Pourquoi les diagnostics de cancer établis par l’IA devraient être pris avec prudence ?

L’intelligence artificielle se propage dans de nombreux domaines, notamment, celui de la santé. Récemment, nous vous avons rapporté que l’intelligence artificielle pouvait même désormais aider les médecins à établir des diagnostics de cancer. Toutefois, plusieurs études, notamment celle rapportée par The Verge le lundi 27 janvier 2020, démontrent que l’IA, malgré sa forme salutaire, pourrait représenter une menace et faire plus de mal que de bien.

Par exemple, en ce début d’année 2020, Google a suscité la controverse en déclarant que ses systèmes d’IA pouvaient détecter le cancer du sein avec plus de précision que les médecins à partir des mammographies.

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Plus encore, la firme technologique a été vivement critiquée pour tenter d’automatiser un processus déjà assez compliqué. Comme l’a souligné la journaliste Christie Aschwanden dans un article de Wired, depuis des années, les médecins soutiennent que les premières analyses de dépistage du cancer du sein peuvent nuire autant qu’elles aident.

Or, l’introduction de l’IA pourrait ne faire qu’aggraver les choses, car, comme l’a déclaré Adewole Adamson, dermatologue et professeur adjoint à la Dell Medical School, à The Verge :

Il y a cette idée dans la société que trouver plus de cancers est toujours mieux, mais ce n’est pas toujours vrai. Le but est de trouver plus de cancers qui vont réellement tuer des gens.

Google ne prendrait pas assez en compte les implications des diagnostics de son IA

Selon Adamson, en montrant les mêmes lésions à un stade précoce à un groupe de médecins, on peut obtenir des réponses complètement différentes sur la question de savoir s’il s’agit d’un cancer.

Et même s’ils conviennent que c’est un cancer, et s’il s’avère que leurs diagnostics sont corrects, rien ne prouve que ce cancer constitue une menace pour la vie du patient. En d’autres termes, selon le médecin, qualifier de cancer une chose qui ne menace ni ne nuit à la vie d’une personne ne fait que déclencher une chaîne d’intervention médicale qui peut être douloureuse, coûteuse et changer sa vie.

Dans le cas du cancer du sein, le diagnostic pourrait déclencher des traitements lourds tels que la radiothérapie, la chimiothérapie, l’ablation des tissus du sein ou l’ablation d’un ou même des deux seins. Ainsi, le médecin déclare que Google ne prend pas assez en considération ces répercussions que la vie des potentiels patients.

Les diagnostics de l’IA de Google seraient trop fermés et catégoriques

Selon le professeur, bien que les chercheurs de la société aient formé leur algorithme sur des images qui avaient déjà été identifiées comme cancéreuses ou non cancéreuses, il n’y a pas d’étalon-or pour le diagnostic du cancer, en particulier le cancer précoce.

Il convient alors de se demander si les données d’entraînement de l’IA fournissent une bonne base de référence. Ensuite,  un autre problème c’est que l’algorithme de Google ne produit que des résultats binaires: soit oui, c’est un cancer ; soit non, ce n’est pas le cas. Pourtant, selon Adamson, il faudrait établir une troisième option qui fait place à l’incertitude, en d’autres termes, une zone grise du diagnostic.

Face à ces problèmes énumérés, l’équipe de Google a déclaré à The Verge que la réduction de leurs algorithmes des taux de faux positifs, autrement dit des diagnostics erronés de cancer, atténuerait la menace de surdiagnostic.

Ils ont également souligné que le document était une «recherche à un stade précoce» et qu’ils étudieraient à l’avenir le type d’analyse non binaire préconisé par Adamson.

Le porte-parole de Google Health a, par ailleurs, déclaré :

C’est exactement le genre de recherche que nous entreprendrons avec nos partenaires dans une prochaine étape.

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