Les spermatozoïdes tiendront plus longtemps que vous dans l’espace

Les données sur les risques sanitaires des rayonnements cosmiques ne sont pas fondées sur des expériences réelles dans l’espace. Une équipe de chercheurs a voulu changer cela en envoyant des spermatozoïdes à bord de l’ISS.

Les risques sanitaires liés aux rayonnements cosmiques font partie des dangers auxquels les astronautes sont confrontés lors des missions spatiales. Ces radiations sont l’un des principaux obstacles aux projets d’exploration spatiale interplanétaire habitée. Les risques sanitaires liés au rayonnement cosmique se manifestent également lors de missions en orbite terrestre basse, comme dans la station spatiale internationale (ISS).

Des spermatozoïdes autour d'un ovule
Crédits Pixabay

Jusqu’à présent, les modèles de la NASA concernant le risque de cancer dû aux rayonnements cosmiques reposent sur les données des survivants des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki.

Une équipe de chercheurs — dont fait partie le professeur Sayaka Wakayama de l’université de Yamanashi au Japon — a mené la première étude spatiale sur les effets du rayonnement cosmique sur la santé. L’article publié dans la revue Science Advances décrit une combinaison d’expériences au sol et dans l’espace. Apparemment, le sperme de mammifères peut être conservé à bord de l’ISS pendant environ 200 ans.

Aucune altération de l’ADN

Les résultats permettent de mieux comprendre si les mammifères, dont l’homme, peuvent se reproduire dans l’espace. L’exposition aux rayonnements cosmiques peut endommager l’ADN et entraîner des mutations – et une possible transmission à la progéniture.

Ainsi, Wakayama et ses collègues ont lyophilisé des échantillons de sperme de 12 souris pour les sceller dans de petites capsules légères. Les échantillons ont été placés dans un congélateur et transportés vers l’ISS.

Cette expédition dans l’espace est essentielle. Il est en effet difficile de reproduire la complexité du mélange des différents types de rayonnement dans l’espace, sans parler de la réalité des conditions en dehors de l’atmosphère terrestre. Les expériences au sol sont donc limitées. « Les dommages à l’ADN dans les échantillons biologiques ne peuvent être mesurés que dans l’espace », explique Wakayama.

Le sperme lyophilisé des souris est resté à bord de l’ISS pendant près de six ans. En dépit de ce long séjour en dehors de la Terre, les cellules n’ont subi aucun dommage de l’ADN pour donner des souriceaux en bonne santé. Les expérimentations au sol ont consisté en une irradiation aux rayons X. Les scientifiques ont découvert que les échantillons de sperme restaient viables jusqu’à 30 Gy.

Des bébés souris normaux et en bonne santé

Un total de 168 souriceaux sont nés des échantillons de sperme conservés dans l’espace. Les nouveau-nés présentent tous une apparence normale. Les chercheurs n’ont détecté aucune anomalie dans leurs schémas d’activité génétique.

Par ailleurs, Wakayama et ses collègues pensent que davantage de recherches dans de réelles conditions spatiales doivent être conduites. Ces expérimentations sont essentielles pour comprendre les effets des rayonnements cosmiques et la tolérance des formes de vie lors de séjours spatiaux de longue durée.