LifeLog ou quand l’armée américaine a tenté de compiler la vie des Américains

En 2003, l’armée américaine a essayé d’enregistrer des vies humaines entières par l’intermédiaire d’un journal électronique omniprésent qui s’appelait LifeLog. Ce programme a été créé par Douglas Gage, un ancien chercheur de la marine US embauché par la DARPA.

Chargée des projets de recherche avancée dans le domaine de la défense, l’agence voulait concevoir un dispositif qui numériserait et enregistrerait absolument tout de la vie d’un individu.

Surveillance

L’objectif de la DARPA était de collecter assez de données sur les humains pour développer des intelligences artificielles plus sophistiquées, capables de reproduire la prise de décision humaine. Pour ce faire, l’IA aurait besoin d’un maximum d’informations concernant le comportement humain.

C’est de cela qu’est née l’idée d’un programme qui enregistre tout ce qui se passe dans la vie des individus en une version consultable à tout moment sur machine.

Un projet d’espionnage qui ne date pas d’hier

Même si le programme LifeLog n’a vu le jour qu’en milieu de l’année 2003, il a été inspiré de projets de surveillance bien avant l’année 2000. Les idées derrière LifeLog sont beaucoup plus anciennes. C’est un scientifique du gouvernement du nom de Vannevar Blush qui a eu pour la première fois l’idée en 1945 de concevoir un dispositif de stockage de toutes les données humaines qu’il appela Memex. Cependant, la technologie des années 1940 ne permettait pas encore d’accomplir ce genre d’enregistrement.

C’est seulement en 2001 que deux informaticiens de Microsoft, Jim Gemmell et Roger Lueder, vont redonner un nouveau souffle au rêve du président Bush en concevant MyLifeBits, une expérience d’enregistrement de la vie à laquelle se portait volontaire Gordon Bell.

Ce dernier enregistrait tout de sa vie durant dix-sept ans aux termes desquels il améliora MyLifeBits en créant un journal d’appels téléphoniques, la radio, la télévision et la transcription de ses messages.

Les réseaux sociaux se sont substitués à LifeLog

Douglas Gage s’en est inspiré en proposant LifeLog à la DARPA qui a immédiatement vu le potentiel militaire du dispositif. L’expert obtenait l’approbation de mettre sur pied son projet en décembre 2002.

Cette perspective réjouissait les ingénieurs et les scientifiques parce que le projet pourrait avoir de nombreuses utilités, selon Howard Shrobe, un informaticien du MIT.

Toutefois, des défenseurs de la vie privée, dont Steven Aftergood, un analyste de la Federation of American Scientists, se sont dressés contre la conception de cette technologie de surveillance extrêmement intrusive. Grâce à leur opposition, le directeur de DARPA de l’époque, Tony Tether, a prononcé l’annulation du projet LifeLog en 2004 pour changement de priorités selon le porte-parole de l’agence, Jan Walker.

Ironiquement, même si le projet LifeLog a avorté, les réseaux sociaux remplissent son rôle de surveillance à merveille pour le compte du gouvernement américain mais aussi des entreprises privées.