L’histoire de Fordlândia, la ville fondée par Henry Ford au coeur de l’Amazonie

En 1928, l’industriel américain Henry Ford a eu comme projet de créer une ville nouvelle du nom de Fordlândia au Brésil. Cette cité a été implantée au cœur de l’Amazonie, plus précisément dans l’État de Para, au bord du Rio Tapajos, et son but était d’exploiter le caoutchouc naturel sur place.

À l’époque, Henry Ford voulait être capable de s’approvisionner en caoutchouc naturel sans avoir à dépendre de la Malaisie britannique. La matière produite au niveau de la plantation devait ainsi être utilisée pour la fabrication des pneus qui allaient équiper les voitures Ford. C’est ainsi que l’industriel américain a voulu créer la plus grande plantation de caoutchouc au monde et réduire grandement les coûts de ses pneus. La région qui a été choisie était d’ailleurs connue pour sa production traditionnelle de caoutchouc.

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Malheureusement pour Ford, à cause de plusieurs facteurs, le projet s’est soldé par un échec total. La ville est toutefois restée, bien que qualifiée par certains de ville fantôme, et comptait à peu près 3000 habitants vers la fin des années 2010.

Une multitude de problèmes

Dès le début de la mise en place de la nouvelle ville et de la plantation, des problèmes ont commencé à apparaître à Fordlândia, et ce pour plusieurs raisons. Au niveau de la plantation en elle-même, les dirigeants de la compagnie n’avaient aucune connaissance dans le domaine de l’agriculture tropicale. Par exemple, le fait de mettre les arbres à caoutchouc les uns à côté des autres dans la plantation a favorisé les attaques d’insectes.

Du point de vue de la gestion, le système de Fordlândia était calqué sur celui utilisé dans les usines Ford aux États-Unis. Ainsi, les employés locaux devaient avoir sur eux un badge d’identification et leurs heures de travail correspondaient aux heures les plus chaudes de la journée. Cette façon de travailler a fini par provoquer plusieurs décès. La nourriture posait aussi problème. On servait des plats américains comme des hamburgers aux ouvriers qui étaient pourtant généralement composés d’Indiens brésiliens. Il était également interdit de fumer et de boire de l’alcool, que ce soit dans les lieux publics ou privés.

Avec des conditions aussi dures, les employés de la plantation sont passés par une courte période de révolte durant laquelle ils ont refusé de travailler.

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La fin du projet

Plusieurs causes ont plus tard conduit à la fin du projet de Ford. L’une d’elles était qu’à l’époque, le gouvernement brésilien n’offrait aucun soutien au projet puisqu’il ne s’intéressait pas aux investissements étrangers. A part cela, l’essor du caoutchouc synthétique à partir de 1945 a nettement réduit la demande en caoutchouc naturel. De plus, on comptait de plus en plus de décès parmi les employés à cause du climat, et les arbres de la plantation étaient régulièrement attaqués et détruits par des champignons.

Henry Ford a ainsi décidé d’arrêter d’investir dans la cité ouvrière en 1945 bien qu’il n’y soit jamais allé. Il a choisi de revendre le tout et a finalement essuyé une perte de 20 millions de dollars.

Après la fin du projet, le gouvernement brésilien a décidé de tout laisser sans toucher à rien. Cela n’a fait qu’encourager les pilleurs à s’attaquer aux machines laissées sur les lieux. Plus tard, au cours du 21e siècle, le domaine est devenu patrimoine historique et les autorités ont décidé de le classer.

L’usine continue ainsi d’être surveillée même si le matériel qu’elle contient est totalement hors d’usage. Quant aux différentes constructions, certaines habitations sont encore occupées par d’anciens ouvriers ou par des squatteurs, et la salle polyvalente est toujours utilisée par les locaux comme lieu de réunion.

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