Même le désert d’Atacama peut être cultivé si vous avez du guano, selon les archéologues

Situé dans le nord du Chili, le désert hyper aride d’Atacama est aujourd’hui l’endroit le plus sec du globe. Mais savez-vous qu’autrefois, cet endroit dont l’aridité est semblable à celle de la Planète rouge était une terre vraiment fertile ? C’est en tout cas ce que les résultats d’une étude parue récemment dans la revue académique Nature Plants nous apprennent.

Francisca Santana-Sagredo, bioarchéologue de l’Université pontificale catholique du Chili, et son équipe, sont arrivés à cette conclusion suite à des examens approfondis portant sur des restes humains et de plantes archéologiques retrouvées dans ce désert. Et derrière cette grande surprise se trouve le guano, un composé organique qui n’est rien de plus que de la fiente d’oiseaux.

Photo de Julian Hacker. Crédits Pixabay

Toutefois, pour se procurer cet engrais biologique, ce fut loin d’être une mince affaire pour les anciennes populations d’Atacama. En effet, en plus d’une utilisation rigoureusement réglementée, obtenir cet engrais crucial à l’agriculture imposait un dur périple de plus de 100 kilomètres vers la côte.

Le guano a permis aux terroirs d’Atacama d’être plus généreux qu’aujourd’hui

Grâce à leurs recherches, Santana-Sagredo et son équipe ont découvert qu’autrefois, en Atacama, les civilisations précolombiennes et pré-incas ont joui d’une agriculture généreuse. C’est en analysant des restes humains et en se penchant sur 246 plantes archéologiques (dont du maïs) provenant de diverses oasis et vallées d’Atacama que les chercheurs sont arrivés à cette conclusion.

Suite à des examens chimiques, les chercheurs y ont en effet détecté une forte teneur isotopique en azote qui pouvait aller jusqu’à 1000 CE. Ce genre de chose ne fut auparavant possible que dans les nunataks, montagnes de glaces en Antarctique, où les oiseaux marins vivent en masse, et leurs fientes disponibles en grande quantité.

À l’époque, obtenir du guano fut un exercice compliqué à en croire les archéologues

Pour ces chercheurs, c’est une preuve évidente de l’utilisation du guano, que la population mélangeait probablement à de la bouse de lamas et à d’autres engrais, afin de pouvoir exploiter ces terres à la base infertiles.

Pour en avoir, les anciens peuples d’Atacama devaient effectuer de longs voyages, impliquant l’usage de pirogues, jusqu’aux côtes du Pacifique. À chaque fois, ces gens devaient parcourir environ 100 kilomètres rien qu’à l’aller.

En outre, selon des documents disponibles, datant d’entre le XVIe et le XIXe siècle, la réglementation pour la collecte de guano était vraiment sévère. Pour s’en procurer, un tas de protocoles était nécessaire. Et pour ne rien simplifier, certaines infractions liées à l’utilisation de cet engrais provenant d’oiseaux pouvaient même déboucher sur une peine de mort.