Et si la Lune était à l’origine de la première guerre spatiale ?

En matière d’exploration lunaire, les pays dont on entend souvent parler sont les Etats-Unis, la Russie et la Chine. Rappelez-vous, la Chine vient récemment de réussir son alunissage sur un côté de la Lune et l’agence spatiale chinoise concocterait déjà un projet pour construire une base au pôle sud lunaire d’ici 2024.

L’agence spatiale russe, Roscosmos, viserait également à atterrir sur la région polaire sud de la Lune vers la fin de cette année 2021, rechercher de l’eau dans les zones ombragées du bassin d’Aitken en 2022 et lancera une mission d’essai sur le cratère Boguslavsky en 2023. Et les Etats-Unis ne sont pas non plus en reste avec leur programme Artemis qui consiste à envoyer un équipage sur la Lune.  

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La course lunaire est ainsi bien avancée mais des experts ont récemment soulevé l’épineux problème que constitue le fait que ces principaux acteurs semblent vouloir accaparer les mêmes sites stratégiques sur la Lune.

Les ressources lunaires sont rares, sporadiques et très recherchées  

En effet, les agences étatiques et les entreprises privées songent de plus en plus à conquérir la Lune et à y planter leurs installations, aussi bien pour faire avancer les recherches scientifiques que pour lancer une exploration commerciale. Mais, pour concrétiser ces projets, disposer d’eau et de lumière est indispensable.

Or, la Lune ne présente que des ressources stratégiques limitées comme les endroits dans lesquels la lumière du soleil est presque constante ainsi que les cratères continuellement ombragés dans les régions polaires qui abritent de la glace d’eau. Ces deux types d’endroits sont rarissimes sur la Lune, selon The Conversation, si bien que les pays et les entreprises en font tous une cible.

Outre l’eau et la lumière du soleil, il existe également d’autres ressources stratégiques rares sur la Lune. C’est le cas par exemple du thorium et de l’uranium, utilisés comme combustible radioactif, qui ne se trouvent que dans 34 régions de moins de 80 km de large. Du fer se trouverait aussi sur la Lune mais seulement dans une vingtaine de zones. Enfin, l’Hélium-3, qui est utilisé pur la fusion lunaire, serait présent dans de vastes zones à travers la Lune mais les concentrations les plus élevées de cette ressource lunaire ne se trouveraient que dans huit petites régions de moins de 50 km de diamètre.

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Le cadre juridique sur l’utilisation et l’exploitation des ressources lunaires reste encore très vague

Par ailleurs, ces ressources lunaires sont aussi de précieux matériaux pour ceux qui veulent construire des infrastructures sur la Lune, ceux qui veulent passer par l’astre lunaire pour atteindre ensuite Mars, pour ceux qui souhaitent faire une exploitation minière ou une exploitation commerciale sur la Lune sans oublier les scientifiques qui veulent y poursuivre leurs recherches.

Pour éviter tout accaparement d’une partie de la Lune par ces acteurs, le Traité sur l’espace extra-atmosphérique de 1967 a bien stipulé que « l’exploration et l’utilisation de l’espace extra-atmosphérique doivent être menées au profit et dans l’intérêt de tous les pays et appartiennent à l’humanité ».

Mais il y a un vide juridique sur la délimitation de ce que peuvent faire les pays et les entreprises privées sur la Lune. A contrario, l’Accord de la Lune de 1979 a été jugé trop restrictif au point où les Etats-Unis, la Russie et la Chine ont refusé de la soutenir et, plus récemment, les accords Artemis ont été jugés trop propices aux Etats-Unis et plus précisément à son programme d’exploration lunaire.

Les experts qui ont publié leur article dans Transactions of the Royal Society estiment que la meilleure façon d’éviter une première guerre spatiale est de partager les ressources et/ou les missions à accomplir pour éviter une duplication inutile des infrastructures. Il faudrait également faire des installations partagées par tous les acteurs de la Lune et y interdire ceux qui se comportent mal.  

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