Test de METAL MAX Xeno (PS4)

En arrivant en Occident, METAL MAX Xeno, dernière entrée en date de la franchise, se réserve uniquement à la PS4 alors que son ADN hurle “PS Vita” à qui arrivera à l’entendre. Un choix commercial qui pourra induire en erreur les joueurs qui donneront sa chance à ce RPG post-apocalyptique : il s’agit bien d’un jeu portable tant dans son visuel que sa conception.

Entre autres qualités qu’il s’ignore avec la conscience et la gueule de bois, l’être humain sait se montrer touchant de naïveté. Quand il crée la super intelligence artificielle NOA, il pense sans doute avoir fait progresser d’un bond son espèce. Mais plutôt que d’aider l’humanité à contrarier au mieux le réchauffement climatique, NOA, subitement douée de conscience, choisit d’annihiler la race de ses créateurs après avoir fini par la considérer comme l’instigatrice des plus grands maux de la Terre. METAL MAX Xeno, c’est ça : s’efforcer de faire survivre les rescapés de l’Apocalypse alors qu’une puissance supérieure peut décider de réduire ces efforts à néant d’un claquement de doigts fantôme. Touchant oui, comme les joueurs Vita occidentaux qui attendaient, au pire, une sortie dématérialisée du jeu.

Metal Max: blurry road

Quelle mouche a donc bien pu piquer (parlons de frelon asiatique pour la crédibilité et le référencement Google) NIS America pour avoir décidé de localiser METAL MAX Xeno pour l’Occident ? On parle en effet d’un titre issu d’une franchise très renfermée sur elle-même puisqu’un seul de ses représentants aura quitté le Japon : c’était en 2006, sur PS2 et pas en Europe. Qui plus est, le précédent Metal Max s’était perdu dans un tunnel sableux en s’étant ainsi écoulé à moins de 20.000 unités lors de sa sortie au Japon, en 2013 et sur 3DS. Ce dernier volet en date n’a pas fait beaucoup mieux dans son pays d’origine, mais sa sortie occidentale étant intervenue seulement quelques mois plus tard, on peut imaginer qu’avant même son lancement nippon, il était déjà prévu de gratter quelques milliers de ventes supplémentaires à l’étranger.

En 1991, soit un an après ce qui restera longtemps comme l’unique adaptation vidéoludique officielle de Mad Max, Crea-Tech et Data East donnaient naissance, également sur NES, à un RPG post-apocalyptique rappelant sous certains aspects la trilogie de George Miller. Dans ce jeu et la dizaine de titres qui suivront, le principe de base reste le même : survivre au sein d’un monde dévasté au travers de combats menés à pied ou à bord d’un tank.

Comment, mon teasing est raté ?

Évacuons sans attendre le chapitre des graphismes, que beaucoup vont sans nul doute trouver indignes d’une PS4. Et ils auront raison, car le rendu des personnages et leur cel-shading bien gras m’a en effet rappelé Musashi Samurai Legend sur PS2. Mais voilà, au Japon, parce qu’on aime autant soutenir les consoles chères à son cœur que subvenir à ses besoins, le jeu était respectivement sorti sur PS Vita et PS4, avec un développement leader vraisemblablement mené sur la première. Une information à se remémorer quand vous verrez le décor se dessiner progressivement au loin ou lorsque votre tank devra faire un détour de par l’obstacle d’une simple caisse. Les yeux auront heureusement de quoi se régaler grâce aux illustrations de Non Oda et ça y est, je viens d’ouvrir la porte des enfers (comprendre, votre moteur de recherche préféré). Un mot sur la bande-son, à-propos et aux sonorités électroniques rappelant par moments le travail de Masashi Hamauzu. On retrouve d’ailleurs son compositeur Satoshi Kadokura jusqu’au staff du tout premier Metal Max sur Famicom.

Comment, vous pensiez que c’était intentionnel ?

Seuls sur le sable, mes beaux métaux

L’histoire de METAL MAX Xeno débute alors que vous prenez le contrôle du sosie de Thierry Amiel. Un jeune homme grandement perturbé par la perte de sa mère lors du “Grand Anéantissement”, une funeste page de l’Histoire où l’IA NOA a lancé son armée de monstres sur l’humanité. Pour notre ami Talis, il n’est désormais plus question que d’une vengeance aveugle. Outre des alliés qui le rejoindront au fil de son avancée et des véhicules motorisés lourdement armés, Talis pourra compter sur son bras gauche artificiel. Ce dernier lui permettra ainsi d’asséner des dégâts plus grands à l’adversaire, en contrepartie d’une paralysie de ce membre en cas d’utilisation répétée. Mais le gros des combats fera intervenir des tanks que vous pourrez customiser à votre guise.

