Test de Metal Gear Solid V The Phantom Pain

Dire que Metal Gear Solid V The Phantom Pain était attendu est un euphémisme. Après 7 ans de développement, cette sortie suscitait à la fois impatience et émotion chez de nombreux joueurs, conscients qu’il s’agirait bel est bien de l’épisode final d’une des sagas emblématiques du jeu-vidéo japonais. À sa sortie certains journalistes s’étaient d’ailleurs emballés en l’annonçant haut et fort comme un titre d’exception.

Mais une fois la “hype” retombée, et après plusieurs dizaines d’heures passées à cavaler dans les sables d’Afghanistan, à ramper dans la savane Africaine et à se perdre dans le “work in progress” permanent de la Mother Base, que dire de l’ultime rejeton de Kojima ?

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La toute première impression donnée par le titre peut se résumer en un seul mot : captivant. Le prologue est une tuerie totale (et dans tous les sens du terme). Tout commence en vue subjective, accompagné de la chanson ‘The Man Who sold the World’ de Bowie.

Les premières minutes sont passionnantes

Big Boss se réveille dans un hôpital Chypriote amputé d’un bras après 9 ans de coma. Très vite on s’attache à ce personnage kitchissime issu d’un croisement douteux entre Rambo et Terminator, qui se révèle étonnamment charismatique, bien que peu loquace.

Snake (son autre p’tit nom) n’est pas au bout de ses peines : l’hôpital est attaqué par une milice venue lui faire la peau. Nous tairons la suite, mais cette introduction est parfaitement maîtrisée, tant en terme de réalisation, de direction artistique ou de rythme.

Bref, on se sent prêt à en découdre et à profiter comme il se doit de ce qui s’annonce prometteur.

On arrive tout d’abord en Afghanistan. Bien campé sur sa monture, Snake est laissé sur place pour y accomplir ses premières missions. On profite alors du paysage. De ce côté rien à redire, le Fox Engine assure. Sur PS4 le combo 1080p/60fps permet d’apprécier à la fois la netteté et la fluidité, qui restera sans faille tout au long du jeu.

Sur Xbox One la résolution est abaissée au 900p upscalé en full HD, mais le framerate reste à 60 images/sec. Sur PC le jeu propose un large panel de réglages permettant de jouer dans de bonnes conditions même sur une configuration modeste.

D’autre part la modélisation des personnages principaux comme des PNJ ne déçoit pas, il en va de même pour leurs animations rarement prises en défaut. Le rendu global est souvent proche du photo-réalisme, pour peu qu’on ne s’attarde pas trop sur certaines textures (au sol notamment) ou sur le clipping, assez présent sur les végétaux.

Le traitement des couleurs – très lumineuses et contrastées – contribue également à l’identité visuelle du titre.

Par ailleurs difficile de ne pas prêter attention à la qualité sonore de MGS5. Car, si les doublages et bruitages sont soignés, ce qui ressort le plus c’est certainement la bande originale : sublime, avec des thèmes prenants et des mélodies réellement marquantes.

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Elle est où l’infiltration ?

Jusque là tout était parfait, mais c’était sans compter sur ce que l’on entrevoit des les premières missions. MGS5 nous a été vendu comme le jeu d’infiltration ultime, en monde ouvert qui plus est. Or il est difficile d’accomplir une mission discrètement.

Le level design est totalement plat (au sens propre comme au figuré), impossible d’avoir une quelconque verticalité.

De la même manière n’espérez pas trouver un chemin dissimulé vous permettant d’atteindre votre objectif plus discrètement, ça n’existe pas dans MGS5. Pour progresser inaperçu on finira la plupart du temps par slalomer bêtement entre des gardes qui ne représentent pratiquement aucun danger.

En effet si vous êtes repérés, un bullet time sera activé vous allouant largement le temps de flinguer la bidasse un peu trop attentive. Ce merveilleux système annihile totalement le challenge qu’il pourrait y avoir si vous choisissez l’infiltration.

Ajoutez à cela une couverture automatique qui fonctionne une fois sur deux, ainsi qu’une IA aux fraises et vous comprendrez vite que le “jeu d’infiltration de l’année” ne vaut pas guère mieux qu’un Far Cry 4 dans ce domaine précis.

Bien souvent les missions se terminent en Gunfights fun et nerveux, mais loin de l’idée que l’on est en droit d’avoir de l’infiltration. Dommage.

