Pouvez-vous réellement n’avoir que 150 amis ?

Le « nombre de Dunbar » c’est quoi ? C’est une théorie proposée par l’anthropologue et psychologue de l’évolution britannique Robin Dunbar vers le début des années 90. D’après cette théorie, une personne ne pourrait avoir que 150 relations sociales stables avec d’autres personnes. Ce nombre limite de 150 a été obtenu à partir d’études basées sur la taille du cerveau des primates ainsi que sur leurs groupes sociaux.

Depuis l’apparition de cette théorie, de nombreux scientifiques se sont penchés sur la question. Récemment, des chercheurs de l’Université de Stockholm en Suède ont analysé ce sujet et ils ont trouvé qu’il y avait quand même des problèmes avec la théorie de Dunbar. Selon le zoologiste et chercheur en évolution culturelle Patrik Lindenfors, « le fondement théorique du nombre de Dunbar est fragile ».

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Lindenfors a expliqué que le cerveau des autres primates ne traitait pas les informations comme le ferait le cerveau humain. Aussi, la sociabilité des primates est principalement expliquée par d’autres facteurs que le cerveau. Il y a par exemple la nourriture qu’ils mangent ou encore les prédateurs qu’ils craignent.

La théorie de Dunbar

L’on sait qu’à l’origine, le nombre de Dunbar était basé sur l’idée que le volume du néocortex dans le cerveau des primates fonctionnait comme une contrainte sur la taille des groupes sociaux parmi lesquels ceux-ci circulaient. Selon les explications de Dunbar dans son étude publiée en 1992, il suggère que le nombre de neurones néocorticaux limite les capacités de traitement des informations de l’organisme. Ainsi, cela limite le nombre de relations qu’un individu peut gérer de façon simultanée.

Dunbar explique également que lorsque la taille d’un groupe atteint ses limites, celui-ci va devenir instable et commencer à se fragmenter. Cela impose une limite supérieure à la taille des groupes qu’une espèce donnée peut maintenir comme des unités sociales solidaires au cours du temps.

C’est en 1993 que Dunbar a commencé à extrapoler la théorie aux réseaux humains. Après cela, il a publié de nombreuses études où il était parfois auteur principal, parfois co-auteur. Ces études concernaient les mécanismes comportementaux et cognitifs à la base de la sociabilité chez les humains et d’autres primates.

Un certain nombre d’études soutiennent la théorie énoncée par Dunbar. La nouvelle étude quant à elle contredit le fait de dire que la taille du néocortex chez les primates est pertinente lorsque transposée aux paramètres de socialisation humaine. D’après le biologiste de l’évolution Andreas Wartel, il n’est pas possible de faire une estimation précise pour le cas des humains en utilisant les méthodes et les données disponibles.

Ce qu’en pensent les autres scientifiques

Dans leur étude, les chercheurs de l’Université de Stockholm ont utilisé des méthodes statistiques dont les analyses bayésiennes et celles des moindres carrés généralisés pour évaluer la relation entre la taille des groupes et celle du cerveau et du néocortex chez les primates. L’avantage de cette méthode a été l’existence de bases de données mises à jour concernant le cerveau des primates.

D’après les résultats obtenus, la taille des groupes humains stables pourrait éventuellement être plus petite que 150 individus. Une des analyses a même suggéré que la limite moyenne pourrait aller jusqu’à 42 individus. Une autre estimation a donné un intervalle compris entre 70 et 107.

Les scientifiques expliquent que de grandes quantités d’imprécisions dans les statistiques suggèrent que toute méthode similaire à celle utilisée n’est pas du tout fiable, c’est-à-dire une méthode qui essaie de traiter un nombre moyen de relations stables en considérant la taille du cerveau. Les chercheurs indiquent dans leur article qu’ « il est futile de spécifier un nombre », et qu’une limite cognitive sur la taille d’un groupe humain ne peut pas être obtenue de cette manière.

Selon les chercheurs, la majorité des études sur l’évolution sociale des primates se concentrent sur les facteurs socio-écologiques comme la prédation et la cueillette ou encore la sélection sexuelle, et non sur les calculs basés sur le volume du cerveau. Les recherches de Dunbar ignorent d’ailleurs d’autres différences significatives au niveau de la physiologie du cerveau entre les humains et les non-humains. D’après les scientifiques derrière la nouvelle étude, les recherches écologiques sur la sociabilité des primates, le caractère unique de la pensée humaine, ainsi que les observations empiriques indiquent tous qu’il n’y a pas de limite cognitif strict pour ce qui est de la sociabilité des humains.

Mots-clés psychologie