Selon l’ancien patron de Google, nous allons vers une scission d’internet

Allons-nous vers une scission de l’internet aux relents d’opposition Est-Ouest 2.0 ? C’est en tout cas ce que pense Eric Schmidt, l’ancien patron de Google et d’Alphabet (maison de mère de la firme de Mountain View), qui s’est exprimé au cours d’un événement privé tenu à San Francisco. Ses propos – qui évoquent fatalement une guerre froide réchauffée à l’ère du numérique – sont clairs : à force de tirer chacun la couverture à eux, les États-Unis et la Chine pourraient finir par la déchirer en deux. Une partie du net serait alors contrôlée (et surtout censurée) par l’Empire du Milieu, l’autre serait quant à elle chapeautée par les États-Unis et ses alliés économiques.

Les dires d’Eric Schmidt (qui nous sont rapportés par CNBC) arrivent par ailleurs dans un contexte où les rapports ambigus qu’entretiennent les géants du web avec le gouvernement chinois, et ses exigences en matière de contrôle des masses sont de plus en plus souvent pointés du doigt.

D’après Eric Schmidt, l’ancien patron de Google, internet pourrait à l’avenir se scinder en deux. Une partie serait contrôlée et censurée par la Chine, l’autre, serait menée par les États-Unis.

En décembre dernier, par exemple, Mark Rubio critiquait vivement l’opération séduction de Tim Cook lors de sa visite à la World Internet Conference 2017, à Wuzhen. Au cours de sa prise de parole, le patron d’Apple s’était notamment déclaré « en faveur de la vision chinoise de l’internet libre ». Une ironie « déroutante » pour le Sénateur de Floride.

« Nous allons vers un leadership fantastique des produits et services chinois »

En dépit de ces rapprochements fréquents entre les firmes américaines et la Chine, Eric Schmidt maintient ses prédictions. Pour lui, si l’éclatement d’internet en plusieurs entités distinctes rattachés à différentes puissances économiques est peu probable, une scission en deux du web serait en revanche possible.

« Je pense que le scénario le plus probable n’est pas un éclatement du web, mais plutôt une bifurcation entre un internet mené par la Chine et un internet non-chinois mené par les États-Unis« , a indiqué l’intéressé.

Et à ceux qui prendraient à la légère les aspirations chinoises en matière de contrôle du web, Eric Schmitt explique : « Si votre manière de voir la Chine [est la suivante] : ‘Oh oui, ils sont bons avec internet’, vous passez à côté du sujet. La globalisation signifie que la Chine a désormais son mot à dire. Je pense que nous allons vers un leadership fantastique des produits et services chinois. Et il y a un vrai danger qu’avec ces produits et services vienne un leadership gouvernemental différent, qui mise sur la censure, le contrôle, etc… ».

Ce que soulève ici Eric Schmitt est d’ailleurs l’un des points contre lequel le gouvernement Trump cherche – assez maladroitement – à lutter en barrant la route à plusieurs leaders chinois de la Tech (dont Huawei et ZTE) sur le marché américain. Des mesures visant à limiter les éventuels risques d’ingérence du gouvernement chinois au sein des infrastructures américaines, mais qui pourraient effectivement conduire, à terme, à la scission du web prédite par l’ancienne figure de proue de Google.