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Un titre plutôt complet mais inachevé

MGS5 est riche en possibilités. Il vous est ainsi proposé (et même largement recommandé) de développer la fameuse “Mother Base” et de gérer son expansion, ainsi que son effectif. Améliorer la Mother Base permet de débloquer de l’équipement (armes, accessoires, tenues…) pour Snake ou ses coéquipiers.

De surcroît le QG de Big Boss est peuplé d’une véritable armée de recrues, qu’il sera possible d’envoyer sur des missions annexes qui leurs sont dédiées. Une facette gestion qui a de quoi séduire… sur le papier.

Car si l’idée est bonne, sa mise en place laisse à désirer, puisqu’elle ne parvient pas à impliquer le joueur dans le développement de sa base.

Deux raisons à cela : d’une part la Mother Base est totalement vide, l’exploration ne sert pratiquement à rien. Il sera donc difficile de s’y attacher et de s’investir dans sa gestion. D’autre part la gestion de ce fief se fait de A à Z via le PDA de Big Boss.

Ce PDA est central dans le gameplay car il permet d’avoir accès – entre autre – à la carte, à la gestion de sa Mother Base, de ses hommes et coéquipiers. Malheureusement ce HUB n’est qu’une succession de menus déroulants peu ergonomiques et lents à s’afficher. Au bout du compte on ne prendra jamais de plaisir à gérer notre QG et nos “troupes”. On s’obligera à passer de temps à autre par ces menus dans la seule perspective de débloquer de nouveaux équipements.

Le moins qu’on puisse dire c’est que le jeu est long, très long, ou plutôt lent. Cela se ressent sur la durée de vie qui est aussi imposante qu’artificielle.

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Pas mal d’heures de jeu en perspective. Trop, peut-être ?

Nombre de missions, aussi bien secondaires que principales, ne sont présentes que pour accroître le temps de jeu de manière totalement superflue.

Il nous sera donc régulièrement proposé d’accomplir des objectifs identiques (déminage, élimination de brigades lourdement armées, extraction de prisonnier…), dans des lieux déjà moult fois visités.

Ces missions ne sont pas désagréables pour autant, mais sont répétées jusqu’à l’écœurement. Il sera parfois nécessaire d’en faire un certain nombre pour débloquer de nouvelles missions scénarisées. Comme remplissage on fait pas mieux.

Le jeu ne parvient jamais à trouver le tempo en terme de narration. Pourtant MGS5 est censé être la clé de voûte de la saga, l’épisode faisant la jonction scénaristique entre les différents opus.

D’emblée il faut avouer que la narration de The Phantom Pain a pris tout le monde par surprise (même les fans de la première heure). En effet oubliez les longues cinématiques si typique de la saga, elles ont pratiquement disparues au “profit” d’enregistrements sur cassettes audio. L’idée laisse perplexe. Pourquoi avoir troqué ce qui était une des forces de la licence pour ces fameuses cassettes ?

Grande est la déception de devoir se contenter d’une simple piste audio au lieu d’une belle cinématique. D’autant que 80 % de la narration passe par ce vecteur difficile d’accès. Il faudra trouver le moment opportun pour écouter ces cassettes, sans être distrait.

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Un scénario profondément décevant

Déception également côté scénario : le manque d’inspiration est criant. On obtient assez vite des passages tirés par la tignasse, et des rebondissements que seul Big Boss et ses sbires n’avaient pas vu venir.

Le tout pour accoucher d’un final alambiqué, grandiloquent et surtout décevant compte tenu du background titanesque de MGS.

Malgré tout, impossible de passer sous silence certains passages véritablement marquants ; comme ceux avec Quiet, les enfants soldats ou encore les apparitions de l’homme de feu, appuyés par des cinématiques de grande qualité (il y en a quand même quelques unes) et par une bande son qui déboîte.

Impossible également d’ignorer certains personnages qui crèvent l’écran : Quiet notamment, un personnage à l’apparence discutable, mais qui justifierait presque à lui seul qu’on se penche sur le titre. Ce sont ces fulgurances qui poussent le joueur à persister, même s’il en résulte un jeu qui a le hoquet en terme de progression.

Voilà le fin mot de l’histoire ou plutôt d’une histoire, difficile de voir en Metal Gear Solid V la conclusion que tout le monde attendait. A force de vouloir en faire trop Kojima est passé à côté du sujet en nous livrant un titre truffé de bonnes idées, mais qui se loupe sur presque tout ce qu’il entreprend.

On progressera dans l’aventure sans déplaisir, certes. Mais en restant continuellement dans l’attente de ce qui n’arrivera pas et dans le fantasme de ce qu’aurait dû être le soft.

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