Le mystère de l’antibiotique de dernier recours enfin résolu

Les scientifiques ne cessent de chercher des solutions et des remèdes pour lutter contre les différentes infections bactériennes. Les bactéries quant à elles, deviennent plus résistantes aux médicaments et évoluent pour pouvoir continuer à infecter des organismes hôtes.

Quand les traitements de première ligne ne suffisent plus à soigner les patients, les médecins sont souvent obligés d’utiliser des médicaments de dernier recours que l’on administre généralement au tout dernier moment, lorsque les thérapies prioritaires n’arrivent pas à guérir les malades. L’utilisation de ces médicaments est toutefois limitée, et ce pour plusieurs raisons. Pour les antibiotiques, il y a d’abord les effets secondaires, puis le coût, mais il y a surtout le risque que les bactéries apprennent à résister à leur action.

Crédits Pixabay

La colistine fait partie des 17 antibiotiques appartenant au « groupe de réserve » de la liste des médicaments essentiels de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Découverte dans les années 1940, elle est principalement utilisée en dernier recours pour traiter les patients infectés par des agents pathogènes multi-résistants comme Escherichia coli, Klebsiella pneumoniae et Pseudomonas aeruginosa.

Le fonctionnement de la colistine

Selon les chercheurs, bien que la colistine soit utilisée en dernier recours, elle n’est pas parfaite puisqu’elle peut développer de nombreux effets indésirables chez les patients. Cela conduit souvent à des contraintes au niveau du dosage. Pourtant, à faible dose, elle n’est pas toujours capable de venir à bout d’une infection bactérienne.

Afin de résoudre ce problème, les chercheurs ont essayé d’étudier le mécanisme de fonctionnement de la colistine, non seulement pour améliorer son efficacité mais aussi pour sauver le médicament lui-même car depuis ces dix dernières années, des signes de résistance bactérienne à la colistine ont été enregistrés un peu partout dans le monde.

Une nouvelle étude dirigée par le microbiologiste Akshay Sabnis de l’Imperial College London au Royaume-Uni a pu démontrer le fonctionnement de cet antibiotique au niveau moléculaire face à différentes souches de bactéries.

Selon le rapport, la colistine est un antibiotique polymyxine. En ciblant des molécules appelées « lipopolysaccharides » se trouvant en grande quantité sur la membrane externe de la bactérie et en quantité moins importante sur la membrane interne ou membrane cytoplasmique, la colistine arrive à endommager les deux membranes bactériennes. Le corps des microbes est ainsi perforé et éclate comme un ballon.

D’après Andy Edwards, auteur principal de l’étude et microbiologiste, auparavant, il avait été supposé que la colistine détruisait les deux membranes de manières différentes, mais à présent, grâce aux nouveaux résultats, on sait que les deux barrières sont endommagées de la même méthode.

« En changeant la quantité de lipopolysaccharides dans la membrane interne en laboratoire, et aussi en la modifiant chimiquement, nous avons pu montrer que la colistine perce vraiment les deux barrières de la bactérie de la même manière et que cela tue la super-bactérie », a-t-il expliqué.

Une association efficace contre les super-bactéries

Les chercheurs ont aussi trouvé un moyen d’améliorer la capacité de la colistine à endommager la membrane interne de la bactérie. Grâce à un antibiotique expérimental dénommé « murepavadin », ils ont pu modeler et augmenter le niveau de lipopolysaccharides se trouvant au niveau de la membrane interne bactérienne.

Lors d’une expérience avec des souris infectées par la bactérie P. aeruginosa, les scientifiques ont observé que le traitement avec uniquement de la colistine ou de la murepavadin ne produisait que très peu de résultats immédiats sur la quantité bactérienne chez les animaux infectés. Par contre, la combinaison des deux antibiotiques a réduit jusqu’à 500 fois les unités formant des colonies bactériennes chez les souris, et ce en seulement trois heures.

Bien que la murepavadin reste encore un médicament expérimental sans autorisation d’utilisation clinique, les auteurs ont déclaré dans leur rapport que la combinaison colistine-murepavadin pourrait augmenter le niveau d’efficacité du traitement par des antibiotiques polymixines. D’autre part, cela pourrait également minimiser les effets secondaires graves liés à ces deux produits puisqu’il sera possible de réduire la dose des médicaments lorsqu’ils seront utilisés chez les patients.