Streaming : l’industrie du cinéma dévoile sa stratégie

On parle beaucoup du streaming en ce moment. Et si vous suivez un peu l’actualité high-tech, alors vous savez sans doute que l’industrie du cinéma est passée à l’offensive pour faire valoir ses droits. Trois syndicats spécialisés ont ainsi assigné en justice les principaux fournisseurs d’accès de l’hexagone et même certains moteurs de recherche pour tenter de bloquer tous ces vilains sites qui les spolient. Oui et là où cela devient vraiment intéressant, c’est lorsqu’on sait que PC INpact s’est justement procuré cette assignation en justice afin d’en apprendre un peu plus sur la stratégie qu’ils cherchent à mettre en place. Et comme vous allez très vite vous en rendre compte, cette dernière vaut vraiment le détour…

Streaming : l'industrie du cinéma dévoile sa stratégie

Mais avant ça, un petit rappel de la situation… Le 18 novembre dernier, à l’occasion du Forum d’Avignon, Nicolas Sarkozy s’est exprimé sur la loi Hadopi et plus précisément sur son souhait de s’attaquer désormais au streaming et au téléchargement direct. Très vite, Frédéric Mitterand est alors sorti de son silence en indiquant l’arrivée d’une série de mesures sous trois mois. Quelques jours plus tard, trois syndicats de l’industrie du cinéma (SEVN, FNDF et APC) ont décidé de dégainer leur flingue et d’aller faire un petit tour au tribunal du coin pour botter les fesses des sites comme AlloStreaming. Bon, ces derniers auraient aussi pu attendre que la Haute Autorité rende ses observations mais il faut croire qu’ils étaient pressés d’agir.

Ce qui ne les a pas empêché de bien faire les choses, à croire que leur dossier était bouclé depuis un moment et qu’ils attendaient bien sagement un signe de notre gouvernement. Au total, donc, ce sont 15 entreprises qui sont mises en assignation. On trouve des fournisseurs d’accès (SFR, Orange, NC Numericable, Free, France Telecom, Darty Telecom, Bouygues Telecom ou encore Auchan Telecom) mais aussi des moteurs de recherche (Google France, Google Inc, Microsoft Corp, Microsoft France ou encore Yahoo). Et là, attention parce que ce sont plus de 100 pages qui composent cette magnifique assignation.

La première partie est d’ailleurs assez intéressante puisque nos trois syndicats posent assez bien la scène. Ils prennent ainsi l’exemple d’AlloStreaming et de ses différents sites satellites qui nuisent grandement au CODEVI de nos pauvres artistes. Et pour cause puisque ces derniers sont très bien positionnés dans les moteurs de recherche (quoi que) et qu’ils font partie des sites les plus fréquentés en France. Pire, Megaupload attire même plus d’internautes que La Redoute, Pôle Emploi, Le Monde, Amazon et Microsoft (page 12). Ouais, c’est franchement dégueulasse pour La Redoute. Et aussi pour le Pôle Emploi, d’ailleurs. Bon, en même temps, quand tu es au chômage, t’as beaucoup de temps libre, hein, et ceci explique donc cela.

Le truc qui est cool, c’est que les gars ont quand même pris le temps de bien tester ces différents sites afin de pouvoir expliquer leur fonctionnement à M. le Juge. Juste au cas où ce dernier en serait resté à l’époque du Minitel, bien sûr. Ca commence donc à la page 15 et ça finit un peu plus loin. A la page 28, on apprend d’ailleurs que Megaupload et Megavideo sont domiciliés à Hong Kong mais qu’ils sont hébergés aux Etats-Unis. Encore la faute de la mondialisation. S’en suit tout un blabla juridique qui a failli plonger votre humble serviteur dans un profond coma et on en arrive enfin aux mesures demandées à partir de la page… 72. D’ailleurs, ne loupez surtout pas le rappel sur ce qu’est une adresse IP ou un nom de domaine parce que ça vaut de l’or.

Et pour vous éviter de longues heures de lecture, sachez juste que la stratégie des trois syndicats repose sur quatre points :

  • Blocage par les noms de domaine.
  • Blocage par les adresses IP.
  • Blocage par les DNS.
  • Déréférencement de tous les sites contrevenants.

Clac, ça c’est du direct. Remarquez, les gars ont quand même tout prévu puisque s’ils prévoient de bloquer les sites diffusant des liens pointant vers des oeuvres protégées, ils comptent en faire de même pour les pages satellites histoire de stopper net l’hémorragie. Notons d’ailleurs que ces blocages seraient décidés par des agents assermentés histoire d’éviter les longs procès. En revanche, ce qui est vraiment très drôle, c’est que nos trois compères demandent à ce que le déréférencement s’applique au niveau… mondial. Bah oui, faut croire qu’ils ont entendu parler des VPN. Remarquez, ça va être très drôle sur le plan légal cette histoire. Après tout, la France qui fait bloquer un contenu en Chine, c’est pas comme ça qu’on va vendre plus d’A380…

Enfin, je vais m’arrêter là histoire de garder un peu de magie dans mon coeur. Encore une fois, nos amis les ayants droits ne se posent pas les bonnes questions. Plutôt que de s’attaquer aux conséquences, ils feraient peut-être mieux de s’intéresser aux causes et donc de déterminer ce qui pousse un internaute à télécharger ou à regarder en ligne du contenu protégé par les droits d’auteur. Oui, enfin on les comprend quand même, hein… S’ils le faisaient, ils devraient effectivement remettre en question tout leur modèle économique et ce serait beaucoup trop de boulot.

Bon aller, je suis de bonne humeur alors je vais leur faciliter la tâche :

  • Les internautes téléchargent vos films parce que tout le monde n’a pas les moyens de balancer 10 ou 12 euros dans une place de ciné et aussi pour sauver la planète parce qu’on n’a pas besoin de sortir la voiture pour télécharger.
  • Les internautes n’achètent pas vos films sur vos services de VOD parce que les tarifs pratiqués par ces derniers s’apparentent souvent à de l’extortion.
  • Les internautes téléchargent vos séries en vostfr parce que ces dernières ne sont pas encore disponibles en France et ils n’ont donc pas envie d’attendre deux ans pour découvrir la dernière saison de leurs séries préférées.
  • Les internautes n’achètent pas vos séries en vostfr sur vos services de VOD pour les mêmes raisons que celles citées un peu plus haut.
  • Les internautes seraient parfaitement prêts à vous filer 15 € par mois pour que vous leur foutiez la paix.

Ah et je me suis surtout concentré sur le cinéma et sur les séries, parce qu’ils ne s’occupent pas de la musique, des logiciels et des jeux vidéo, eux. Bref, si vous vous ennuyez ferme, voilà un peu de lecture pour passer le temps.

Et ce qui va être très drôle, aussi, si ces mesures sont un jour appliquées, c’est lorsque tous les méchants sites pirates vont décider de pointer subitement vers des sites gouvernementaux…

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