Méfiez-vous de votre imprimante

Des imprimantes qui impriment un code secret ? L’histoire a commencé le 3 juin 2017 lorsque des agents du FBI sont venus faire une perquisition au domicile de Reality Leigh Winner, un employé du gouvernement. Un document top secret avait été dévoilé à la presse deux jours plutôt, et pour arriver jusqu’à Winner, les agents ont indiqué avoir étudié des copies du document fournies par le site The Intercept.

Ils ont remarqué des marques qui suggéraient que les pages avaient été imprimées et sorties d’un endroit sécurisé. Le FBI a plus tard déclaré que Winner avait avoué sous serment avoir imprimé le rapport de la NSA ou National Security Agency et l’avoir envoyé à The Intercept. Lorsque l’histoire de cette fuite a été publiée, les charges contre Winner ont été rendues publiques.

Une imprimante en plein travail
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Après cela, les experts ont commencé à analyser les documents de plus près et ils ont fait une découverte assez intéressante. Il y avait des points jaunes formant une sorte de rectangle qui se répétaient partout sur la page. Ces points étaient à peine visibles à l’œil nu, mais ils constituaient un code. Après analyses, les marques semblaient révéler la date et l’heure exacte de l’impression, le 9 mai 2017 à 6 :20. Les points ont aussi donné un numéro de série correspondant à l’imprimante.

Mais que sont ces points étranges qui sont presque invisibles ? Les chercheurs en sécurité les connaissent bien, ces points sont ajoutés aux documents par de nombreuses imprimantes sans que les utilisateurs soient au courant de leur existence.

L’avis des experts

En ce qui concerne le cas de Winner, le FBI n’a pas déclaré publiquement que les micro-points ont été utilisés pour identifier le suspect. L’US Department of Justice a aussi refusé de donner plus d’informations sur le sujet.

Quoi qu’il en soit, la présence de ces micro-points sur un document de haut niveau a éveillé l’intérêt des spécialistes. Selon Ted Han, qui travaille sur la plateforme Document Cloud, et qui fait partie des premiers à avoir repéré les points, lorsqu’on zoome sur le document, les micro-points sont assez évidents. Il a ajouté qu’il était intéressant de savoir que quelque chose comme cela existait.

Rob Graham, chercheur en sécurité, a de son côté publié un blog qui montre comment on identifie et décode les micro-points. Plusieurs experts en sécurité qui ont décodé le message secret ont ainsi trouvé la même date et la même heure.

Selon les informations, cela fait plusieurs années que ces micro-points existent. L’EFF ou Electronic Frontier Foundation a même une liste des imprimantes en couleur qui les utilisent.

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A quoi servent ces points invisibles ?

D’après Tim Bennett, analyste de données chez Vector 5 et qui fait partie de ceux qui ont analysé le document de la NSA, ces petits points intéressent évidemment les espions, mais ils ont aussi d’autres utilités. Il explique qu’on peut s’en servir pour vérifier l’authenticité d’un document.  

On peut par exemple retrouver un certain motif formé de 5 points et dénommé constellation Eurion sur de nombreux billets de banque un peu partout dans le monde. Beaucoup de photocopieuses et d’imprimantes sont programmées pour ne pas produire de copies des billets de banque lorsqu’elles détectent ce motif.

En tout cas, il y a actuellement un débat pour savoir si l’addition de ces informations sur les documents par les imprimantes à l’insu des utilisateurs est correcte du point de vue éthique. On a déjà suggéré qu’il s’agissait d’une violation des droits de l’homme et un projet du MIT a pu pister plus de 45 000 plaintes contre des fabricants d’imprimantes concernant cette technologie.

Certaines personnes pensent toutefois qu’il est nécessaire dans certains cas de pouvoir utiliser des mesures pour assurer la confidentialité des documents classifiés. Selon Ted Han, il y a des choses que le gouvernement devrait pouvoir garder secret. Il a cependant ajouté qu’il espérait que les gens pensent à leur sécurité opérationnelle et à comment les journalistes peuvent se protéger eux-mêmes ainsi que leurs sources.