Tchernobyl : des réactions nucléaires incontrôlées détectées dans une pièce inaccessible

Il se passe quelque chose à Tchernobyl. Trente-cinq années après la catastrophe nucléaire, une catastrophe qui a marqué toute une génération, des experts indiquent avoir détecté des réactions nucléaires incontrôlées dans une pièce inaccessible d’un réacteur de la centrale.

Tout a commencé par un essai d’îlotage sur le réacteur numéro 4 de la centrale, un essai qui avait principalement pour but de tester son alimentation de secours. Une alimentation censée prendre le relai en cas de coupure de courant.

Image par StudioKlick de Pixabay
Image par StudioKlick de Pixabay 

Le 25 avril, les techniciens chargés de réaliser le test ont donc progressivement baissé la puissance pour mener leur essai.

Tchernobyl, une succession de mauvaises décisions

Le centre de régulation de Kiev leur a cependant demandé de retarder l’expérience en raison d’une panne sur une autre centrale électrique. Les pouvoirs publics craignaient en effet que de nombreux foyers se retrouvent sans électricité.

Le réacteur est donc resté à mi-puissance, le temps de réparer l’autre centrale. A 23h04, Kiev a alors donné son feu vert pour la reprise de l’expérience, et c’est là que tout a dérapé. La puissance devait initialement être abaissée à un maximum de 700 MW, mais le réacteur est subitement devenu instable et la baisse s’est poursuivie.

Laissé trop longtemps en sous-régime, le réacteur a commencé à voir du xénon se former dans son coeur.

Lorsque la puissance est tombée à 500 MW, l’un des responsables du réacteur a pris la pire décision de sa vie. Il a en effet inséré trop loin les barres de contrôle dans le réacteur, des barres qui ont pour but de diminuer le facteur de multiplication des neutrons en les absorbant.

La puissance de sortie a alors subitement baissé et le phénomène a accentué l’empoisonnement du coeur du réacteur au xénon. Très vite, la situation a complètement dérapé. Les opérateurs ont commencé par tenter de rétablir la puissance du réacteur, mais le xénon 135 formé a absorbé les neutrons et limité la puissance à 200 MW. Deux pompes dédiées au refroidissement ont alors été enclenchées pour tenter d’augmenter la puissance du réacteur, sans effet. Les équipes les ont donc poussées au-delà de leurs limites.

La situation a totalement basculé le 26 avril, et donc le lendemain, autour des 1h23. Le réacteur s’est mis à chauffer à un point tel que les barres de contrôle ont perdu tout effet. Des explosions ont commencé à se former quelques secondes plus tard, puis les 1 200 tonnes de la dalle de béton recouvrant le réacteur ont été projetées en l’air… pour retomber ensuite sur son coeur. Qui s’est bien entendu fissuré.

Et c’est alors qu’un incendie s’est déclaré. Un incendie qui a duré. Une fois maîtrisé, les techniciens de la centrale ont réalisé que le réacteur était totalement hors de contrôle. Des particules radioactives ont alors commencé à se propager sur toute la zone.

La suite de l’histoire, vous la connaissez. Tchernobyl a été isolé, la population vivant autour de la centrale évacuée.

Une nouvelle catastrophe en vue ?

Ce qui nous amène au sujet de cet article. Depuis trente-cinq années ont passé et, pour beaucoup, la catastrophe se trouve derrière nous.

Il semblerait cependant que le cauchemar ne soit pas fini. Une équipe de chercheurs vient en effet de publier un nouvel article dans la revue Science, un article dans lequel ils indiquent avoir détecté de nouvelles réactions nucléaires dans la centrale, et plus précisément dans le réacteur responsable de la catastrophe.

Neil Hyatt, un chimiste spécialisé dans les matières nucléaires travaillant pour l’Université de Sheffield, compare le phénomène aux braises d’un barbecue. D’après lui, des réactions de fission couveraient à nouveau dans les masses formées par le combustible restant au fond du réacteur.

En s’appuyant sur divers capteurs installés sur place, les chercheurs ont ainsi détecté un signal de fission en provenance de l’une des pièces inaccessibles. L’information a été rapportée la semaine dernière par Anatolii Doroshenko, de l’Institut pour les problèmes de sûreté des centrales nucléaires de Kiev.

D’après lui et l’un de ses collègues, “il existe de nombreuses incertitudes” sur ce qui se passe sur place, mais ils ne peuvent exclure la possibilité d’un nouvel incident. Les données relevées sur place révèlent en effet une augmentation lente du nombre de neutrons.

Toutefois et comme le rappelle Science, le sarcophage en béton et en acier érigé au-dessus du réacteur a permis à l’eau de pluie de s’infiltrer à de multiples reprises. Par le passé, il est donc arrivé que le nombre de neutrons monte en flèche suite à de violentes averses.

L’eau augmente en effet les chances des neutrons de percuter et de diviser les noyaux d’uranium. Reste que la menace existe, et qu’elle ne peut pas être ignorée.

Hyatt explique ainsi dans l’article qu’il existe un danger, à savoir que “la réaction de fission s’accélère de façon exponentielle et conduise à une libération incontrôlée d’énergie nucléaire”.

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