L’hypersexualité causée par une simple hormone ?

L’hypersexualité, qui se traduit par une recherche continue et persistante du plaisir sexuel, est un trouble qui touche aussi bien les hommes que les femmes. Si jusqu’ici elle a été difficile à diagnostiquer et à traiter, une nouvelle étude montre que l’hormone ocytocine pourrait jouer un rôle dans sa manifestation.

Cela ouvre également la porte à un potentiel traitement du trouble.

sex

Crédits Pixabay

L’hypersexualité, un trouble difficile à diagnostiquer

L’hypersexualité, aussi appelée « sexualité compulsive », est reconnue comme un trouble du comportement sexuel, et classée comme trouble du contrôle des impulsions par l’Organisation Mondiale de la Santé. Elle peut être caractérisée par une obsession à commettre des actes sexuels, des pensées sexuelles obsessionnelles, une perte de contrôle ou des habitudes sexuelles susceptibles de comporter des problèmes ou des risques. Bien que les estimations de prévalence varient, les chiffres indiquent de manière générale que l’hypersexualité affecte 3 à 6% de la population.

Il y a toutefois une controverse autour du diagnostic de l’hypersexualité, car elle se produit souvent parallèlement à d’autres problèmes de santé mentale, suggérant qu’il pourrait s’agir d’une extension ou d’une manifestation d’un trouble mental existant.

« Nous avons entrepris d’étudier les mécanismes de régulation épigénétiques à l’origine de l’hypersexualité afin de déterminer si elle présente des caractéristiques qui la distinguent des autres problèmes de santé », a déclaré l’auteur principal de l’étude, Adrian Boström, du département de neuroscience de l’Université d’Uppsala, en Suède.

L’hormone ocytocine à l’origine de l’hypersexualité ?

Les scientifiques ont mesuré les profils de méthylation de l’ADN dans le sang de 60 patients atteints d’hypersexualité et les ont comparés à des échantillons prélevés chez 33 volontaires en bonne santé. Ils ont étudié 8 852 régions de méthylation de l’ADN associées à des micro-ARN proches afin d’identifier toute variation entre les échantillons. Ils ont également comparé leurs résultats avec des échantillons de 107 sujets, dont 24 étaient dépendants à l’alcool, afin d’explorer une association avec un comportement addictif.

Les résultats ont identifié deux régions de l’ADN modifiées chez des patients atteints d’hypersexualité. La fonction normale de la méthylation de l’ADN a été perturbée et un micro-ARN associé, impliqué dans l’inactivation génique, s’est avéré sous-exprimé. L’analyse a révélé que le micro-ARN identifié, le microARN-4456, cible des gènes qui sont normalement exprimés à des niveaux particulièrement élevés dans le cerveau et qui participent à la régulation de l’hormone ocytocine.

Les scientifiques ont déjà observé que chez certaines espèces de campagnols et de primates l’ocytocine joue un rôle central dans la régulation du comportement dans les liaisons par paires. Des études antérieures ont également montré que l’ocytocine est associée à la régulation des relations sociales, la reproduction sexuée et le comportement agressif aussi bien chez les hommes que chez les femmes.

La comparaison avec des sujets alcoolodépendants a révélé que la même région de l’ADN présentait une sous-méthylation significative, suggérant qu’il pourrait y avoir un lien étroit avec l’hypersexualité.

« Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour étudier le rôle du microARN-4456 et de l’ocytocine dans l’hypersexualité, mais nos résultats suggèrent qu’il pourrait être intéressant d’examiner les avantages du traitement médicamenteux et de la psychothérapie pour réduire l’activité de l’ocytocine », a déclaré le professeur Jussi Jokinen de l’Université d’Umeå, en Suède.

Mots-clés sexualité