.

Elle décède en 1817 des suites d’une longue fièvre au Palais de Béchitash, résidence impériale en Turquie. D’après la rumeur, le sultan aurait autorisé un prêtre catholique à lui donner les derniers sacrements. Aimée du Buc de Rivéry repose au cimetière de Fatih, près de la mosquée du Conquérant.

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