Mars : les futures missions compromises par les microbes terrestres ?

Un groupe de scientifiques du Programme MERCCURI et du Projet Microbiote Humain ont découvert que les microbes vivant dans la Station spatiale internationale (ISS) sont similaires à ceux trouvés dans les maisons sur Terre. Les résultats de l’étude ont été publiés dans le journal PeerJ.

Le problème c’est que ces communautés microbiennes pourraient réagir différemment au confinement dans les environnements spatiaux fermés. Ce qui pourrait avoir un impact sur la santé des astronautes lors de longs séjours dans l’espace.

Mars

La Station spatiale internationale colonisée par des bactéries terrestres

Les chercheurs ont analysé des échantillons prélevés par les astronautes à bord de l’ISS, dans 15 endroits différents à l’intérieur de la station spatiale. Ils ont découvert que le microbiome de la station – la population de tous les microbes qui y vivent – ne provenait pas de l’espace, mais plutôt du corps des astronautes ou du matériel envoyé depuis la Terre.

Pour déterminer la diversité de ces microbes, les chercheurs ont comparé les échantillons à des études antérieures sur la diversité microbienne présente dans les habitations sur terre. Ils ont également comparé les échantillons aux résultats d’autres enquêtes sur le microbiome du corps humain. Cela a révélé des similitudes entre l’ISS et nos habitations sur Terre.

Mais sur Terre comme dans l’espace, un environnement confiné présente un risque pour les espèces vivantes. Des études ont en effet montré qu’une diversité microbienne limitée dans un environnement où vivent des humains, comme une maison familiale, augmente les risques de réactions allergiques et de maladies comme l’asthme et le syndrome du côlon irritable.

Des risques plus élevés dans l’environnement spatial

Il faut aussi noter que l’étude publiée dans PeerJ n’a été réalisée que sur une période de 3 mois, lors de l’expédition 39 qui a eu lieu en 2014. Lorsqu’un sait qu’un voyage aller-retour entre la Terre et Mars est estimé à 17 mois, il est difficile de prédire (sur cette seule base) ce qui pourrait survenir lorsque les mêmes individus et microbes se trouveront dans un espace confiné pendant plus d’un an.

Et pour ne rien arranger, le chercheur en bioastronautique de l’Université du Colorado, Luis Zea, a découvert que dans l’environnement spatial, les microbes se reproduisent plus vite que sur Terre, mais ils sont aussi plus résistants aux antibiotiques, et plus susceptibles d’infecter leurs hôtes.

Une simulation de voyage sur Mars dans le vaisseau Mars500

Une étude publiée en octobre dans le journal Microbiome a tenté de simuler les conditions d’une mission sur Mars en enfermant six hommes russes dans une réplique de vaisseau spatial pendant 520 jours. Au cours de l’expérience, réalisée de juin 2010 à novembre 2011, les volontaires n’avaient pas le droit de quitter le vaisseau (baptisé le Mars500), ni même d’ouvrir une fenêtre.

Les résultats de l’étude ont montré que l’équipage humain n’avait jamais été véritablement en danger, dans la mesure où la diversité microbienne sur Mars500 n’a jamais été suffisamment faible pour perturber considérablement les relations interspécifiques et enfreindre les normes de l’ISS (qui définissent la diversité microbienne la plus faible acceptable dans un vaisseau spatial).

Cependant, les recherches sur Mars500 n’ont pas pris en compte certains facteurs que l’on rencontre dans l’espace, comme le rayonnement cosmique ou l’apesanteur. Les chercheurs n’ont pas non plus étudié le microbiome des astronautes ni analysé la diversité des microbes à l’intérieur de leur organisme. Or de nouveaux problèmes surgissent dès qu’on considère l’environnement spatial et ses effets sur le microbiome humain.

Le voyage sur Mars pas pour maintenant ?

Selon Leonard A. Mermel de l’Université Brown, épidémiologiste pour la NASA, si les résultats de l’étude Mars500 sont intéressants, le risque d’envoyer des astronautes sur Mars à ce stade serait trop grand. Il faudrait encore réaliser de nombreuses expériences sur Terre et en orbite selon lui.

“Je ne suis pas sûr que l’état actuel de nos connaissances sur le microbiome humain nous permette de prendre ce risque à l’heure actuelle”, affirme Mermel. “Les choses pourraient très mal tourner.”

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