Ramener des échantillons de Mars vers la Terre ne sera pas donné

Parmi les programmes les plus ambitieux que la NASA et l’ESA préparent actuellement, il y a celui qui a pour objectif de ramener des échantillons de sol martien sur Terre en vue d’analyses. Mais apparemment, il y a encore du chemin à faire et beaucoup d’argent à dépenser si l’on en croit le rapport récemment publié par un groupe d’experts indépendants qui ont étudié de près les plans des deux agences spatiales.

En gros, le rapport évoque 44 points importants et propose 44 recommandations qui serviront à identifier et trouver des solutions aux différents problèmes. Le document met aussi en garde par rapport à une hausse probable du budget nécessaire à la réalisation de la mission et à un possible retard. Mais en tout cas, comme l’explique David Thompson, ancien président d’Orbital ATK et premier responsable de la commission d’évaluation indépendante, tous les membres de la commission pensent qu’il faut continuer à travailler sur le programme. Pour eux, l’enjeu scientifique est très important puisqu’il y a la possibilité de faire des découvertes sans précédents comme une origine indépendante de la vie sur une autre planète.

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La commission indique dans son rapport que même si le dernier engin spatial utilisé au cours de la mission est prévu être lancé en 2026, il est plus probable que ce lancement se fasse au cours de la fenêtre suivante qui sera en 2028. Côté financier, le document suggère qu’il faudrait se préparer à débourser entre 3,8 et 4,4 milliards de dollars, soit 30 % de plus que ce que la NASA prévoit aujourd’hui d’utiliser.

Une mission difficile

Il est bien connu que lancer une mission vers Mars n’est pas du tout facile avec les fenêtres de lancement qui ne s’ouvrent que tous les 26 mois, les conditions d’atterrissage qui ne sont pas toujours idéales, mais aussi la communication qui est vraiment lente. Ainsi, avec un programme aussi chargé que ramener des échantillons sur Terre, la NASA a décidé de créer la commission d’évaluation indépendante en août dernier pour examiner les premiers plans et identifier les potentiels problèmes le plus tôt possible.

La mission, qui sera conjointement menée par la NASA et l’ESA, verra l’utilisation de plusieurs engins spatiaux qui devront fonctionner pendant une période pouvant dépasser les dix ans. Ce sera aussi la première fois qu’une fusée sera lancée de la surface de Mars. Le rapport se concentre ainsi en grande partie sur les aspects techniques de la mission comme comment l’équipe de Persévérance va interagir avec les futures missions et comment parvenir à ramener les échantillons dans des laboratoires sur Terre tout en évitant les contaminations.

L’on sait également que les responsables des deux agences spatiales souhaitent lancer la mission tant que Persévérance est encore opérationnel. Le rover, prévu arriver sur Mars le 18 février 2021, devrait normalement fonctionner pendant au moins une année martienne, c’est-à-dire 687 jours terrestres. Mais le temps est quelque chose qui manque à la NASA puisque l’agence américaine est aussi en train de travailler sur d’autres missions telles que les télescopes spatiaux James Webb et Roman, ainsi qu’Europa Clipper. C’est aussi un des aspects analysés par les experts indépendants pour permettre à l’agence de pouvoir bien distribuer les tâches entre ses différents centres.

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Quelques exemples de recommandations

Parmi les 44 recommandations proposées par la commission d’évaluation concernant la mission, il y a par exemple l’application de changements au niveau de la gestion de la mission Mars 2020. Les experts suggèrent de tout de suite incorporer le suivi du rover Persévérance à un programme plus large de retour d’échantillons sur Terre et non pas attendre le début des futures missions. Selon eux, il faudrait aussi prioriser ce travail de retour d’échantillons au niveau du rover par rapport à ses autres objectifs.

Le rapport mentionne également la question du meilleur design possible pour les appareils qui seront utilisés au cours du programme. Comme toutes les missions au niveau de la surface seront effectuées grâce à des engins alimentés par l’énergie solaire, le rapport propose par exemple d’ajouter l’énergie nucléaire pour une plus grande marge d’efficacité.

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En cas de problème au niveau de la réalisation, la commission suggère que les derniers lancements soient reportés. L’objectif est actuellement l’année 2026, et la fenêtre de lancement suivante est l’année 2028. Il faudra ainsi au moins arriver à lancer en 2028 car après, il sera nécessaire de réviser de nombreux composants du projet. Comme l’explique Peter Theisinger du Jet Propulsion Laboratory, et qui est membre de la commission, les conditions d’atterrissage sur Mars changent de façon dramatique au cours de l’année martienne. Bref, il faudra que la NASA et l’ESA se concertent pour pouvoir régler les détails mentionnés dans le rapport de la commission d’évaluation indépendante. Attendons ainsi de voir quelles seront les mesures prises pour permettre de ramener des échantillons de Mars sur Terre.

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