Retour sur l’histoire du HMS Terror, le navire disparu en Arctique

L’expédition de 1845 de Sir John Franklin pour rechercher le passage du Nord-Ouest a causé la perte de deux navires, dont le HMS Terror (l’autre navire était l’Erebus). Avant de sombrer dans les profondeurs de l’océan Arctique, les équipages ont été victimes d’un empoisonnement au plomb, de botulisme, et se sont même livrés au cannibalisme avant de mourir de froid.

On ignore encore aujourd’hui les raisons exactes du naufrage du HMS Terror. Et chose encore plus étrange, lorsqu’il a été retrouvé en 2016, le navire paraissait parfaitement intact même après près de deux siècles passés sous 24 mètres d’eau arctique.

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Le HMS Terror lève l’ancre pour l’Arctique canadien

Avant de devenir un navire d’exploration, le HMS Terror était d’abord un navire de guerre et un bombardier construit pour la Royal Navy en 1813. Il a ainsi pris part à plusieurs batailles de la guerre anglo-américaine de 1812, avant d’être converti en navire d’exploration polaire deux décennies plus tard. Dans sa seconde vie, le HMS Terror participa à l’expédition de George Back dans l’Arctique de 1836 à 1837, puis à l’expédition Erebus et Terror de 1839 à 1843.

Ensuite son commandement fut confié en mai 1845 à Sir John Franklin, explorateur accompli dans l’Arctique et officier de la marine royale anglaise, pour explorer le mystérieux passage du Nord-Ouest. C’est au cours de cette expédition que le HMS Terror va sombrer avec tout son équipement, tout comme le second navire de l’expédition, le HMS Erebus.

À l’époque, le passage du Nord-Ouest n’avait pas encore été localisé par les aventuriers, et les Britanniques cherchaient désespérément le moyen de raccourcir la route maritime vers le Pacifique avant les Russes.

Les deux navires étaient équipés de coques et de moteurs à vapeur robustes, du meilleur équipement scientifique disponible et de suffisamment de nourriture pour tenir trois ans dans l’Arctique. Il y avait notamment 14,5 tonnes de viande en conserve, 454 kg de raisins secs et 58 000 gallons de cornichons à bord. Les deux navires combinés transportaient 134 hommes au total, bien que 5 d’entre eux aient été déchargés au cours des trois premiers mois et renvoyés chez eux.

Après des escales dans les îles Orcades et le Groenland en Écosse, les deux navires ont mis le cap vers l’Arctique canadien. La toute dernière fois que l’on a vu le HMS Terror et le HMS Erebus, c’était en fin juillet 1845. Deux navires chasseurs de baleines les avaient croisés alors qu’ils quittaient le Groenland pour l’île de Baffin au Canada. Après cela, les deux navires se sont comme évaporés dans la nature !

Les derniers jours à bord du HMS Terror

Ce qui s’est passé après que le HMS Terror ait été vu en train de se diriger vers l’île de Baffin reste en grande partie un mystère, même si la plupart des chercheurs pensent que les deux navires ont été piégés par la glace dans le détroit de Victoria, au centre de l’Arctique canadien. Plusieurs tombes et restes humains provenant des épaves ont en effet été découverts dans cette région. En 1850 notamment, des groupes de recherche américains et britanniques ont découvert trois tombes datant de 1846 sur un bout de terre inhabité appelé île de Beechey.

En 1854, l’explorateur écossais John Rae va faire une autre découverte intéressante. Il va rencontrer des Inuits à Pelly Bay qui possédaient certains des objets appartenant à l’équipage de Franklin. Les Inuits ont alors confié à Rae qu’il y avait des tas d’ossements humains dispersés dans la région. Les chercheurs ont par la suite découvert que la plupart de ces ossements avaient été cassés en deux, un premier indice que les hommes de Franklin avaient peut-être eu recourt au cannibalisme dans leur tentative désespérée de s’accrocher à la vie.

Puis, dans les années 1980 et 1990, des chercheurs ont découvert des marques de couteau sur des restes de squelette trouvés sur l’île King William. Ce qui venait presque confirmer que pendant leurs derniers jours, les membres de l’expédition Franklin ont dû démembrer leurs pairs, avant de les manger et d’extraire leur moelle osseuse.

Un corps qui en dit long sur le sort de l’équipage de Franklin

En 1984, lorsque l’anthropologue Owen Beattie a exhumé l’un des corps inhumés de l’île de Beechey, il a découvert que le jeune homme de 20 ans, du nom de John Torrington, avait été parfaitement préservé, comme figé dans la glace. Décédé le 1er janvier 1846, il avait été enterré dans un pergélisol de 1,5 mètre pendant près de 140 ans. Les yeux bleus laiteux de Torrington étaient restés ouverts et une autopsie n’a révélé ni blessure ni traumatisme. Les experts ont néanmoins découvert qu’il avait été probablement enseveli par un autre membre d’équipage et qu’il avait souffert d’une malnutrition extrême dans les semaines qui ont précédé sa mort. Le pauvre homme ne pesait plus que 20 kg. Mais ce n’est pas tout !

En effet, l’autopsie a également révélé des niveaux mortels de plomb dans son système, ce qui l’a probablement tué avant même que le manque de nourriture ne vienne à bout de lui. Les chercheurs en ont déduit que la mauvaise conservation des aliments en conserve a d’une manière ou d’une autre été à l’origine de la mort des 129 hommes de l’expédition de Franklin.

Les recherches se poursuivent

L’épave de l’Erebus a été découverte sous 11 mètres d’eau au large de King William Island en 2014, tandis que le HMS Terror a été localisé deux ans plus tard (en 2016) dans une baie, à 72 kilomètres de là, dans 24 mètres d’eau. Selon une note datée d’avril 1848, retrouvée sous un cairn, les deux navires étaient bloqués dans la glace depuis un an et demi. La note avait été écrite par Francis Crozier qui avait alors pris le commandement du HMS Terror. Le billet indiquait que 24 hommes étaient déjà morts, y compris Franklin, et que tous les survivants avaient décidé de marcher jusqu’à un poste éloigné de traite des fourrures à des centaines de kilomètres de là. Mais aucun d’eux n’y est jamais parvenu.

Ce qui est étrange, c’est que l’épave du HMS Terror a été retrouvée presque intacte après près de deux siècles passés dans les profondeurs sombres de l’Archipel Arctique. Les instruments scientifiques étaient toujours rangés dans leurs compartiments, les lits et les bureaux en place, les assiettes et les verres toujours entreposés…

Pourquoi les navires ont coulé, et pourquoi les a-t-on retrouvés à des endroits aussi distants reste une énigme que les chercheurs modernes espèrent résoudre.

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