Mais comment tombe-t-on dans les théories du complot ?

D’après une étude, « tout le monde croit au moins à une théorie de la conspiration ». Réalisée par des chercheurs de l’Université norvégienne des sciences et des technologies (NTNU), la recherche a montré qu’il existe néanmoins différents niveaux de pensée conspiratrice. Ainsi, croire en certaines serait tout à fait naturel. Par contre, il existe indéniablement des théories du complot particulièrement dangereuses.

Concrètement, les scientifiques ont essayé de déterminer les prédicteurs de la croyance en une théorie du complot. En 2016, ils ont sollicité 883 étudiants norvégiens pour répondre à un questionnaire. Les volontaires étaient amenés à répondre à des questions concernant leurs opinions sur bon nombre de phénomènes.

Image par staboslaw de Pixabay
Image par staboslaw de Pixabay

La recherche a permis de déterminer certains facteurs qui semblent prédéterminer certaines personnes, plus que d’autres, à croire à des théories du complot. Les résultats ont été présentés dans la revue Personality and Individual Differences.

Tout le monde est un peu théoricien du complot

D’après le sociologue Asbjørn Dyrendal, principal auteur de la recherche, il n’y a pas une grande différence entre croire que sa défaite est due à un coup d’arbitrage et penser que les extraterrestres ont déjà visité la Terre.  

« Ces exemples activent les mêmes mécanismes qui entrent en jeu lorsque nos pensées se construisent sur elles-mêmes et se transforment en croyances de conspiration plus ancrées. »

Asbjørn Dyrendal

Les chercheurs ont expliqué que la croyance en une théorie du complot peut être liée à un facteur situationnel, comme une réaction à la peur ou à l’incertitude. Elle serait également associée à l’appréhension, au comportement d’aversion et à la pensée magique.

Ils ont souligné qu’aucun prédicteur ne permet de considérer quelqu’un comme un théoricien du complot. Ce serait plutôt l’entrée en jeu d’un ensemble de variables évolutives qui fait qu’une personne se nourrit de pensées complotistes.

La mentalité de conspiration et les traits schizotypiques en cause ?

La recherche a établi que la mentalité de conspiration constitue le principal prédicteur de la croyance de la croyance dans les théories du complot. C’est tout simplement l’idée que le monde est plein de toutes sortes de conspirations. Les chercheurs ont également relevé traits schizotypiques comme prédicteur essentiel. Ils comprennent la paranoïa, l’anxiété sociale, les croyances non conventionnelles et les pensées ou comportements étranges.

Ensuite, il y aurait d’autres éléments qui jouent un rôle dans l’évolution des pensées conspiratrices. Les scientifiques ont spécifiquement pointé l’orientation de dominance sociale (ODS). Il s’agit d’une mesure reflétant le niveau d’acceptation de la hiérarchie dans un groupe. D’après les résultats, plus une personne présentait une ODS élevée, plus elle était susceptible de succomber dans une croyance complotiste.

« Les personnes qui n’aiment pas l’égalité et préfèrent la hiérarchie se considèrent elles-mêmes et leur groupe comme supérieurs aux autres et croient davantage aux théories de conspiration qui concernent spécifiquement les groupes sociaux marginaux. »                                                                                                             

M. Dyrendal  

La plupart des idées sur les théoriciens du complot sont fausses

En outre, les scientifiques ont déconstruit la plupart des idées reçues sur les théoriciens du complot. Par exemple, ils ont remarqué que les théories conspirationnistes font particulièrement rage dans les sociétés jouissant d’un niveau élevé de développement durable. Dans les faits, le penchant pour les théories du complot ne serait donc pas directement lié à la pauvreté, au sexe ou au faible niveau d’instruction. Ce ne serait que des facteurs stimulants.

Ils ont ainsi souligné que les personnes qui y croient ne sont que légèrement moins instruites que celles qui n’y croient pas et que les hommes sont juste un peu plus susceptibles d’y succomber. Ils ont également spécifié que les théoriciens du complot sont plus enclins à trouver leurs sources d’informations dans les réseaux sociaux.  

« Il est devenu de plus en plus évident que la croyance aux théories du complot fait partie de la psychologie humaine normale et se fonde sur les capacités humaines nécessaires. »

M. Dyrendal

Mots-clés psychologie