Un tank est ici composé d’un châssis (obligatoirement), d’un canon et d’une mitrailleuse. Au départ, vous ferez avec ce que l’on vous donnera et ça ne fonctionnera pas trop mal, jusqu’au moment, vers la dizaine d’heures de jeu, où les combats représenteront une épreuve de souffrance telle que vous vous sentirez obligé d’aller trifouiller dans les menus (en anglais, comme le reste) dans l’espoir de bâtir une équipe mieux préparée. On comprend assez rapidement que le tank a des points de vie et qu’une fois que ces derniers sont réduits à zéro, toute nouvelle attaque adverse est susceptible d’endommager l’équipement de vos tanks. En sachant que selon l’armement installé, ce bouclier sera plus ou moins conséquent et qu’alourdir à l’excès votre engin le rendra inutilisable. Jusqu’ici, le jeu ne se veut pas vraiment cryptique, mais attendez de vous intéresser aux caractéristiques de vos armes, avec des acronymes parfois non explicités dans l’aide de jeu, pour commencer à plonger. Et face aux boss (la plupart du temps des “SoNs”, des monstres mécaniques à la tête mise à prix par les “employeurs” de Talis), la manière brutale ne fonctionnera qu’un temps.

Arrivé à un certain stade, il faudra ainsi nécessairement passer par l’anéantissement de leur bouclier avant de pouvoir commencer à leur causer de sérieux dégâts. Problème, quand ce même bouclier est sensible à un élément en particulier et qu’aucun des membres de votre escouade n’a ça en stock, on se sent vite à balancer tout ce qu’on peut en attendant d’être ramené à la base et revitalisé. Il est d’ailleurs possible de s’y téléporter à quasiment n’importe quel moment (sans pratiquement aucun temps de chargement, encore heureux vu ce qui est affiché), ce qui place par conséquent davantage le curseur de la difficulté sur la compréhension et l’exploitation optimale du système. Mais vraiment, bichonnez vos tanks et sauvegardez souvent après chaque configuration pour éviter de faire comme votre serviteur qui, attiré par quelques chiffres plus grands, s’est retrouvé avec un tank ne comportant aucun slot et donc juste bon à… tanker.

… dans un monde où les quelques survivants masculins aspirent à repeupler la planète. Courage.

La franchise est présentée comme offrant un monde ouvert dans sa manière de le traverser. Le déroulement de ce METAL MAX Xeno se veut pourtant linéaire. À bord de son tank, on part en direction de l’objectif tout en s’autorisant des détours pour récupérer les objets présents. Les combats peuvent être menés en restant sur la carte si l’on dégaine suffisamment vite et bien, merci Suikoden. Par moments, on pourra laisser sa troupe d’humains aller explorer de petits donjons pas bien compliqués et assez basiques dans leur construction. Une fois la mission remplie, la plupart du temps pour vérifier la présence de survivants à un point donné, le taux d’anéantissement humain montera ou reculera, et ce sera reparti pour un tour à sillonner une portion de la carte sans vraiment avoir le sentiment de faire de réels choix dans la manière d’aborder les missions. La progression n’est par ailleurs pas très fluide, le jeu donnant la sensation de devoir tourner en rond pour monter de niveau, débloquer de nouvelles capacités et ainsi ne pas apparaître trop ridicule devant des araignées shootant du napalm.

Avec cette énième entrée dans la série, le néophyte occidental pouvait s’attendre à un aboutissement. METAL MAX Xeno donne finalement l’impression d’une formule ayant atteint ses limites ou de développeurs paresseux dans leur présentation de la franchise aux dernières consoles Sony en date. Assez aride dans son menu, à l’image des zones que vous traverserez entre chaque combat, offrant de suivre (en anglais) un scénario pas inintéressant dans ses thèmes abordés mais sans surprises, le jeu semble avant tout destiné à un public ne rechignant pas à mettre les mains dans le cambouis pour se constituer des escouades de mieux en mieux armées. Parce que probablement plus que dans n’importe quel autre jeu vidéo, il est question de survie après tout.

PS4 (et PS Vita uniquement au Japon) – RPG post-apocalyptique – Sorti le 28 septembre 2018 en Europe – Développé par Kadokawa Games, Cattle Call et 24Fram, édité en Europe par Koch Media – Testé sur une version fournie par l’éditeur