Quand le revenge porn devient un instrument d’oppression

Le revenge porn est utilisé pour nuire à la réputation d’une personne. Cette pratique est devenue une arme pour la junte militaire birmane comme pour ses opposants.

La pornodivulgation est le terme français pour désigner le revenge porn, et à juste titre. Celle-ci consiste à divulguer du contenu sexuellement explicite voire à caractère pornographique dans le but d’embarrasser le ou les personnes sur les images. La vengeance est la principale motivation du partage de ce type de contenu. Toutefois, la pratique peut être l’œuvre de pirates qui exigent une rançon en échange de la non-divulgation des images compromettantes. Les réseaux sociaux ont amplifié le phénomène de pornodivulgation. Cette forme d’agression en ligne a connu une hausse inquiétante pendant le confinement de l’année dernière.

Une femme de profil
Crédits Pixabay

Le revenge porn ne concerne pas seulement les célébrités et les lycéens. En Birmanie, la junte militaire et ses opposants en ont fait une véritable arme politique.

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Un instrument d’oppression qui cible les femmes

Début février, quelques jours après le coup d’État militaire, la fille d’un ministre du Conseil administratif étatique de la junte est devenue la première victime de la pornodivulgation. Des vidéos et des photos explicites de la jeune femme ont beaucoup circulé sur Internet à la suite d’une action des opposants au coup d’État. D’autres femmes désignées comme sympathisantes du régime militaire ont ensuite été la cible d’une violence du même type.

Depuis le coup d’État, de nombreuses pages de revenge porn ont vu le jour sur Facebook et Telegram. Elles ont déjà ciblé des centaines de femmes, allant des célébrités aux étudiantes et aux jeunes activistes. En plus des contenus sexuellement explicites, les pages publient fréquemment des adresses et d’autres informations personnelles. De nombreux opposants à la junte militaire trouvent justifié le fait de recourir à une telle pratique. Ils estiment que « tout est juste et justifié lorsque la voix du peuple est ignorée et invalidée ».

La junte militaire birmane s’adonne également au revenge porn. Elle s’appuie sur plusieurs profils Telegram administrés par Han Nyein Oo, un journalisme réputé dans le pays pour son manque d’éthique et de professionnalisme. Si le blogueur ciblait auparavant les célébrités, il a fait des jeunes militantes qui s’opposent au Conseil administratif de l’État ses victimes. Les profils diffusent des photos intimes, réelles ou retouchées, des activistes.

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Lutte pour la démocratie, mais pas au détriment des droits de la femme

On peut comprendre que la dignité de la femme ne soit pas une priorité pour un régime militaire. Néanmoins, celle-ci doit être une valeur fondamentale de la lutte pour la démocratie. Les opposants au Conseil administratif étatique de la junte militaire devraient ainsi se poser en défenseur de la dignité et des droits des femmes birmanes, quelle que soit l’orientation politique.

Pour une Birmanie plus démocratique et inclusive, ils doivent prendre position contre le recours au revenge porn comme arme politique ou instrument d’oppression.

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