Quand le CNRS se penche sur les traducteurs de films de science fiction

Souvent dans les films et livres SF, le ou les héros utilisent des sortes de traducteurs universels qui permettent aux différentes civilisations extraterrestres de communiquer facilement entre elles. Ces dispositifs sont capables de traduire automatiquement n’importe quelles langues ou dialectes, permettant ainsi aux utilisateurs de comprendre instantanément ce que raconte leur interlocuteur.

Si la plupart des systèmes imaginés par les réalisateurs et écrivains sont tellement bizarres qu’ils restent encore irréalisables sur le plan technologique, certains pourraient cependant intéresser les chercheurs. Ces derniers pourraient en effet s’en inspirer pour fabriquer des traducteurs qui permettraient de traduire automatiquement toutes les langues et dialectes parlés sur la Terre…

La Terre vue de l'espace

Crédits Pixabay

Mais que valent vraiment les traducteurs des films et livres SF ? Ces dispositifs « magiques » sont-ils vraiment réalisables dans la vraie vie ? Dans un dossier récemment publié par le centre national de la recherche scientifique (CNRS), Frédéric Landragin (linguiste spécialiste en traitement automatique des langues naturelles et du dialogue entre humain et machine) s’est penché sur la question.

Des traducteurs automatiques parfois loufoques

Dans le dossier publié par le CNRS, Frédéric Landragin a commencé par analyser les différents systèmes de traduction présentés dans les grands classiques des livres et films de science-fiction. Et ils ne se présentent pas que sous forme de robots ! Dans « Le Guide du voyageur galactique » (1979) par exemple, l’écrivain Douglas Adams a imaginé une espèce de poisson-traducteur qu’il suffit juste d’insérer dans l’oreille pour comprendre n’importe quelle langue et dialecte extraterrestre.

Mieux encore, dans la série TV « Farscape » (1999), ce sont carrément des bactéries que les héros doivent s’injecter pour comprendre automatiquement les langues étrangères. Enfin, dans le livre « Les Voyages électriques d’Ijon Tichy » (1976), c’est un « comprimé informatico-translateur » que les personnages ingèrent pour comprendre et se faire comprendre des autres civilisations.

Si les deux dernières idées sont particulièrement originales et intéressantes, Frédéric Landragin estime cependant que les actuels progrès des nanotechnologies, biotechnologies, informatiques et sciences cognitives (NBIC) ne permettent pas encore de les exploiter et les réaliser.

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Des idées exploitables grâce à l’intelligence artificielle…

Si les systèmes de traduction « biotechnologiques » ne sont pas encore réalisables pour l’instant, Frédéric Landragin avance que ceux qui reposent sur des robots ou des machines méritent qu’on s’y intéresse d’un peu plus près. C’est notamment le cas du système de communication-traduction imaginé par l’écrivain Murray Leinster dans sa nouvelle « Premier Contact » (1945). Dans l’histoire, les extraterrestres ont développé une espèce de code artificiel pour communiquer avec les humains.

La communication entre les deux races repose alors sur un étonnant processus qui consiste d’abord à traduire la langue extraterrestre vers le code artificiel puis ce dernier est ensuite traduit en langue humaine, et vice-versa. Trouvant ce système d’ « inter-langue » plutôt intéressant, des chercheurs ont essayé d’exploiter le concept en utilisant cette fois-ci les capacités de l’intelligence artificielle.

La plupart des travaux actuels exploitent ainsi le deep learning. Comme l’explique Frédéric Landragin, plutôt que de reposer sur le « mot à mot », les systèmes traduisent plutôt en se basant sur les phrases et leurs contextes. Mais pour ce faire, ils ont besoin d’accéder à des bases de données bien fournies sur les langues à traduire. Le traitement des langues peu décrites devient alors difficile.

Heureusement, les chercheurs ne manquent pas d’idées pour faire avancer leurs travaux. Et même si on est encore loin des traducteurs automatiques de la science-fiction, les progrès technologiques actuels permettent quand même de développer des gadgets pratiques pour échanger et communiquer beaucoup plus facilement avec les étrangers !

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