Piratage de Jeff Bezos : Deux experts de l’ONU réclament une enquête sur l’Arabie saoudite et NSO Group

Deux experts indépendants de l’ONU, Agnes Callamard, rapporteure sur les exécutions sommaires, et David Kaye, rapporteur pour la liberté d’expression, ont étayé une thèse sur le fait que le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salamane, connu également sous le sigle « MBS », ait piraté le téléphone de Jeff Bezos, le milliardaire fondateur d’Amazon et propriétaire du Washington Post, par le biais du malware de l’entreprise israélienne NSO Group connu sous le nom de Pegasus-3.

Pour rappel, MBS et Jeff Bezos se sont échangé leurs numéros dans le courant de 2018. Seulement, en mai de la même année, le prince héritier a envoyé quelques semaines après l’échange un fichier à Bezos par le biais de l’application WhatsApp. Fichier qui, selon l’enquête des deux experts, contenait vraisemblablement un virus puisque d’importantes quantités de données ont été extraites du smartphone grâce à l’aide d’un logiciel habituellement utilisé par les services de renseignement saoudiens.

Sécurité TeamViewer

Crédits Pixabay

En plus des gigaoctets de données extraits, le piratage aurait également permis d’accéder aux messages privés de Jeff Bezos avec sa maîtresse. Ces messages, par un biais inconnu, ont ensuite atterri aux mains du National Enquirer.

Mais pourquoi Mohammed ben Salmane s’en prendrait-il à Jeff Bezos ?

Vous souvenez-vous de Jamal Khashoggi ? C’était un journaliste saoudien qui publiait des critiques sur le régime dans le Washington Post, qui appartient à Jeff Bezos. Il a été assassiné et les services de renseignement américains ont émis l’hypothèse que MBS avait ordonné sa mort.

Les experts de l’ONU déclarent effectivement dans un article de TechCrunch qu’ils ont reçu des informations suggérant « une possible implication du prince héritier dans la surveillance de M.Bezos dans le but d’influencer, sinon de faire taire, les reportages du Washington Post sur l’Arabie saoudite ».

Par ailleurs, Jeff Bezos avait déjà insinué que l’American Media Inc (AMI), propriétaire du National Enquirer, avait mis la main sur les textos et photos compromettants avec l’aide des autorités saoudiennes.

D’ailleurs, les deux rapporteurs des Nations unies ont déclaré que ce doute est confirmé, car MBS avait par la suite envoyé à Jeff Bezos plusieurs messages contenant « des informations privées et confidentielles sur sa vie privée, qui n’étaient pas publiquement accessibles ».

Quid de l’accusation de NSO Group ?

Petit rappel. NSO Group est une firme valorisée à plus d’1 milliard de dollars qui a été fondée par des vétérans de l’armée israélienne et plus précisément, par l’unité 8.200 spécialisée dans les missions d’espionnage numérique. Les membres de cette unité ont auparavant raconté comment ils menaient des opérations visant des Palestiniens et permettaient aux militaires de connaître le moindre détail de leur vie privée.

Une fois dans le secteur privé, la firme a rapidement fait parler d’elle en arrêtant, grâce à son système, El Chapo, le chef du cartel mexicain de Sinaloa. Toutefois, la firme ne s’est pas arrêtée là. Des soupçons ont afflué de plusieurs pays comme l’Inde, le Maroc ou encore le Rwanda selon lesquels des journalistes et défenseurs des droits de l’homme étaient traqués, notamment, par le biais de WhatsApp.

Une étude menée par l’Université de Toronto a même révélé que la technologie de NSO Group était utilisée dans 45 pays, amenant WhatsApp, qui a subi de nombreuses attaques, à porter plainte contre l’entreprise aux États-Unis. Amnesty International, victime elle aussi du virus développé par NSO Group, en a fait de même devant la justice israélienne et a demandé au Ministère de la Défense de retirer la licence d’exportation de l’entreprise.

NSO Group avait bel et bien vendu Pegasus-3 à l’Arabie Saoudite en 2017

Par ailleurs, dans l’affaire qui nous intéresse, il a été confirmé que la firme a bel et bien vendu son système Pegasus-3 à l’Arabie saoudite en 2017.

Malgré tout, NSO Group a déclaré dans un communiqué que sa technologie « ne pouvait pas être utilisée sur les numéros de téléphone américains » et que ces allégations des experts de l’ONU n’étaient que des diffamations pouvant entraîner une action en justice.

De son côté, le gouvernement saoudien a qualifié ces allégations d’absurdes et a également demandé à ce qu’une enquête soit menée « afin que toute la lumière soit faite sur ces faits ».