On sait ce qu’il y a dans le trou de l’enfer

Des spéléologues d’Oman sont devenus les premiers à être descendus au fond du puits de Barhout, connu également sous le nom de « Puits de l’Enfer ». Il s’agit d’une fosse de 112 mètres de profondeur avec une entrée circulaire de 30 mètres de diamètre, et qui se trouve au milieu du désert dans la province d’al-Mahra, dans la partie Est du Yémen, non loin de la frontière avec l’Oman.

Selon les médias, le Puits de l’Enfer est célèbre dans la région pour être une prison pour génies et une porte menant vers le monde souterrain. Des spéléologues amateurs seraient déjà descendus dans le gouffre mais jusqu’à présent, personne n’a encore réussi à aller tout au fond.

Un trou profond dans le noir
Image par moritz320 de Pixabay

Une vidéo montrant l’exploration de la grotte a été partagée par la BBC.

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Des mythes et des légendes

En septembre dernier, une équipe de 10 spéléologues de l’Omani Caves Exploration Team (OCET) a exploré le puits de Barhout à l’aide d’un système de poulies. Huit membres de l’équipe sont descendus au fond de la fosse tandis que deux sont restés au sommet, avec une petite foule de spectateurs malgré les craintes locales qui entourent l’endroit.

D’après Mohammed al-Kindi, professeur en géologie à l’Université Allemande de Technologie d’Oman, c’est la passion qui les aurait poussés à réaliser ce projet. D’autre part, ils pensent que cette étude révélera une nouvelle merveille et une partie de l’histoire du Yémen.

Selon l’AFP, le Puits de l’Enfer serait probablement vieux de plusieurs millions d’années. De nombreux mythes locaux se sont formés au fil des ans pour décrire le gouffre. Certains d’entre eux le décrivent comme une prison pour les djinns ou les génies, ce qui fait qu’il apporterait la malchance. D’autres racontent que le gouffre peut attirer les gens qui osent s’aventurer trop près de l’ouverture pour les amener à l’intérieur, ou encore qu’il s’agit d’un supervolcan capable de détruire la Terre. Des personnes ont également déclaré par le passé qu’une odeur nauséabonde s’échappait du puits, ce qui a donné naissance à des histoires comme quoi il s’agit de la porte de l’enfer.

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Un gouffre ordinaire ?

Malgré les nombreuses légendes, il semblerait que le Puits de l’Enfer soit juste une fosse typique.

Selon les explications de Philip van Beynen, expert en dolines de l’Université de Floride du Sud et qui n’a pas participé à l’exploration, il existe plusieurs types de dolines et les plus courantes sont les dolines d’effondrement et les dolines d’affaissement. Ces deux processus s’appuient sur un type particulier de paysage, le karst, qui est caractérisé par un substratum rocheux carbonaté soluble dans l’eau comme le calcaire et la dolomie. Ce substratum donne ensuite naissance à des grottes, des sources et des dolines.

Au cours de leur descente dans le Puits de l’Enfer, les chercheurs ont déclaré n’avoir découvert aucun signe de génies ou de porte de l’enfer. Ils y ont par contre trouvé des serpents, des restes d’animaux morts, des chutes d’eau, des perles de cavernes et des stalagmites.

Le fond de la grotte était constitué d’un sol irrégulier et déchiqueté couvert de stalagmites dont certaines pouvaient atteindre 9 mètres de haut. Des perles de caverne recouvraient également certaines parties du sol. Elles se sont formées à partir de l’accumulation progressive des minéraux tels que le carbonate de calcium provenant de l’écoulement de l’eau.

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Des découvertes fascinantes

Selon les explications de Leslie Melim, géologue spécialiste des perles des cavernes au Western Illinois University, celles-ci sont rares et ne peuvent se former que sur un sol plat pour que le noyau, où se développent les minéraux pour former la perle, ne se déplace pas.

Les chercheurs ont aussi découvert que l’eau émergeait à l’intérieur de la grotte à environ 65 mètres sous la surface, à partir de plusieurs trous qui se trouvent dans les parois de la grotte. Formant de petites chutes d’eau, cela a conduit à la formation des spéléothèmes, des stalagmites et des perles de cavernes.

La fosse renfermait également des êtres vivants comme des serpents, des grenouilles et des coléoptères, et des animaux morts, surtout des oiseaux. Ces derniers semblaient être tombés dans le puits et sont probablement à l’origine de l’odeur nauséabonde. Al-Kindi a cependant indiqué qu’il n’y avait pas de mauvaise odeur irrespirable dans la grotte.

Afin d’obtenir plus d’informations sur la grotte, l’équipe a prélevé des échantillons d’eau, de roches, de sol et de quelques animaux morts pour d’éventuelles analyses. Un rapport final sur l’exploration du Puits de l’Enfer sortira au cours des semaines à venir.

Mots-clés archéologie