VIH : le patient zéro enfin identifié ?

Le SIDA figure parmi les maladies ayant eu le plus de victimes humaines depuis sa découverte. Jusqu’à présent, il a fait plus de 33 millions de morts dans le monde et ce nombre continue de s’accroitre à cause du fait qu’il n’existe encore aucun vaccin qui puisse contrer le VIH, virus responsable de la maladie. Rien qu’en 2019, plus de 1,7 millions de personnes ont été infectées bien qu’il existe actuellement des médicaments qui puissent empêcher la transmission du virus et l’apparition des symptômes.

Depuis des années, les chercheurs ont essayé de découvrir l’origine du VIH. Aux Etats-Unis, les médias américains avaient propagé l’information stipulant que Gaëtan Dugas, un agent de bord québécois travaillant pour Air Canada, était le « patient zéro » et la première personne ayant été infectée par le VIH dans le pays.

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Dugas a été infecté en juin 1980 et a été accusé d’être à l’origine de la maladie aux Etats-Unis, probablement à cause de sa façon de vivre et du fait qu’il soit homosexuel. Plus tard, des preuves ont démontré que des cas d’infection au VIH existaient déjà avant que Dugas ne soit contaminé.

Des études précédentes effectuées par le professeur Jacques Pepin, épidémiologiste à l’Université de Sherbrooke au Canada, avaient montré que c’est le virus de l’immunodéficience simienne (SIV) des chimpanzés qui serait à l’origine du VIH quand le SIV s’est transmis à un chasseur vers le début du 20ème siècle dans la partie sud-est du Cameroun. Le virus se serait ensuite propagé à Léopoldville, actuellement connue sous le nom de Kinshasa au Congo. Ces résultats ont été décrits dans la première édition du livre intitulé « Origin of AIDS », écrit par Pepin et sorti en 2011.

Une histoire liée à la guerre

Récemment, Pepin a publié une version révisée du livre et de sa théorie sur le chasseur. Selon la nouvelle version, le « patient zéro » n’était pas un chasseur comme indiqué auparavant mais plutôt un soldat de la Première Guerre Mondiale qui aurait chassé des chimpanzés pour se nourrir à cause de la famine. Le professeur a déclaré dans une interview que le colonialisme, la famine et la prostitution avaient beaucoup contribué à la propagation du SIDA.

D’après Pepin, durant la Première Guerre Mondiale, les forces alliées avaient décidé d’envahir les colonies allemandes qui se trouvaient en Afrique, parmi lesquelles le Cameroun. Ce dernier a été envahi à la fois par les britanniques, les français et les belges. Pour arriver au Cameroun, les 1 600 soldats sont d’abord passés par Léopoldville en empruntant le fleuve Congo et la rivière Sanger, puis ont marché des kilomètres à pied pour atteindre leur objectif. Ils ont cependant dû rester environ quatre mois à Moloundou où la famine était l’un des problèmes majeurs. Selon des études antérieures, Moloundou serait le site de la toute première infection au VIH.

Dans le Sud-Est du Cameroun, la population locale avait fui lorsque les soldats des forces alliées sont arrivés. Ils étaient en effet réputés pour leurs actes de violence tels que le viol et la destruction des villes. Suite au départ des habitants, les soldats ont rapidement dû faire face au manque de nourriture puisque les approvisionnements qui partaient de Léopoldville et Brazzaville arrivaient difficilement à Moloundou.

Selon Pepin, à cause de la famine massive, les soldats ont été contraints d’aller chasser dans les forêts, ce qui a d’ailleurs augmenté le niveau de chasse dans la région à l’époque.

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La première infection

D’après la théorie de Pepin, l’un des soldats aurait attrapé le virus quand il a chassé un chimpanzé. « Mon hypothèse est que l’un des soldats a été infecté en chassant dans la forêt. Un chimpanzé a été tué et en coupant l’animal pour le ramener, l’homme a vu une de ses blessures  infectée par le virus », a-t-il expliqué.

Pepin pense ainsi qu’en revenant à Léopoldville après la guerre, le soldat a commencé à transmettre le virus à d’autres personnes de la capitale de la colonie belge. Selon lui, ce cas unique de 1916 aurait conduit à l’infection d’un demi-millier de personnes vers le début des années 50, principalement à cause de la réutilisation d’aiguilles souillées dans les hôpitaux, une situation qui a résulté d’un manque de ressources et de matériels de désinfection.

Au moment de l’indépendance du Congo en 1960, Léopoldville a été massivement envahie par des réfugiés et migrants, ce qui a conduit à une croissance exponentielle du nombre de ses habitants. D’autre part, le déséquilibre entre le nombre d’hommes et de femmes (dix hommes pour une femme) a favorisé la pauvreté et l’expansion de la prostitution, ce qui a entrainé la propagation rapide du VIH dans la ville.

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« C’est à ce moment-là que la transmission sexuelle s’est vraiment accélérée dans les années 1960 », a déclaré Pepin.

Depuis, la maladie s’est propagée dans différents pays du globe, partant de Léopoldville vers l’Haïti, puis les Etats-Unis et l’Europe occidentale.  

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