Nos ancêtres n’ont peut-être pas eu besoin de la religion pour créer des sociétés complexes

Si l’on en croit la plupart des théories, les puissants États anciens n’auraient pas pu se former sans la religion. Ainsi, la transition depuis le statut de petites tribus vers celui de grandes cités n’aurait pas pu s’effectuer si nos ancêtres ne craignaient pas les dieux vengeurs pour les motiver.

En effet, ces divinités sont censées récompenser ou punir selon l’accomplissement de chacun. Cependant, une étude controversée prétend le contraire.

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Les philosophes de la religion, les historiens et les sociologues ont longtemps soutenu « la moralisation des dieux ». Celle-ci est importante pour se rassembler et construire ces sociétés expansives et fonctionnelles. Toutefois, les humains ne seraient pas restés chasseurs ou cueilleurs, incapables de s’unifier, sans ce cadre religieux.

« Ce n’est pas le principal facteur de complexité sociale comme le prédisaient les chercheurs et les théoriciens », a déclaré Harvey Whitehouse, anthropologue à l’Université d’Oxford, auteur principal de l’étude publiée dans Nature.

De grandes constructions se faisaient sans la moralisation des dieux

Selon la nouvelle étude, la cohésion sociale existait depuis des siècles avant l’avènement de l’ordre religieux. La coopération sociale aurait précédé les croyances. L’équipe à l’origine de la recherche a étudié les archives de quatre cent quatorze sociétés apparues au cours des dix mille dernières années.

Les scientifiques ont constaté que les « mégasociétés » se formaient après la découverte d’une preuve de foi plutôt qu’à cause d’elle.

D’après le Dr Patrick Savage, auteur principal de l’étude, une force invisible ne serait pas nécessaire pour former les sociétés, mais qu’elle était utile pour les maintenir une fois établies. Ce serait la raison d’être des rituels ou des coutumes culturels et sociaux dictés par les mesures incitatives de punition. Pour lui, le comportement moral ne serait pas fondé sur la crainte de sanctions surnaturelles.

Les auteurs de l’étude ont conclu que, même si la croyance en un châtiment pouvait aider les sociétés à rester stables et à subsister, elle n’a pas contribué à leur formation. Pour prouver « les facteurs de causalité dans l’évolution des sociétés humaines », les scientifiques ont analysé cinquante et un documents en se basant sur leurs « caractéristiques fondamentales ».

Les données ont été récoltées à partir de la croissance démographique, de l’émergence de tribunaux et de juges, de l’irrigation, de l’utilisation du calendrier et de la fiction. Les résultats ont démontré que les dieux moralisateurs comme les dieux celtiques en France, Hittites en Turquie et esprits ancestraux à Hawaii, ont été précédés par les constructions sociales les plus fondamentales.

Il y a certaines exceptions

Cependant, certains scientifiques se sont montrés sceptiques à l’égard de la théorie. L’Empire inca du Pérouse se développait seulement après l’introduction de ses figures divines vindicatives. Il ne faut pas nier que les groupements exigent souvent une conviction générale de punition pour maintenir l’ordre. C’est le cas, par exemple, des chefferies, des royautés et des dirigeants politiques.

D’autres scientifiques ont avancé que cette hypothèse est sujette à trop d’interprétations. Edward Slingerland, historien et érudit en sciences religieuses de l’Université de la Colombie-Britannique, a critiqué le fait que les données ne mentionnaient aucune consultation d’experts.

De son côté, Savage a déclaré que son équipe avait confiance en la qualité de son rapport.