#STOP490 ou quand une affaire de revenge porn révèle un problème sociétal

Le Maroc est actuellement coupé en deux. En cause, une affaire de revenge porn qui, en raison d’un article de loi local, risque de se retourner contre la victime et lui valoir de lourdes sanctions. On fait le point.

Le revenge porn est une réalité à laquelle sont malheureusement confrontées de nombreuses femmes à travers le monde. Des femmes, mais aussi des adolescentes. Et encore plus depuis l’année dernière, avec les nombreux confinements mis en place pour freiner la propagation de la pandémie de la Covid-19.

Une femme se tenant le visage dans la pénombre
Photo de Juan Pablo Serrano Arenas provenant de Pexels

Le Maroc ne fait pas exception à la règle. Le pays est lui aussi touché par ce fléau, avec parfois des conséquences très différentes pour les victimes.

A lire aussi : Infomaniak lance une nouvelle messagerie

Le Maroc coupé en deux suite à une affaire de revenge porn

C’est en substance ce que nous révèle l’histoire de Hanaa, une histoire rapportée par l’hebdomadaire marocain TelQuel.

Comme souvent dans ces affaires, tout commence par une rencontre. Hanaa, mère célibataire depuis plusieurs années, croise un jour la route d’un homme. Après plusieurs rendez-vous, elle finit par se prendre d’affection pour lui. D’amis, ils passent alors au statut d’amants.

Et c’est là que tout commence à déraper. Car ce que Hanaa ne savait pas, c’est que l’homme avait enregistré une vidéo de leurs ébats. Vidéo qui a été ensuite publiée sur un site pour adultes avant d’être massivement relayée sur les réseaux sociaux.

En temps normal, la logique aurait voulu que les autorités se tournent vers la personne responsable de la diffusion de la séquence. Toutefois, le droit marocain est très différent du nôtre et il existe un article en particulier qui change totalement la donne : l’article 490 du code pénal.

De victime, elle devient coupable

Un article qui punit d’emprisonnement d’un mois à un an toutes personnes de sexe différent qui, sans être unies par les liens du mariage, ont entre elles des relations sexuelles.

La suite de l’histoire, vous la connaissez déjà. L’homme avec lequel Hanaa a eu des relations sexuelles n’étant pas son époux, les autorités marocaines ont décrété que la jeune femme de vingt-quatre ans, mère de deux enfants, avait enfreint l’article 490. Le 14 janvier dernier, le tribunal de première instance de Tétouan l’a donc condamnée à un mois de prison ferme pour “outrage public à la pudeur” et “rapports sexuels hors mariage”.

Du statut de victime, Hanaa est devenue la coupable.

Sans surprise, cette décision a été extrêmement mal accueillie par certains Marocains. Appuyés par des collectifs comme Moroccan Outlaws, ces derniers ont donc lancé une grande campagne sur les réseaux sociaux afin de dénoncer ce qu’ils estiment être une loi vieillotte et dangereuse.

Le tout à grand renfort de hashtags, comme le #Stop490 présent dans le titre de cet article.

Condamnée à un mois de prison ferme

Pour eux, la décision prise par le tribunal de première instance de Tétouan est totalement incompréhensible. D’autant que la loi marocaine comprend des articles (le 447-1 du code pénal notamment) punissant la diffusion de vidéos privées sans le consentement de la personne concernée.

A leurs yeux, ce n’est pas Hanaa la coupable, mais bel et bien la personne qui a diffusé les images de ce rapport sexuel. Un rapport relevant de l’intimité et de la vie privée.

Hanaa, de son côté, se dit brisée. Lors d’une entrevue avec le collectif Moroccan Outlaws, la jeune femme a expliqué que la vie qu’elle tentait de construire pour ses enfants avant volé en éclats. Elle raconte ainsi que son fils, âgé de seulement 9 ans et demi, n’ose plus aller à l’école, car ses camarades l’insultent et se moquent de lui.

Un garçon que Hanaa a eu après avoir été victime d’un viol avec séquestration subi à l’âge de 13 ans.

Tous les Marocains ne se rangent cependant pas de son côté. Suite au lancement de la campagne #Stop490, des militants conservateurs ont lancé une contre campagne sous l’étendard du hashtag #Keep940. Et alors que la toile s’affronte, Hanaa reste en prison, privée des siens.

Mots-clés revenge porn