Snapchat poursuivi dans le cadre d’un accident de voiture

Snapchat est-il en partie responsable d’un accident de voiture tragique survenu en 2017 ? Les parents des victimes le pensent et ils ont donc décidé de porter plainte contre l’éditeur de l’application. Une plainte acceptée et enregistrée par une cour fédérale américaine.

L’affaire trouve ses origines en 2017, dans le comté de Walworth, situé dans l’état du Wisconsin aux Etats-Unis. Plus précisément dans le sud du territoire, non loin de la frontière.

Crédits Pixabay

Trois jeunes hommes sont montés dans une voiture, ils voulaient filmer un road trip à toute vitesse et le partager sur les réseaux sociaux pour impressionner leurs amis. Sans doute la pire de leurs décisions.

Un accident qui remonte à 2017

Le conducteur, âgé de seulement 17 ans, est donc sorti de la ville et il a commencé à accélérer, jusqu’à atteindre une vitesse de 197 km/h. L’un des passagers a alors pris son téléphone et lancé Snapchat pour immortaliser toute la scène.

La suite de l’histoire, vous la connaissez déjà. Le conducteur a fini par perdre le contrôle du véhicule. La voiture est alors sortie de la route pour s’écraser contre un arbre. Les trois jeunes hommes présents à bord du véhicule ont tous trouvé la mort sur le coup.

Mais quel est le lien avec Snapchat ? Il est relativement simple. Les parents des trois garçons pensent qu’ils ont été influencés par l’application, ou plus précisément par la manière dont elle met en avant les contenus viraux. Une histoire rapportée par WFUV.

Le filtre de vitesse de Snapchat mis en cause

Snapchat, comme vous le savez sans doute, propose de nombreux filtres permettant à ses utilisateurs de personnaliser leur apparence ou encore de jouer à des jeux. L’un de ces filtres en particulier a attiré l’attention des parents des trois garçons. Un filtre de vitesse qui documente la vitesse réelle de l’utilisateur. Et les parents accusent donc Snapchat d’avoir poussé leurs enfants à se mettre en danger pour se faire remarquer à l’aide de ce filtre.

Des accusations graves, en somme. Et contre toute attente, leur plainte a été jugée comme recevable par une cour d’appel fédérale. Après avoir examiné attentivement les pièces et les arguments présentés, cette dernière a en effet conclu que les parents des garçons étaient parfaitement en droit de poursuivre Snap dans le cadre de cette affaire.

Une décision lourde de conséquences. La loi américaine accorde en effet aux entreprises de technologie une immunité juridique relative aux contenus publiés sur leur site. Et ce quelle que soit leur gravité. Sauf que voilà, ici, en l’occurrence, ce qui pose problème ce n’est pas la vidéo publiée par les trois personnes à bord du véhicule, mais plutôt la conception même de l’application… et ce fameux filtre.

Une décision qui risque d’avoir de lourdes répercussions pour Snap

En conséquence, le tribunal fédéral a conclu que Snap devait être traité comme n’importe quelle entreprise proposant un produit susceptible de blesser ses utilisateurs :

“Snap a incontestablement conçu le système de récompense et le filtre de vitesse de Snapchat et a mis ces fonctions de Snapchat à la disposition des utilisateurs par le biais d’Internet.”

Juge Kim McLane Wardlaw

En conséquence, la juge en a déduit que l’article concernant l’immunité des entreprises spécialisées dans le secteur des nouvelles technologies ne pouvait pas s’appliquer dans le cas présent.

De son côté, Carrie Goldberg, une avocate spécialisée dans le droit des victimes, a salué la décision. Selon elle, c’est un “jour triomphant” puisque cette décision prouve que les sociétés oeuvrant sur Internet peuvent être tenues pour responsables de leurs produits.

Snap, de son côté, a refusé de commenter l’affaire.

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