Retour sur le mystère de Youri Gagarine

Le 12 avril 1961, il y a 57 ans, le cosmonaute russe Youri Gagarine s’est lancé dans le grand au-delà, devenant le premier humain dans l’espace. Quand il revient sur Terre, Gagarine devient non seulement un héros, mais aussi l’incarnation même du pouvoir de l’Union soviétique. Des rues sont baptisées en son nom, des monuments érigés en son honneur. Khrouchtchev lui-même l’appelle le Christophe Colomb Russe.

Mais moins de sept ans après sa mission historique, le 27 mars 1968, Gagarine meurt dans un accident d’avion à seulement 38 ans. Le cosmonaute et son instructeur de vol, Vladimir Seryogin, effectuaient un entraînement de routine quand ils ont subitement disparu des radars, et les circonstances mystérieuses du drame ont inspiré un demi-siècle de spéculation.

Gagarine

Devenir le premier homme dans l’espace

Fils d’un menuisier, Yuri Alekseyevich Gagarine est né dans le village de Klushino à Smolensk en Russie en 1934. À 16 ans, il s’installe à Moscou pour devenir apprenti dans un atelier de métallurgie, puis il est transféré dans une école technique à Saratov. Là, Gagarine rejoint un aéroclub et effectue son tout premier vol en avion. Il est diplômé de l’école des cadets de l’armée de l’air soviétique en 1957 et commence à servir comme pilote de chasse. Il épouse sa femme, Valentina, la même année; avec qui il aura deux filles.

En 1960, Gagarine est sélectionné avec 19 autres candidats pour le programme spatial soviétique. Deux cosmonautes seront finalement retenus comme finalistes pour effectuer le premier vol du programme dans l’espace – Gagarine et Gherman Titov, un pilote d’essai. Certains disent que Gagarine a été choisi en raison de la préférence du Premier ministre soviétique Nikita Khrouchtchev pour son origine plus modeste (Titov était le fils d’un instituteur).

À 9h07, le 12 avril 1961, lorsque le vaisseau spatial Vostok 1 de Gagarine décolle du cosmodrome de Baïkonour, il prononce cette exclamation devenue emblématique : « Poyekhali ! » (Traduction : « C’est parti ! »). Son vol, une orbite unique autour de la Terre (en 108 minutes), se fait sans incident, mais l’atterrissage se termine par un désastre lorsque les câbles qui reliaient le module de descente et le module de service du Vostok ne se séparèrent pas correctement, provoquant de fortes secousses. Gagarine est heureusement éjecté avant qu’il ne touche le sol, atterrissant en toute sécurité près de la Volga (fleuve).

Héros de l’Union soviétique

Après son exploit, Gagarine est devenu une célébrité internationale, il a fait le tour du monde et a reçu les honneurs de son pays. Le gouvernement de Krouchtchev lui a décerné l’Ordre de Lénine et l’a nommé Héros de l’Union soviétique. Le triomphe de Gagarine a été cependant un coup dur pour les États-Unis, qui avaient prévu leur premier vol spatial en mai 1961. De plus, aucun astronaute américain n’égalera l’orbite de Gagarine jusqu’en février 1962, lorsque l’astronaute John Glenn fit trois orbites à bord du Friendship 7. (A cette époque, Titov était déjà devenu le deuxième Soviétique à se rendre dans l’espace, faisant 17 orbites de la Terre pendant plus de 25 heures à bord du Vostok 2 en août 1961.)

Avec son immense succès, Gagarine tombe dans l’alcoolisme, mais à la fin des années 1960 il semble s’en sortir et reprend son entraînement. Il est choisi comme pilote de secours pour la malheureuse mission de Soyouz 1 (au cours de laquelle deux vaisseaux soviétiques étaient censés se rencontrer dans l’espace). Il assiste avec horreur à la mort de son ami Vladimir Komarov lorsque ses parachutes refusent de s’ouvrir à sa descente en avril 1967.

La fin tragique d’un héros

Moins d’un an plus tard, le 27 mars 1968, Gagarine lui-même trouve la mort lorsqu’un avion à réaction MiG-15 à deux places, dans lequel il se trouvait avec Vladimir Seryogin, s’écrase aux abords d’une petite ville près de Moscou lors d’un vol d’entraînement. Les cendres de Gagarine ont été placées dans une niche à l’intérieur du mur du Kremlin, tandis que sa ville natale de Gzhatsk a été rebaptisée « Gagarine » en son honneur.

Une enquête officielle sur l’accident conclut que Gagarine a fait une embardée pour éviter un objet étranger – comme un oiseau ou un ballon météo – envoyant l’avion dans une chute libre qui s’est terminée par son crash au sol. Mais de nombreux professionnels de l’aviation ont considéré cette conclusion comme invraisemblable, et les rumeurs ont continué à fuser autour du crash.

Certains pensaient que Gagarine avait peut-être bu de l’alcool, ou que lui et Seryogin auraient pu être distraits en prenant des photos depuis la fenêtre de l’avion. D’autres ont suggéré qu’une soupape de pressurisation de la cabine aurait pu tomber en panne, entraînant une hypoxie chez les deux pilotes. Des théories plus exotiques ont également émergé, comme le sabotage de l’avion pour des raisons politiques, le suicide, ou même la collision avec un OVNI.

La vérité sur la mort de Gagarine, déclassifiée

Alexei Leonov, ami de Gagarine et cosmonaute russe, était sur les lieux le jour de l’accident et a servi (avec Gherman Titov) dans l’équipe qui a enquêté sur l’accident. En 2013, Leonov a annoncé sur la chaîne de télévision Russia Today TV qu’un autre rapport sur l’accident, récemment déclassifié, confirmait la véritable histoire : un deuxième avion testé ce jour-là, un Su-15, volait par erreur bien plus bas que son altitude prévue de 33000 pieds (10 km), passant près de l’endroit où l’avion de Gagarine volait, à environ 2000 pieds (600 mètres) d’altitude. Un avion aussi gros aurait pu facilement embarquer un plus petit (comme le MiG-15) dans son sillage si les deux avions venaient à voler trop près l’un de l’autre.

Après plusieurs simulations sur ordinateur, le rapport concluait que la seule explication valable de l’accident était que le Su-15 avait volé trop près de l’avion de Gagarine ce jour-là, le retournant et le plongeant dans une spirale irréversible vers le sol. Interrogé sur la raison pour laquelle le rapport était resté si longtemps classé, Leonov a répondu : « Je pense que l’une des raisons de dissimuler la vérité était de cacher le fait qu’il y avait eu un tel incident si près de Moscou. » Leonov a accepté de ne pas dévoiler l’identité du pilote d’essai du Su-15, qui avait 80 ans à l’époque, comme condition pour pouvoir rendre publique la vérité près de cinq décennies après le crash fatal du cosmonaute.

De nos jours, il y a plus de 500 000 objets créés par l’homme dans l’espace, allant des satellites à la station spatiale internationale. Le 12 avril 1961, il n’y en avait qu’un seul : Youri Gagarine dans son Vostok 1. Si la vérité sur les raisons du crash de son avion ne sera peut-être jamais complètement révélée, pour beaucoup, Gagarine est toujours parmi les étoiles.

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